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Un poème dédié à Che par Retamar, un poète cubain
« Les survivants »
Récité à cette occasion par Abdoulaye Yerodia Ndombasi:
A qui devons-nous la survie ?
Qui est mort à notre place dans la geôle ?
Qui a reçu dans son cœur la balle qui m’était destinée ?
Sur quel mort suis-je donc vivant ?
Ses os incrustés dans les miens,
Les yeux qu’on lui arracha voient par le regard de mon visage et la main qui n’est pas la mienne,
Se dresse au bout de mon bras,
Cette main, qui non plus n’est pas la sienne
Trace des mots brisés
Là où lui n’est pas, dans la survie ».
"Nous autres survivants, à qui devons-nous notre survie ?
Qui est mort à notre place ?
Qui a reçu la balle qui nous était destinée ?
Sur quel mort suis-je vivant " ?
" Les yeux qu'on lui arracha voient avec les yeux de mon visage "…
Che est sans aucun doute ce mort dont nous sommes des survivants.
Car, il a reçu la balle qui nous était destinée.
Hommage à Che!
Che Guevara commémoré à Kinshasa à l’occasion du 40ème anniversaire de son arrivée en Rdc .
Une cérémonie d’hommage a été organisée à Kinshasa le samedi 23 avril dans le cadre de la commémoration du 40ème anniversaire de l’arrivée de Che Guevara en Rdc
Kinshasa , 25.04.2005 | Politics
Le 40ème anniversaire de l’arrivée du révolutionnaire cubain Che Guevara a été célébré avec faste à Kinshasa, précisément dans la salle des conférences internationales du ministère des Affaires Etrangères en présence du Vice-Président de la République en Charge du Développement et de la Reconstruction M.Abdoulaye Ndombasi.
Plusieurs autres membres du Gouvernement, les membres du Sénat représenté par son Vice- président M. Emile Ilunga et de l’Assemblée nationale ont pris part à cette activité. L’Ambassadeur du Cuba en Rdc M.Hector Ibaza y était également présent.
Il en est de même de l’Association brazzavilloise « Amitié Congo- Cuba » qui a délégué l’un de ses membres M. Kinanga. De nombreux témoignages ont été entendus sur l’œuvre de Che Guevara à l’occasion du colloque organisé dans le cadre de cette manifestation.
Dans son message, le président du Réseau International / Zone Afrique pour la Défense des cinq cubains (Ricc) M. Sylvère Boswa Issekombi a d’abord présenté la biographie de Che Guevara. En effet, a-t-il dit, médecin de formation, de nationalité argentine, Che est né le 14 juin 1928 et mort en Bolivie. Il consacra toute sa vie pour la Révolution mondiale, a expliqué M. Boswa. C’est ainsi qu’il a été l’une des pièces maîtresses dans la victoire de la Révolution cubaine sur le pouvoir néo-colonial de Batista. Après la libération du peuple cubain, il assuma les fonctions de Commandant de l’armée cubaine, de membre du comité central du Parti communiste cubain, directeur de Banque centrale, et ministre de l’Industrie. Sa nature de combattant qui a fait de lui un perpétuel maquisard l’obligea d’abandonner son poste ministériel, indiqua-t-il avant de faire observer que cet exemple est une grande leçon pour tous les révolutionnaires; car, dit-il, on ne s’accroche pas au pouvoir pour le pouvoir.
« Révolté par l’assassinat ignoble du camarade Emery Patrice Lumumba et surtout du mépris de l’impérialisme après l’indépendance de la Rdc, il déclara : « Ce qui se passe en Afrique, où il y a deux ans à peine, le Premier ministre du Congo a été assassiné et écartelé, c’était les monopoles Nord américains qui s’installaient et la lutte pour la possession du Congo a donc été déclenchée. Pourquoi, parce que dans le sous du Congo, il y a du cuivre et des minerais radio actifs. C’est pourquoi on a assassiné un dirigeant populaire qui avait eu la naïveté de croire en la justice sans tenir compte du fait que le droit est chassé par la force. C’est ainsi qu’il est devenu martyr de son peuple »
Au sujet du contexte de son arrivée en Rdc, M. Boswa a ajouté :«l’objectif principal de Che est d’instaurer la paix et la justice sociale. Pour atteindre ce but, il faut combattre les régimes de tyrannie et des oppressions à travers le monde. La lutte révolutionnaire déclenchée en 1964 Rdc par Pierre Mulele et qui s’est ramifiée à l’Est de la Rdc l’attire. Le 24 avril 1965, il débarqua à l’Est de la Rdc en compagnie de 135 de ses compatriotes cubains pour rejoindre le camarade Laurent- Désiré Kabila dans lesmontagnes de Fizi », a rapellé cet orateur. Che, a -t-il signalé, s’est retrouvé dans plusieurs maquis à travers le monde afin de déclencher la « Révolution mondiale contre l’impérialisme ». Car disait-il : « la révolution n’est pas une pomme qui tombe de l’arbre lorsqu’elle mûre. Il faut la faire tomber… »
Intervenant sur le thème « Che et l’Afrique » le belge Ludo Martens, analyste de la Rdc et auteur du livre « Kabila et la Révolution congolaise» a révélé :
« Che affirmait que feu le Président Laurent-Désiré Kabila est l’homme qui avait un avenir clair et qui s’imposait de par sa personnalité. De même qu’il était en relation directe avec la population ».
C’est après toutes ces observations que celui qui sera le futur Chef d’Etat congolais ira suivre une formation politico -militaire en Chine.
Une fois au pouvoir, avec un milliard de dollars, il a exécuté son plan triennal , en comparaison à la Monuc qui, a-t-il dit, dépense chaque année trois milliards de dollars pour une seule année.
Poursuivant son témoignage sur Che, il a déclaré que l’Angola et la Namibie ne seraient pas libres en expliquant que c’est l’action de l’armée cubaine qui a fait disparaître l’impérialisme dans ces pays tout comme dans d’autres pays africains.
Il a en outre salué l’action de Lumumba en évoquant la présence de plusieurs formations politiques lumumbistes sur l’échiquier politique de la Rdc. Cependant, estime-t-il, tous leurs leaders sont portés vers la compromission.
[Et ceux qui ont compromi se trouvaient bel et bien dans la sale: M. Emile Ilunga, Gérard Kamanda].
