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LES FEMMES CONGOLAISES PARLENT ENFIN DE LEUR CALVAIRE
Par Joseph M. Kyalangilwa, Président de la Société Civile de la Province du Sud-Kivu et Président du Great Lakes Forum International
2.10.2005
Introduction
Certes, pendant toutes les guerres à travers le monde, tous les miiltaires longtemps aux fronts ont toujours commis les viols des femmes sur leurs passages. Interpellés sur ce genre de forfaits dégradants de leurs hommes, les commandants de troupes ont toujours sur les lèvres la même réponse : « à la guerre comme à la guerre !… », comme pour dire qu’il y a lieu de les comprendre…
Les viols que ces miltaires commettaient se faisait avec un minimum de respect dû à la femme bien que ce ne fut point un droit, lequel droit réservé aux couples et aux personnes qui s’aiment vraiment.
Mais les viols auxquels l’on assiste impuissamment à l’Est de la R.D. Congo depuis le 2 août 1998 et dont s’illustrent les agresseurs et soldats des armées régulières du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, sont des crimes inhumainement abominables, sauvagement et bestialement perpétrés aux femmes, filles et fillettes congolaises.
C’est du jamais vu au Congo. Ce qui étonne en outre, c’est de constater que certains éléments de casques bleus de la Mission des Nations Unies au Congo, MONUC en sigle, au lieu de protéger les civils et leurs biens, but principal de leur présence en R.D. Congo, eux aussi se permettent de commettre les mêmes crimes. Si aujourd’hui les responsables de l’ONU commencent enfin à sanctionner leurs hommes auteurs des viols et des violences sexuelles faites tant aux femmes qu’aux jeunes filles congolaises élèves et écolières, au prix de cinq ou dix dollars, il y a lieu de relever que ce genre d’actes avaient toujours été dénoncés et portés officiellement à la connaissance de l’ONU depuis 2000 . Curieusement, ces rapports demeuraient lettres mortes et les responsables locaux de la MONUC s’en prenaient contre les dirigeants et leaders de la Société Civile qu’ils traitaient de vaut-rien, de pauvres, d’aigris et de pessimistes invétérés. Cette campagne fut souvent reprise par les médias occidentaux qui ne ratent jamais de telles occasions pour diaboliser la Société Civile et ses dirigeants.
La vérité étant têtue et ne prend jamais l’ascenseur pour triompher du mal, la Société Civile a dû profiter de la facilité qu’offre l’internet pour informer tous les décideurs de la Communauté internationale et des ONGS du Nord du calvaire des femmes de l’Est de la République Démocratique du Congo.
II. Témoignages accablants
Ci-dessous nous donnonsin extenso quelques récits des femmes courageuses et victimes de vols. Ces femmes tiennent à ce que les autres femmes sachent comment les femmes congolaises subissent sauvagement ces actes humiliants commis par les hommes sans cœurs ni âmes que sont principalement les rwandais et leurs collabos et traîtres du RCD/Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) totalement au service du régime actuel à Kigali. Les forfaits se sont commis au Sud-Kivu en R.D. Congo. Pour la compréhension de nos lecteurs d’Outre-Mer, nous ferons précéder chaque récit d’une note explicative. Depuis le début du dernier trimestre de l’année 2004, les rapts contre rançon se multiplient au Kivu. Durant leur détention, les femmes violées sans relâche par les hommes en armes vivent un véritable martyr. En effet, les exécutions sommaires sont légion. Les villages sont terrorisés. L’une de ces femmes a courageusement accepté de raconter son calvaire. Fin décembre 2004, le village de Chinjoma dans le territoire de Walungu situé à cinquante kilomètres au sud de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, frontalière avec la ville rwandaise de Cyangugu, ce village a été victime d’un de ces rapts contre rançon. Actuellement Chinjoma est à moitié vide. La plupart de ses habitants se sont réfugiés au stade de football de Mafundwe. Deux mois après les faits, une des femmes du village, âgée de 47 ans, sort de l’hôpital. Respectée comme présidente de Shirika (groupement chrétien de base), très affectée par ce qu’elle a subi et la perte de parents, elle raconte dans sa langue (Mashi) ses jours terribles.
Dans l’église.
C’était le mercredi 29 décembre 2004, je revenais des champs. Arrivée à l’entrée du village, j’ai remarqué qu’un silence inquiétant régnait. Je me suis cachée derrière le mur de la petite chapelle catholique pour voir ce qui se passait. Il n’y avait pas âme qui vive sur la grand-place. Tout d’un coup, une voix derrière moi me fait sursauter : « Hagarare » (Ne bouge pas !). Je me suis brusquement trouvée nez à nez avec un homme immense, très sale, portant un long fusil sur chaque épaule. J’ai tout de suite compris que j’avais à faire à l’un de ces fameux Interahamwe (présumés génocidaires hutu rwandais de 1994 réfugiés au Kivu) qui terrorisent et sèment la désolation dans nos villages depuis plusieurs mois. Le barbare m’a fait signe avec grands gestes de son poignard pour remettre mon sac de victuailles sur la tête et d’avancer vers le temple protestant en bois. Là, j’ai retrouvé rassemblés presque tous les habitants du village assis à même le sol, les mains sur la tête.
Y étaient présents, mon père, mes frères et mes cousines. Enfin, tous ceux que j’ai connus depuis ma naissance et ceux qui sont nés après moi. Debout, il n’y avait qu’une douzaine de soldats armés. J’en ai reconnu deux que je voyais régulièrement au marché de Mudusa (un des villages du territoire de Walungu). Avant, j’avais du mal à croire à ceux qui disaient que les soldats congolais (du RCD-Goma) étaient de mèche avec les rebelles rwandais, mais maintenant je n’en ai plus de doute. Il y avait deux d’entre eux que je connais bien : l’un est attaché à l’Agence Nationale de Renseignements (service de sécurité). Celui-ci m’étonnerait qu’il parle un seul mot de kinyarwanda (langue rwandaise). Les biens pillés dans les cases du village étaient entassés dans les coins du temple : des radios, des vêtements, le groupe électrogène de la chapelle et toutes les marchandises des trois boutiques de la place.
Celui qui m’a emmenée m’a ordonnée de m’allonger au milieu du temple, le dos au sol. Il a retroussé mon pagne, déchiré ma blouse et m’a violée ! Et puis après, il a laissé la place à un autre. Mon beau-père, qui était âgé de 74 ans, s’est levé pour protester. J’ai entendu la balle crépiter derrière moi. J’ai apperçu le vieux s’écrouler à genoux. Il tenait son ventre dégoulinant de sang ! (A suivre).
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