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Kengo wa Dondo doit répondre aux crimes suivants:
Léon Kengo wa Dondo a été le Premier ministre préféré de Mobutu de 1982 à 1986, de 1988 à 1990, encore de 1994 à 1997. Il a été également ministre des Affaires étrangères du Zaïre (Congo) de 1986 à 1987. Il était aussi l'enfant chéri des grands pays de l'OCDE et des institutions financières internationales.
C'est Kengo wa Dondo qui,sur ordre de l'Occident, a imposé pendant les années 80 des mesures d'austérité extrême, mesures qui ont accentué la misère de la population congolaise.
C'est Kengo wa Dondo qui en 1996 a dirigé la guerre « foudroyante » pour défendre la dictature mobutiste contre la guerre de libération menée sous la direction de Mzee Laurent Kabila.
C'est encore Kengo wa Dondo, qui, en coulisses, était le vrai dirigeant (*) des nombreux mobutistes qui ont collaboré avec les armées ougandaise et rwandaise entre 1998 et 2003, dans la guerre qu'elles ont menée contre le Congo. Kengo est ainsi co-responsable du génocide dans lequel ont péri plus de 4 millions de Congolais.
L'élection de Kengo wa Dondo à la tête du Sénat, le 11 mai, est un pas vers la restauration du mobutisme et du système néo-colonial au Congo.
Kengo à la présidence du Sénat: Un acte de haute trahison qui fait honte! Par Mani Kisui Junior
La population accablée par la misère noire et ravagée par des maladies, les infrastrutures en voie de disparition, l'enseignement paralysé, l'administration presque detruite et l'économie nationale pratiquement inéxistante. C'est cela le Congo d'aujourd'hui. Et l'actuel président du Sénat est l'un des principaux responsables de cette catastrophe nationale.
Plus obscure que la nuit, l'ignorance est mortelle. Coup d'un génie politique? Victoire de la realpolitik? La surprise est en tout cas de taille. L'élection de Kengo à la présidence du Sénat a été saluée par une bonne partie de la presse congolaise comme une victoire de la démocratie. Cette presse souffre sans doute d'une terrible ignorance qui la rend incapable de constater qu'en installant Kengo à la présidence de cette grande institution, le Sénat est coupable de haute trahison.
Administration, santé et éducation attaquées
Le premier mandat de Kengo (1982-1986) à la primature était une véritable offensive contre la fonction publique ainsi que les investissement de l'Etat. La part des dépenses salariales dans le budget a été, par exemple, ramenée à 17% en 1985. Elle absorbait 37% de dépenses de l'Etat en 1981. Le premier gouvernement Kengo l'a donc réduite à moins de la moitié. Deux facteurs expliquent cette évolution: d'abord des licenciements massifs qui ont supprimé plus de 400.000 postes dans la fonction publique en 1984. Et puis, une compression de salaires qui a réduit leur niveau en 1985 à 10% de celui de 1975. «L’INS (Institut National de Statistiques: ndlr), note la Banque mondiale, estime que le budget moyen qu’une famille de 6 personnes doit consacrer à la nourriture au début de 1984, se monte à 3037 zaïres, tandis que le salaire mensuel de base d’un fonctionnaire de l’échelon intermédiaire est de 750 zaïres»1
Cette réduction brutale des effectifs et cette compression de salaires ont progressivement rendu innéfficaces l'administration et les services publics. Elles ont provoqué une pénurie de personnel qualifié et motivé. Pire encore, la compression de salaires a généralisé la corruption dans l'administration. Car «les solutions pour compenser le pouvoir d’achat déclinant comprennent le vol, la corruption, la spéculation, la falsification de documents et des activités parallèles.»2, signalait la Banque Mondiale.
La fonction publique n'était pas le seul secteur visé par "l'axe du mal" tracé par Kengo. Attaqué également, l'investissement public a vu sa part divisée presque par 5. De 12% en 1981, elle a dégringolé à 2,5% en 1985. Un véritable effondrement qui a eu aussi des conséquences extrêmement graves sur la qualité des services publics: «...Mais du fait de la diminution des dépenses (...) consacrées aux biens et services, il est devenu de plus en plus difficile de maintenir la qualité de services communautaires et sociaux essentiels»3 Ce qui s'est traduit par une pénurie de médicaments, de fournitures et de matériel dans les systèmes de santé et d'éducation. Conséquence? L'homme de la rigueur a poussé la population dans la misère, la malnutrition, la maladie et la mort.
Quand les investissements et les dépenses du personnel ont été réduits à néant, le pourcentage des dépenses budgétaires destinées au service de la dette a pris l'ascenseur. Il a même atteint un sommet record. Multiplié par 3,5, il est passé de 21% en 1981 à 73% en 1985. Soit deux tiers des dépenses totales de l'Etat. Le budget, sous Kengo, était donc devenu un instrument pour vider le Zaïre de son sang: «Notre pays est devenu un exportateur net de capitaux», a constaté Sambwa, ministre des finances sous Kengo. Car le souci majeur de la politique budgétaire était d’assurer le paiement de la dette. Il est à noter que sur ce plan, la rigueur n'était qu'apparente, car elle n'a jamais profité à la population.