Quant su journaliste M. Jacques Lubwele, développant le thème « Che et le Journalisme », qui a avant toute chose salué la présence de ses anciens compagnons de lutte contre la dictature mobutienne présents dans la salle, émettant le vœu de refaire l’unité qui les caractérisait. Il a cité tour à tour le professeur Mupapa, le docteur Sondji et M. Gérard Kamanda. Il a ensuite insisté sur la formation idéologique du journaliste qui selon lui est un messager. D’où, pour que son message puisse être crédible, il doit être lui-même crédible.
En ce qui le concerne, le représentant de l’Amitié Congo- Cuba a souligné que Che combattait les forces du mal par les armes et par le travail tandis que l’Ambassadeur du Cuba en Rdc a déclaré que Che a fait siens les principes de la globalisation et a laissé au monde les idéaux pour lesquels il a lutté. Il a également évoqué quelques réalisations du Cuba à travers le monde dans le domaine de la formation, de la santé. Ce qu’il a qualifié de la validité de l’œuvre de Che dans la Révolution cubaine. D’où conclut -il, « la validité de l’œuvre de Che vivra toujours en nous».
Le Vice-président Yerodia qui a présidé l’ouverture et de clôture de ce colloque a déclaré : « Nous sommes réunis par fidélité à un homme, un homme mondialement connu. Nous ne pouvons parler de lui sans émotion ».
MMC
Che Guevara, le plus grand révolutionnaire du monde, au maquis de Laurent Kabila en 1965
Une interview de Ludo Martens accordée à Josette Bula Matadi pour la RTNC 2,
Kinshasa, 19 avril 2005
Le 24 avril, on commémore le 40e anniversaire de l'arrivée de Che Guevara au Congo. Qui était ce Che Guevara et qu'est-ce qu'il venait faire au Congo?
C'est à 4 heures du matin du 24 avril 1965 que Che Guevara arrive au maquis de Kabila dans la localité Kibamba dans la région de Fizi-Baraka. La révolution congolaise se trouve déjà dans une situation de crise profonde, après les opérations militaires d’octobre - décembre 1964 entreprises par les mercenaires blancs, sud-africains, rhodésiens, allemands etc., encadrés par des officiers belges et américains.
Che Guevara était à l'époque le révolutionnaire le plus célèbre au monde. On pourrait dire que Mao Zedong était le plus grand - la révolution chinoise a engagé aujourd'hui un milliard quatre millions d'hommes sur la voie du socialisme! Mais Mao devait se consacrer à l'époque entièrement à l'édification du socialisme.
Che Guevara, quant à lui, a été à Cuba ministre de l'Industrie et aussi Directeur de la Banque. Il n'était pas absolument nécessaire à Cuba, Fidel et Raoul Castro dirigeaient le pays de main de maître. Che a abandonné ses hautes responsabilités à Cuba pour aider la révolution anti-impérialiste dans le monde entier. Il s'est mis au service de la révolution congolaise, puis il s'est engagé dans la révolution bolivienne. Pour la plupart des Congolais, c'est difficile de s'imaginer qu'un homme qui dirige la Banque nationale, qui gère un ministère capital, puisse abandonner tout cela pour aller souffrir dans la brousse du Kivu et y enseigner la guerre de libération…
Qu'est-ce que Che Guevara venait faire au Congo? L'histoire du Che au Congo est à la fois pathétique et héroïque.
Pathétique, parce que l'entreprise était sans doute condamnée à l'échec dès le départ.
En débarquant au Congo, Che et ses compagnons ont projeté sur le Congo, leur propre l'expérience des luttes révolutionnaires à Cuba et en Amérique latine.
Or, depuis plus d'un siècle, depuis José Marti en 1883, le peuple cubain se bat contre l'impérialisme américain ! José Marti et Simon Bolivar prêchaient une révolution populaire dans toute l'Amérique latine pour chasser les colons espagnols d'abord, et les impérialistes américains ensuite. C'est déjà en 1895 que José Marti a fondé un parti nationaliste unifié, le Parti Révolutionnaire Cubain. En fait, depuis 1868, des grandes luttes populaires ont marqué l'histoire de Cuba et de l'Amérique Latine.
Alors, lorsque Che Guevara débarque au Kivu, Congo, le peuple congolais fait sa toute première expérience révolutionnaire…
Les Cubains mesuraient en quelque sorte une première expérience très fragile au Congo, à leur longue expérience révolutionnaire qui couvrait plusieurs générations…
Des malentendus énormes étaient inévitables entre des Congolais sans la moindre expérience révolutionnaire, sans organisation, sans idéologie, sans références - et ces Cubains, révolutionnaires professionnels endurcis dans la lutte clandestine et dans la lutte armée…
L'histoire du Che au Congo est aussi héroïque. Héroïque parce que Che et ses compagnons cubains ont donné un exemple extraordinaire de solidarité révolutionnaire, de dévouement, d'humilité, de détermination à découvrir les authentiques révolutionnaires congolais et à les aider de toutes leurs forces.
Pour être complet, il faut dire que les efforts du Che et de ses compagnons n'ont pas seulement été héroïques… ils ont été aussi, et surtout : fructueux!
Les graines qu'ils ont semées ont poussé.
Deux ans après le départ du Che, elles ont déjà commencé à donner des fruits. Nous parlons de la fondation du Parti de la Révolution Populaire, le 24 décembre 1967 à Hewa Bora.
Et l'arbre cubain a finalement, 31 ans après le passage du Che, donné une récolte presque miraculeuse. Nous parlons de la victoire de la guerre de libération, le 17 mai 1997…
Dans quel état se trouvait le maquis de Laurent Kabila, le maquis de Fizi-Baraka, lorsque Che Guevara est arrivé?
A son arrivée au Kivu, Guevara a été accueilli dans une guérilla caractérisée par la désorganisation, le règne de petits chefs locaux, l’absence de discipline et de combativité,
Au Congo depuis six semaines, Guevara écrit ceci: «Il y a le manque général de cadres d’un niveau culturel approprié et d’une fidélité absolue à la cause de la Révolution. Il y a une prolifération de chefs locaux ayant chacun leur autorité. Il n’y a pas de discipline dans les unités, elles sont contaminées par l’esprit de clocher.» "Indiscipline, désordre, ignorance des règles du combat les plus élémentaires, carence de combativité et d'autorité des dirigeants".