Une rigueur qui a précipité le Congo dans la ruine
Le pouvoir d'achat réduit, les investissements anéantis, le pays spolié de ses maigres capitaux qui auraient pu assurer un début de développement industriel national. La rigueur de Kengo a aussi accéléré l'expension de la misère et du chômage endémique.
Provoquée par des licenciements massifs et la compression des salaires, accélérée par des dévaluations brutales, la chute du pouvoir d'achat a poussé la consommation vers le bas: «La demande de produits manufacturiés a été limitée par la forte baisse du pouvoir d'achat»4, nous signale encore la Banque Mondiale. Dans des circonstances pareilles, l'utilisation de la capacité de production des entreprises ne pouvait qu'épouser le même profil de la consommation en chute libre. Conséquence : cette situation a entraîné de sérieux problèmes de trésorerie pour les entreprises
Un malheur ne venant jamais seul, la production nationale dépendait fortement des biens intermédiaires importés et achetés en dévises. Or, sous Kengo, le budget était plutôt une machine pour drainer les ressources zaïroises vers les banques étrangères. Cette sortie nette des capitaux a fini par créer une autre pénurie, très grave, de devises que l'Etat aspirait pour payer la dette. Ce qui a naturellement étranglé la production nationale: “Un accroissement de la production sans accroissement correspondant des importations, écrit la Banque Mondiale, est maintenant plus difficile à réaliser et il ne sera possible que si l'on dispose des devises nécessaires aux importations de biens intermédiaires et de pièces de rechange.”5 Cette pénurie de biens intermédiaires et de pièces de rechange a à son tour réduit sensiblement l'efficacité des entreprises nationales et leur productivité.
Avec une productivité en regression, face à une consommation en chute libre, les entreprises ont fini par s'installer dans une crise insoluble. Devenues des canards boîteux, elles sont devenues incapables d'absorber les travailleurs massivement licenciés de la Fonction Publique. C'est ainsi que le chômage endémique s'est renforcé. «...La diminution des revenus réels et le manque de débouchés professionnels ont aggravé les conditions de vie en milieu urbain»6, ajoute la Banque Mondiale. Dépuis lors, notre pays a le statut du paradis de la misère. Malgré ses innombrables potentialités.
Léon Kengo wa Dondo a mené une guerre impitoyable contre le peuple congolais. Tenez : pour achever l'économie zaîroise, les intitutions de Bretton Woods lui fourniront deux armes rédoutables de leur arsénal: la libération sauvage de l'économie et la réduction de taxes à l'importation. La première a pénalisé les entreprises nationales dont la compétitivité a été sapée par la rigueur de la politique budgétaire. La deuxième a tordu le cou à beaucoup d'entreprises nationales confrontées à une concurrence déloyale. En fait, dans les recettes de l'Etat, la part de l'impôt sur les importations a chuté de 25% en 1982 à 18 % en 1985. Cette forte diminution des droits d'importation “a entraîné une nette progression des importations (...) subvensionnées par les pays exportateurs. Non protégée contre cette concurrence déloyale, la production locale a cessé d'être compétitive. Ce qui a contraint un grand nombre de petits producteurs à cesser leurs activités.”7 Ruinée, l'économie congolaise a été précipitée dans l'informel dont elle ne sait pas toujours sortir.
La logique est simple : pour relancer l'économie du Congo-Kinshasa, il faut soutenir à la fois l'offre et la demande, disent les économistes. Kengo a condamné toutes les deux sans états d'âme. Dans un tel contexte, il est impossible de parler de développement. Même la survie devient aléatoire. C'est cela aussi la rigueur. Car «faire et défaire, c'est toujours travailler», s'est-il justifié avec un mépris total dans une interview accordée en décembre 2003 au journaliste Kibambi Shintwa, patron de la télévision commerciale " Tropicana TV ".
Des millions de vies, l'éducation et l'administration sacrifiées, l'économie nationale détruite par une politique budgétaire qui a vidé le Zaïre de ses ressources. C'est cela la rigueur que Kengo a imposée à "ses" compatriotes. En le couronnant, le Sénat est coupable de haute trahison. Mais l'ignorance peut aussi transformer en acte héroïque la pire de trahison, dit-on. La presse congolaise a salué le retour de Kengo comme un exploit politique de grande anvergure. Quand on aspire à la liberté, il ne faut jamais oublier une chose très importante: la liberté a toujours été sourde aux cris de ceux qui vénèrent leurs bourreaux et se prosternent devant eux.
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1. Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p.46
2. Zaire Economic Memoradum ; Economic change and External Assistance. Repport n° 5417- ZR, March 29, 1985, World Bank, p. 47
3. Nécessité d’un ajustement structurel, Rapport d’activité à l’intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.12
4. Nécessité d’un ajustement structurel, Rapport d’activité à l’intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.5
5. Nécessité d’un ajustement structurel, Rapport d’activité à l’intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.37
6. Nécessité d’un ajustement structurel, Rapport d’activité à l’intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.2
7. Nécessité d’un ajustement structurel, Rapport d’activité à l’intention du Groupe Consultatif pour le Zaïre ( Paris, 21-22 avril 1986) , Banque Mondiale, p.19
© debout-congolais.be 2007-05-16
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