Quarante années après l'arrivée du Che, les faiblesses de la révolution congolaise sont toujours les mêmes : manque de cadres d'une fidélité absolue à la révolution, esprit de clocher, chacun préférant être chef dans son petit fief, plutôt que d'être membre d'un ensemble national hiérarchisé et discipliné…
Che Guevara a été frappé par les différences de classe dans la société congolaise où, selon certains, il n'y aurait pas de lutte de classes. Che note : "Dès les premiers instants, nous ressentimes une franche division: aux côtés de gens très peu éduqués, majoritairement paysans, on en trouvait d'autres avec une culture supérieure, un habillement distinct, une meilleure connaissance du français; entre ces deux groupes d'hommes, la distance était absolue!"
Che Guevara, comme les Chinois, formait des cadres congolais pour qu'ils deviennent d'authentiques révolutionnaires, prêts à se sacrifier pour la libération de leur peuple, décidés à vaincre l'impérialisme par la guerre populaire. Les révolutionnaires cubains comme chinois mettaient l'accent sur la nécessité d'un seul parti révolutionnaire travaillant sur base des mêmes principes sur l'ensemble du territoire national. Chez les chefs "révolutionnaires" congolais régnait la volonté d'avoir "son propre parti révolutionnaire" pour arracher un poste de direction….
Che écrit: "L'Armée de libération avait des cadres entraînés en Chine et en Bulgarie. Ces cadres estimaient qu'ils ne pouvaient pas se risquer au combat. Non, ils venaient déverser sur leurs camarades les petites connaissances accumulées en six mois d'études théoriques. Mais on ne pouvait commettre le crime de lèse -Révolution consistant à les envoyer au combat ! Ils n’ont presque jamais participé au combat. Ils ont formé des organisations politiques parallèles, qui se disaient marxistes-léninistes, mais ne servaient qu’à accentuer les divisions. Ce genre de révolutionnaires ne cultivait que l’ambition d’obtenir un poste de direction grâce à leurs colossales connaissances. Et au front, ils regrettaient le bon, temps passé à l’étranger."
"Accentuer la division, faire de la politique "révolutionnaire" pour obtenir un poste de direction " : quarante années après ce constat du Che Guevara, peu de choses ont changé dans le camp nationaliste…
Est-ce qu'on peut dire que les cadres intellectuels étaient des opportunistes et que les paysans constituaient la véritable force nationaliste?
Non. C'est vrai que Che Guevara a été frappé par la misère effroyable des paysans qu’il a trouvé patriotes, courageux et chaleureux.
Mais ces mêmes hommes, lorsqu’ils entrent dans l’armée de libération, « se transforment en soldats indisciplinés, paresseux et sans combativité ».
Pour Guevara, une armée révolutionnaire est au service des masses paysannes, elle doit tout faire pour être autosuffisante. Mais lorsqu’il demande à un combattant congolais de transporter des marchandises, comme le grand Che en donnait lui-même l'exemple, il reçoit la réponse: "Mini hapano motocari", ce qui signifie : « Je ne suis pas un camion, moi!»
La conclusion du Che : «L’Armée Populaire de Libération est une armée parasite caractérisée: elle ne travaille pas, ne s’entraîne pas et ne lutte pas. »
L’arme donne du pouvoir, et notamment le pouvoir de parasiter sur la masse… Très facilement, les jeunes paysans en armes se constituent en une caste qui vit aux dépens de la masse qu'elle brime et maltraite…
L'échec de la révolution de 1964 était donc inévitable ?
Non, j'ai dit que l'expérience du Che au Congo était à la fois : pathétique et héroïque. Che a enseigné tout ce qu'il fallait pour vaincre. Mais il est arrivé dans une révolution qui était déjà en débandade. Che savait parfaitement qu'on ne peut pas faire une révolution sans l'organisation politique révolutionnaire qui donne aux combattants un idéal, une conviction, un esprit de sacrifice et une discipline consciente.
Pour faire une révolution populaire, il faut aussi une ligne politique qui reconnaît le rôle déterminant des masses ouvrières et paysannes et des opprimés dans le processus révolutionnaire. Une ligne politique qui reconnaît que les masses doivent être conscientisées et organisées pour le combat et pour la production dans l'intérêt de la communauté.
Il faut une idéologie révolutionnaire qui transforme chaque cadre et combattant grâce aux principes universels de la révolution anti-impérialiste et du socialisme. Mais il fallait du temps pour entraîner et former un noyau de cadres qui pouvait assumer les tâches de la direction de la Révolution. Le Che n'a pas eu ce temps. A part Léonard Mitudidi et Laurent Kabila, Che n'a pas découvert des cadres qui étaient à la hauteur.
Aujourd'hui, quarante années plus tard, honorer Che Guevara et Laurent Kabila, c'est œuvrer à l'organisation politique révolutionnaire unifiée qui donnera un idéal, une conviction, un esprit de sacrifice et une discipline consciente aux cadres et militants du parti et aux masses populaires.
Che Guevara a été un des principaux organisateurs de la victoire militaire de la révolution cubaine. A-t-il pu redresser l'armée de Laurent Kabila?
Non. Le peuple cubain fait la révolution depuis plus d'un siècle un siècle. Il y a eu des victoires et des défaites, c'est par l'expérience positive et négative qu'un peuple atteint la maturité révolutionnaire.
Le 29 juin 1965, les troupes congolaises et rwandaises lancent une attaque contre la caserne du "Front de Force". A l'époque, il y avait des nationalistes rwandais révolutionnaires, dirigés par Mudandi, qui avaient les mêmes convictions révolutionnaires que Kabila et ses hommes.
A propos de cette attaque, Che note : "Ce fut la débandade complète."
Avant le début de l'opération, un combattant avait tiré involontairement un coup de fusil. Et la troupe s'est complètement désintégrée… Les forces congolaise et rwandaises ont abandonné armes et munitions, ainsi que leurs morts…
La seconde opération était aussi la seule de grande envergure, une attaque contre les installations militaires de Front de Force et de Katenga. Les combattants cubains l'ont, en fait, menée de bout en bout. Che écrit. "Sur les 160 combattants congolais engagés, 60 ont déserté avant même les opérations. La majorité des Congolais poussaient sur la gâchette en fermant les yeux, jusqu'à épuisement des balles. Ensuite, ils attribuaient la défaite à l'incompétence du sorcier qui a été chassé. Dans la fuite, les officiers avaient donné l'exemple et surtout les commissaires politiques..."
Le Che disait : « Son diplôme réel, le soldat révolutionnaire, il l’obtient dans l’exercice de sa profession, par sa manière de réagir aux attaques ennemies, dans la souffrance, dans l’acharnement au combat ».
Mais ses compagnons congolais n'avaient aucune référence pour pouvoir comprendre ce langage.
Est-ce que les combattants cubains, venus d'un autre continent pour aider la révolution congolaise, n'ont pas été déçus?
Si, il y a eu un découragement sérieux et même un certain dédain pour ces Congolais incapables de se battre. Mais Guevara n’acceptait ni l'un, ni l'autre.
Che a rédigé un « Message » à ses compagnons cubains où s’exprime sa noble conception de la révolution et de l’internationalisme prolétarien : «Notre mission est d’aider les Congolais à gagner la guerre... Il faut encore accentuer notre travail politique. Nous devons... nous efforcer de pratiquer une authentique camaraderie révolutionnaire à la base, entre combattants; c'est de là que sortiront les cadres moyens de demain... La soif d'enseigner doit être prioritaire pour nous.......».
Au Congo, même dans les difficultés les plus terribles, le Che exigeait de la part de ses compagnons cubains une confiance dans la victoire finale, il n'acceptait jamais le découragement
Après une débandade des troupes congolaises, certains camarades cubains se montraient découragés. Guevara leur disait: «Tu ne dois jamais permettre que qui que ce soit puisse penser que tu es vaincu et sans courage pour continuer la lutte. Tu dois te maintenir dans la disposition combative maximale et ton comportement doit servir d’exemple et d’encouragement.»
Guevara exigeait que les combattants membres du Parti communiste cubain croient à la victoire de la révolution congolaise et qu’ils soient prêts à mourir pour elle. Che écrit : « (Lors du rassemblement des combattants cubains) j’ai demandé qui croyait dans la possibilité du triomphe de la révolution congolaise. Six seulement sur 120 ont levé la main. Puis j’ai déclaré que parfois je devrais demander des sacrifices qui pouvaient aller jusqu’à celui de leur vie. Et là, ils ont tous levé la main.» Là aussi, Che et ses compagnons donnaient une leçon de morale révolutionnaire à leurs camarades congolais : pratiquement tous les combattants cubains estimaient que cette révolution ne pouvait pas triompher dans les conditions présentes. Mais lorsque Che Guevara leur demande de sacrifier leur vie pour la libération du peuple congolais, TOUS sont prêts!
Nous avons lu souvent que Che Guevara avait des critiques assez violentes sur Laurent Kabila, qui était presque toujours absent du maquis, qui passait le temps en Tanzanie avec des femmes et en buvant la bière et le wiski.
Est-ce que vous pensez vraiment que Che Guevara, à 24 ans, n'aimait pas les femmes et la bière? Non, tout ça, c'est de l'agitation de bas étage.
Quelle était la véritable évaluation du grand Che de ce jeune homme de 24 ans que fût Laurent Kabila? Kabila, lorsqu'il a rencontré le Che pour la première fois à Dar Es Salaam, a expliqué au dirigeant cubain la situation de la révolution au Kivu. Plus tard, Che a écrit sur cette première rencontre: "Kabila m'a fait une excellente impression. L'exposé de Kabila a été clair, concret et ferme. Il m'a parlé de son opposition à Gbenye et Kanza et de son désaccord avec Soumialot. Il m'a dit qu'on ne peut parler d'un gouvernement congolais, sans avoir consulté Mulele, l'initiateur de la lutte. Kabila se rend parfaitement compte que l'ennemi principal est l'impérialisme américain et il se montre disposé à lutter contre lui de manière conséquente, jusqu'au bout." Quels éloges pour un jeune de 24 ans !
Il est vrai qu'en 1965, Kabila n'arrivait plus que rarement au maquis de Fizi-Baraka.
Pour s'attirer la sympathie des Cubains, des Congolais opportunistes sortaient un argument "révolutionnaire" : Kabila ne veut pas se rendre sur le champs de bataille…
Ainsi, des combattants congolais sont venus voir le commandant cubain Pablo pour lui dire que Kabila n'avait aucune volonté d'aller combattre à l'intérieur. Mais Pablo dit à Che Guevara : "Ils veulent s'abriter derrière ta personnalité et derrière les Cubains pour créer leur propre groupe." Et Che Guevara a répondu à Pablo : "J'ai confiance en Kabila, tous les autres sont pires et ne sont pas aussi intelligents. Assure Kabila que nous travaillons loyalement à la consolidation de l'unité du mouvement sous son commandement."
Le jeune Kabila de 1965 ne pouvait pas, en tant qu’individu, échapper aux limitations de son milieu et de son époque. Quand Guevara et Kabila se séparent, ce dernier n'a que 24 ans ! Qui ose se présenter comme révolutionnaire accompli à cet âge ?
Mais Che Guevara voyait plus loin que les difficultés et les faiblesses du présent. Il note la fin de son séjour au Congo ceci.
«Quel genre de chefs a eu la révolution? … Sans aucun doute, Kabila est le seul qui ait à la fois un cerveau clair et une capacité de raisonnement développée, une personnalité de dirigeant. C’est le seul homme qui a de véritables qualités de dirigeant des masses. Si un révolutionnaire complètement pur n’a pas certaines qualités de guide, il ne peut pas diriger une révolution, mais un homme qui a des qualités de dirigeant ne peut pas pour autant mener à bien une révolution. Il est important d’avoir le sérieux révolutionnaire, une idéologie qui guide l’action, un esprit de sacrifice qui accompagne ses actes. Jusqu’à présent, Kabila n’a pas démontré posséder une seule de ces qualités. Il est jeune et il peut changer.…"
Guevara disait que Kabila était jeune et qu'il pouvait changer. Mais est-ce qu'il a changé?
Absolument. Laurent Kabila a pris les observations du grand Che Guevara au sérieux. Il a fait ce que le Che lui a conseillé et ce que Mulele avait déjà fait en 1962. Kabila a suivi les traces de Mulele en Chine. Il a suivi une formation politique et militaire à la même académie politico-militaire de Nanjing. Mais Kabila a suivi une formation beaucoup plus longue et approfondie que Mulele : 6 mois et 20 jours… De 1967 jusqu'à son assassinat, Kabila s'est montré digne de la confiance du Che et digne de la confiance du peuple congolais.
Laurent Kabila est retourné de la Chine en 1967, complètement transformé et le 24 décembre 1967, il a fondé à Hewa Bora le Parti de la Révolution Populaire. Nous savons que Pierre Mulele est resté au maquis du Kwilu, avec les masses paysannes, pendant cinq ans, de 1964 à 1968.
Kabila n'a jamais quitté le maquis de Hewa Bora entre 1967 et 1977, ça fait dix ans.
Et de 1977 à 1996, il n'a jamais cessé à chercher les occasions pour relancer la lutte armée, la seule voie pour chasser le néocolonialisme et pour réaliser l'indépendance politique et économique ainsi que le pouvoir populaire.
En 1991, par exemple, Laurent Kabila a tenté d'implanter un nouveau maquis le long de la frontière avec la Zambie et il recrutait des jeunes dans la région du Lac Moëro. Les cadres du PRP ont rencontré à ce moment Joseph Kabila, qui n'avait pas encore vingt ans.
Quatre années plus tard, les 17-24 août 1995, Joseph Kabila participe aussi, aux côtés de Lwetscha, Sikatend et Molelwa, à une réunion pour préparer la prise d'Uvira.
Joseph Kabila et Justin Molelwa ont également accompagné Mzee à Kigali, en novembre 1995, pour préparer la guerre de libération.
J'ai eu le mercredi 20 avril une discussion avec 15 élèves de l'Institut Georges Simenon. Ils m'ont posé la question si Joseph Kabila était oui ou non le fils de Laurent. J'ai répondu ceci. "Hier, quelqu'un me disait que Mzee avait fait des enfants en pagaille, au moins quarante. Ca ne m'intéresse pas combien d'enfants il a eu, mais je note qu'une rumeur sur Mzee prétend qu'il a fait 40 enfants et qu' une autre dit que Joseph n'est pas son fils. Vous mettez ces deux rumeurs ensemble et vous constatez que c'est vraiment du n'importe quoi. Quel est l'homme congolais qui fait 40 enfants, mais qui trouve qu'aucun de ses enfants ne vaut la peine d'être présenté comme son fils aîné ? Et il va chercher un fils d'un Tutsi congolais qui a vingt ans en 1991, pour le présenter comme son propre fils. Et pendant dix ans il continuera à présenter ce 'faux fils' comme son aîné. C'est ridicule. Ce genre d'intox discrédite définitivement les politiciens qui ont besoin de recourir à des armes pareilles."
Est-ce qu'on peut dire que c'est Che Guevara qui a suscité l'intérêt des Cubains pour la révolution africaine ?
Absolument et cela s'est exprimé avec force le 11 décembre 1964, lorsque Che Guevara prend la parole lors du XIXe Assemblée générale de l'ONU. Nous sommes à peine quelques semaines après le début de l'agression américano-belge.
Che dit ceci devant l'Assemblée générale de l'ONU : "Le cas douloureux du Congo est unique dans l'histoire du monde moderne, il montre de quelle manière on se moque du droit des peuples dans la plus grande impunité. Les énormes richesses que détient le Congo et que les nations impérialistes veulent maintenir sous leur contrôle, sont le motif de tout cela. … Tous les hommes libres du monde doivent s'apprêter à venger le crime commis contre le Congo".
Le 17 décembre 1964, Che quitte New York pour Alger. Dans une tournée africaine il visitera 8 pays - Algérie, Egypte, Mali, Congo, Guinée, Ghana, Dahomey (Bénin), Tanzanie, Congo Brazzaville. Et il fera aussi un crochet en République Populaire de Chine.
Le Che rencontre tous les grands nationalistes africains : Kwameh Nkrumah à Accra, Sékou Touré à Conakry, Modibo Keita, à Alger, capitale de l'Algérie révolutionnaire. A Alger il rencontre le président Ben Bella, grand admirateur de Lumumba, il s'entretient avec Massemba-Debat à Brazzaville
Puis Che Guevara a également des entretiens avec les principaux dirigeants des mouvements de libération de l'Afrique : Samora Machel du Mozambique, Agostino Neto et Lucio Lara de l'Angola, il rencontre Amilcar Cabral, le grand révolutionnaire de Guinée-Bisau.
Peut-on dire que l'engagement de Che Guevara dans la révolution congolaise a été un échec relatif. Mais que cet engagement a eu des conséquences de longue portée pour le mouvement de la libération africaine ?
Oui, lors de son premier voyage africain, Che avait noué des rapports politiques avec les grands révolutionnaires africains. Mais c'est effectivement sa participation personnelle à la résistance armée contre l'agression américano-belge, qui a initié l'épopée héroïque des combattants internationalistes cubains venant soutenir les luttes de libération dans tout le continent africain.
Après 1965, les combattants cubains de Che Guevara ont tiré des leçons de la défaite congolaise.
Ils ont livré pendant un quart de siècle des combats historiques pour la liberté des peuples africains, luttes qui ont changé radicalement le cours de l'histoire avec les victoires de la révolution anti-coloniale en Angola, en Namibie, au Mozambique, en Guinée-Bissau et avec la défaite de l'armée de l'apartheid en Angola et en Namibie….
En juillet 1965, la deuxième colonne cubaine dirigée par Jorge Risquet était arrivée à Brazza pour défendre le gouvernement nationaliste de Massemba Débat et pour venir en aide à Che au Congo. Cette colonne comptait 250 hommes.
Mais à Brazza, Risquet a aussi formé les combattants du MPLA! Trois colonnes militaires sont parties de Brazza pour les maquis en Angola.
Ainsi, dix années après l'expérience pénible de Che au Congo, les détachements de l'armée mobutiste ont été mis en déroute par les forces cubaines et angolaises à Kinfangondo, Cabinda, Negage-Uige et elles ont été expulsées de l'Angola.
Puis en 1975-76, les troupes de l'Apartheid ont fait des avancées dévastatrices sur Luanda. Elles ont été arrêtées sur la rivière Queve par les troupes cubaines et les troupes du MPLA. En cinq mois, l'armée de l'apartheid a été chassée de l'Angola.
En 1987-88, les troupes du régime raciste sont à nouveau entrées en force en Angola. Lors de la bataille historique de Cuito Cuanavale, les agresseurs sud-africains ont subi une défaite stratégique face aux troupes cubaines, angolaises et namibiennes. C'était le retrait définitif des troupes racistes de l'Angola et la déclaration de l'indépendance de la Namibie…
En Guinée Bissau, le grand révolutionnaire Amilcar Cabral, a engagé une soixantaine de cadres et de combattants cubains pour la lutte contre la domination coloniale portugaise…
Nous avons appris que Cuba développe actuellement de vastes programmes éducatifs et médicaux dans tous les pays africains… sauf en RDC ! Comment expliquer cela ?
C'est impossible à expliquer. C'est étrange. C'est comme si, au Congo, tout marche parfaitement bien dans le domaine de l'éducation et de la santé.
Il faut que les Congolais sachent que Cuba est un modèle extraordinaire pour le Tiers Monde
Malgré un blocus américain illégal et criminel, les Cubains sont parmi les tout meilleurs au monde dans l'éducation et la santé! Non seulement sont-ils parmi les meilleurs, ils sont les seuls à offrir cet enseignement et ses soins de santé de haute qualité complètement gratuits à tous les Cubains !
Le président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn lui-même, a félicité en 2001 le Président Fidel Castro pour son "travail fabuleux" qui assure le bien-être social au peuple cubain.
Cuba est à la tête de tous les autres pays pauvres pour ce qui concerne les statistiques de la santé et de l'éducation ! Par exemple, la scolarisation dans l'enseignement primaire à Cuba atteint 100 %, et cela non seulement pour les garçons, mais aussi pour les filles. Dans ce domaine, Cuba fait mieux que … les Etats-Unis !
Che est aussi à la base des programmes d'aide dans le domaine de la médecine, de l'éducation et du développement que Cuba a développé depuis
Cuba a actuellement 50.000 coopérants dans 65 pays de l'Amérique Latine, de l'Afrique et de l'Asie.
Quand j'étais à Cuba, un ami m'a raconté une anecdote. Il faut savoir que Cuba a 3.000 médecins qui travaillent au Venezuela. Dans un quartier pauvre de la capitale, une femme médecin cubaine qui visitait ses patients, été attaquée par des bandits qui lui ont tout pris, y compris sa petite voiture. Quand elle est rentrée en pleurs à la maison, les Venezolains l'ont consolé : "Ne t'inquiète pas, nous allons arranger cela…
Et effectivement, les organisations populaires ont immédiatement répandu l'information. Une heure plus tard, les bandits étaient là pour remettre la voiture au médecin cubain : "Excusez-nous madame, excuses, nous ne savions pas que tu était Cubaine…"
Dans tous les pays africains, latino-américains, les médecins cubains travaillent dans les quartiers pauvres, à l'intérieur chez les paysans où il n'y a pas de médecins. Au Congo, est-ce qu'il y a trop de médecin dans la brousse ? Les médecins cubains ne viennent pas en Afrique pour "bouffer", ils soignent les plus pauvres, ceux qui n'ont pas accès aux soins médicaux.
Cuba a aussi ouvert ses universités à 60.000 étudiants et étudiantes du Tiers monde, parmi lesquelles Ghislaine, la fille de Léonie Abo, la compagne de Pierre Mulele, qui vient de terminer ses études de médecine à Cuba….
Cuba a une expérience unique au monde dans l'élimination de l'analphabétisme, donné en exemple par l'Unesco. Est-ce qu'il n'y en a plus d'analphabètes au Congo ?
Avant de partir au Congo, Che écrit dans sa lettre d’adieu à Fidel. «Sur les nouveaux champs de bataille, je porterai ... la sensation de remplir le plus sacré des devoirs: lutter contre l’impérialisme où qu’il se trouve.» Est-ce que c'est au Congo que Che Guevara est devenu un internationaliste?
Non. L'internationalisme, Che ne l'a pas appris en Afrique. Il l'a appris à l'âge de 24 ans … et à moto.
En effet, après avoir fait les candidatures en médecine dans son pays, l'Argentine, Guevara a fait une tournée en Amérique Latine à moto.
Il a vu les terribles conditions de travail des mineurs chiliens, exploités à mort par des multinationales américaines. Des mineurs qui luttaient pour l'amélioration de leurs conditions de travail, furent jetés vivants dans la mer…
Au Pérou, Che Guevara a rencontré le docteur Hugo Pesce, un grand homme de science et un révolutionnaire marxiste.
En Colombie et au Venezuela il a eu la confirmation que deux calamités mortelles frappent toute l'Amérique Latine : l'exploitation éhontée des ouvriers et des paysans et la domination économique, politique et militaire de l'impérialisme yanqui.
Puis le jeune Che, transformé en marxiste et révolutionnaire convaincu, rentre en Argentine pour achever ses études de médecine.
Et ensuite il a reprend la route vers la Bolivie, le Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, Salvador et Guatemala.
Dans ce dernier pays, il a vu comment le gouvernement patriote d'Arbenz Jakobo a été attaqué par l'impérialisme américain venant au secours de la multinationale United Fruit Company qui contrôlait en fait ce pays. Des milices populaires ont été formées et Che Guevara s'est engagé pour la première fois dans sa vie à manier des armes.
Lors de la répression au Guatemala, l'armée et les services secrets américains arrêtaient et massacraient les patriotes et les révolutionnaires. Che Guevara a pu s'échapper de justesse au Mexique.
C'est là qu'il rencontre Raoul Castro et puis Fidel et qu'il s'engage avec 82 autres révolutionnaires sur le bateau Granma pour aller soulever les masses cubaines contre la dictature de Batista.
Le Che dira : "Je considère toute l'Amérique Latine comme ma Patrie". Il suivait ainsi les enseignements des grands révolutionnaires Simon Bolivar et Jose Marti qui à la fin du XIX siècle, ont mobilisé l'ensemble de l'Amérique latine contre la domination espagnole…
Arrivé à Cuba avec Fidel et Raoul, Che commandera la deuxième colonne de la guérilla dans les montagnes de la Sierra Maestra. Che y a grandement contribué au combat victorieux contre 10.000 soldats envoyés par Batista.
Ensuite, Che Guevara commande la 8e colonne qui quitte la Sierra Maestra pour Santa Clara, où la bataille décisive sera livrée contre les troupes de la dictature. 3.000 soldats de Batista se rendent et le dictateur prend la fuite…
Après la victoire, l'argentin Guevara reçoit la nationalité cubaine et il devient directeur de la Banque nationale, puis ministre de l'industrie. Il laisse ces postes pour aller se battre au Congo….
Quelles sont les idées de Che Guevara qui t'ont le plus frappé, les idées fortes qui te semblent le plus d'actualité?
Le 21 décembre 1965, le Che a échappé de justesse aux troupes réactionnaires de Mobutu encadrées par des Américains. Les réflexions qu'il a fait juste après son départ du Congo sur l'avenir de la révolution congolaise, sont d'une perspicacité phénoménale. Je suis au Congo depuis presque 8 années, Che Guevara n'a fait ici que 7 mois. C'est extraordinaire, comment il a pu saisir en si peu de temps, tous les problèmes de la révolution congolaise ! Quand on voit ça, il faut bien conclure que Che Guevara était parmi les plus grands. Quarante années plus tard, les révolutionnaires congolais n'ont pas réellement avancé par rapport à 1965 ! Ce texte du grand Che Guevara mériterait un débat en profondeur entre tous les nationalistes qui se disent en 2005 partisans de Lumumba, Mulele et Kabila.
"L’impact des idées socialistes doit atteindre les grandes masses du Congo pour offrir une image complète des améliorations substantielles qui peuvent être clairement imaginées par les habitants.
Pour cela, l'idéal serait l'organisation d'un parti sur des bases réellement nationales, avec du prestige aux yeux des masses, un parti avec des cadres solides et éduqués. Ce parti n'existe pas aujourd'hui au Congo. Tous les mouvements lumumbistes sont des structures ver¬ticales, avec à leur tête des chefs qui ont un certain développement intellectuel, mais qui sont hésitants et portés sur le compromis.
Dans les conditions du Congo, un parti nouveau, basé sur les enseignements du marxisme, doit s'appuyer sur des figures prestigieuses qui sont reconnues pour leur honnêteté, leur esprit de sacrifice, leur aptitude à commander et à rassembler. Ces hommes surgiront du combat.
La tâche fondamentale de cette période est le développement d'un parti dirigeant de la Révolution, un Parti d'envergure nationale, avec des mots d'ordre intimement liés au peuple, des cadres respectés, et pour cela il faut une équipe dirigeante compétente, héroïque et visionnaire."
Il y a quarante ans, Ernesto Che Guevara arrivait au Congo
I. Che Guevara et le Congo : Un médecin qui parcourt le monde pour lutter contre les injustices
" Nous allons à la recherche des quartiers les plus pauvres de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre nez respire attentivement la misère."
En janvier 1952, en compagnie d'Alberto Granado, il se met en route avec une vieille motocyclette Norton 500 cc.
Lors de leur arrivée à Valdivia, au Chili, un journal local publie une interview sous le titre " Deux intrépides motocyclistes argentins de passage à Valdivia. Il A Temuco, cela devient: " Deux experts argentins de la lèpre traversent l'Amérique latine à motocyclette "
1. A Valparafso, il écrit dans son journal: " Nous allons à la recherche des quartiers les plus pauvres de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre nez respire attentivement la misère. "
7 mars 1952. Ernesto rencontre une femme plus âgée. Elle est malade et vient d'être licenciée. Il écrit: " Dans de tels cas, un médecin, conscient de son infériorité totale vis-à-vis de l'environnement, va imposer un changement. Quelque chose qui va abolir une telle injustice (...). C'est ici que l'on apprend à comprendre la tragédie du prolétariat du monde entier. Ces yeux moribonds essaient servilement de s'excuser; et souvent, il y a aussi cette demande désespérée de consolation qui se perd à la hâte. Jusque quand cet ordre des choses, basé sur un absurde sentiment de classe, continuera-t-il à exister? "
10 mars 1952.
A Cuba, le général Fulgencio Batista s'empare du pouvoir grâce à un coup d'Etat particulièrement violent. Les protestations de masse sont brutalement réprimées. Le 12 mars, à Baquedano, une petite ville chilienne, Ernesto et Alberto font la connaissance d'un jeune couple de travailleurs chiliens, des communistes.
" Dans son langage simple, un mineur nous a parlé de ses trois mois de prison, de sa femme affamée qui l'a suivi fidèlement, de ses enfants qui ont été recueillis par des voisins, de ses démarches infructueuses en quête de travail de ses copains qui avaient disparu de façon mystérieuse, et dont on raconte qu'ils ont été largués en mer: Ce couple transi de froid; cet homme et cette femme blottis l'un contre l'autre dans le désert nocturne, sont une représentation vivante du prolétariat de la terre tout entière, où que l'on soit... Ils n'avaient même pas une couverture pour se couvrir. Nous leur avons donné les nôtres. Je n'ai jamais eu aussi froid que cette nuit, mais en même temps, je me sentais un peu plus rattaché à cette partie de l'espèce humaine qui m'était inconnue. "
Le lendemain, il visite les mines de Chuquicamata et fait une analyse de l'exploitation des mineurs par les entreprises nord- américaines.
A propos du Chili, il écrit: " L'effort le plus important doit être consacré à se débarrasser de l'emprise particulièrement déplaisante de 'l'ami yankee. Il s'agit certainement d'une tâche gigantesque, en raison de la grande quantité de dollars qui ont été investis ici et de la grande facilité avec laquelle ils peuvent exercer des pressions économiques lorsqu'ils savent que leurs intérêts sont menacés. "
Le 24 mars, il arrive à Tacna, au Pérou. Après une discussion au sujet de la pauvreté dans la région, il rappelle dans ses notes les mots mêmes de José Marti: " Je veux lier mon sort à celui des pauvres de ce monde. "
Le 1 er mai, ils arrivent à Lima. Le Che y rencontre le docteur Hugo Pesce, un scientifique péruvien, directeur du programme national contre la lèpre, et marxiste important. Pendant plusieurs nuits, ils discutent jusqu'au petit matin. Des années plus tard, le Che déclarera que ces conversations avaient eu une grande influence sur son changement d'attitude à l'égard de la vie et de la société.
Le 2 juillet, il arrive à Bogota, et il écrit: " En ce qui concerne les droits de l'individu, ce pays en est au point le plus grave de tous les pays que nous avons visités. La police patrouille dans les rues, le fusil sur l'épaule et demande à tout bout de champ à voir votre passeport, bien que toute une série de policiers vous l'aient déjà demandé plus tôt. Il règne ici un climat tendu, comme si on s'attendait à ce qu'à court terme il y ait des troubles. "
Le 17 juillet, il arrive à Caracas. Il y décide de rentrer à Buenos Aires afin de terminer ses études de médecine. Il voyage à bord d'un avion de marchandises qui transite par Miami, où des problèmes techniques à l'appareil l'immobilisent pendant un mois. Pour survivre, il travaille comme serveur et plongeur dans un bar. Régulièrement, la police l'arrête et l'interroge. Elle veut savoir s'il est communiste, ou si son père est communiste et ou si sa mère est communiste. Le 31 août, il est de retour à Buenos Aires.
3. United Fruit, bombes US et Fidel
" Grâce à mon expérience au Guatemala, suite à l'agression des États-Unis, je suis devenu conscient de ce qu'il existait une condition importante pour pouvoir devenir un médecin révolutionnaire, et il s'agissait de la révolution. Les efforts isolés, individuels, les purs idéaux; (...) ne servent à rien dans des pays où le gouvernement et les rapports sociaux rendent toute possibilité de changement impossible. "
Che Guevara termine ses études au début de 1953. Le 7 juillet, il emprunte un tortillard pour se rendre à La Paz, en Bolivie, 6000 km plus loin. Le 26 juillet 1953, à Cuba, un groupe de révolutionnaires sous la direction de Fidel Castro mène une attaque contre la caserne de Moncada, quartier général de la garde du dictateur Batista. L.:attaque échoue. De nombreux jeunes perdent la vie. Fidel est jeté en prison.
Le Che arrive à Panama fin octobre. Il est indigné par le comportement servile des dirigeants panaméens vis-à-vis des États-Unis. Au Costa Rica, il apprend à connaître la domination de la United Fruit et l'exploitation et la misère qui en découle. Dans une lettre à sa tante Beatriz, il écrit: " A El Paso, j'ai traversé les vastes domaines de la United Fruit. Une fois de plus, j'ai pu me convaincre à quel point ces pieuvres capitalistes sont criminelles. J'ai juré de ne m'accorder aucun répit tant que ces pieuvres capitalistes ne seront pas détruites. Au Guatemala, je veux me perfectionner afin de devenir un authentique révolutionnaire. "
En passant par le Nicaragua, le Honduras et le Salvador, le Che arrive fin
décembre au Guatemala, où Jacobo Arbenz dirige un processus révolutionnaire pacifique. Dans une lettre à sa mère, il écrit: " J'ai enfin atteint mon but (..). Je pense que je vais rester ici environ deux ans, si tout va bien. "
Au Guatemala, le Che fait la connaissance d'une réfugiée révolutionnaire du Pérou, Hilda Gadea. Ils se marient et ont une fille, Hildita.
14-16 juin 1954. Le Che découvre comment les avions nord- américains survolent le Guatemala et bombardent les installations militaires et les quartiers pauvres.
Le 18 juin, il assiste au putsch que les États-Unis ont fomenté et organisé contre le gouvernement Arbenz.
Le 20 juin, dans une lettre à sa mère, le Che écrit: " Ces attaques, au même titre que les mensonges de la presse internationale, ont réveillé les indifférents. Il règne ici un climat combatif. Je me suis présenté comme volontaire dans les services d'assistance médicale et je me suis inscrit au sein de la brigade des jeunes afin de recevoir une instruction militaire et de pouvoir aller là où le besoin s'en fait sentir. "
Le 26 juillet, la radio annonce le renversement du président Arbenz et l'exil de presque tous les dirigeants politiques et de leurs familles. Cela provoque des troubles graves parmi le peuple révolutionnaire.
Le Che déclare: " Au Guatemala, il était indispensable de combattre, et presque personne ne l'a fait. Il fallait offrir une résistance et presque personne ne l'a fait non plus. "
La répression se déclenche. Les ambassades latino-américaines se remplissent de réfugiés politiques. Le Che est désigné comme un dangereux communiste argentin et ne peut de ce fait rester au Guatemala: " J'ai pu m'enfuir au Mexique lorsque les agents du FBI étaient déjà occupés à arrêter tout le monde et à assassiner ceux qui représentaient un danger pour le gouverne- ment de la United Fruit " A Mexico, Che Guevara essaie de gagner sa vie comme photographe dans les jardins publics.
Au début de 1955, il trouve du travail comme médecin dans "l'Hospital Central" de la ville. En juin, il rencontre Raul Castro. Ils sympathisent et deviennent amis.
Le 8 juillet, Fidel débarque dans la capitale mexicaine. A propos de leur première rencontre, le Che déclarera: " J'ai appris à le connaître au cours d'une de ces nuits fraîches de Mexico et je me souviens que notre première discussion tournait autour de la politique internationale. Quelques heures plus tard; au cours de cette même nuit -le matin approchait -j'étais un des futurs participants à l'expédition du Granma. " Fidel Castro dira de cette rencontre: " Il connaissait beaucoup de choses sur le marxisme-léninisme, il était autodi-
dacte, très désireux d'apprendre, et c'était un convaincu. Lorsque nous avons rencontré le Che pour la première fois, c'était déjà un révolutionnaire formé. "
Le 24 juin 1956, Che Guevara est arrêté par la police mexicaine, en même temps que des camarades cubains. Le 3 juillet, l'agence de presse U PI annonce : " Le médecin argentin Guevara va être déporté vers son pays d'origine, du fait de sa participation présumée à la conjuration avortée contre le gouvernement cubain de Fulgencio Batista. " L'ancien président du Mexique, Làzaro Càrdenas, intervient afin de défendre les révolutionnaires cubains. Fin juillet, les derniers, parmi lesquels Che Guevara, sont libérés. Désormais, c'est dans la clandestinité qu'ils poursuivent leurs activités révolutionnaires.
4. Faire tomber la pomme à Cuba
" J'ai déjà dit qu'on t'attribuera ce mérite d'avoir prouvé que la lutte armée est possible en Amérique avec le soutien du peuple. " (lettre à Fidel, 6 janvier 1958)
" La révolution n'est pas une pomme qui tombe de l'arbre lorsqu'elle est mure. Il faut la faire tomber. Et c'était précisément cela notre rôle historique... celui de Fidel surtout" Interview, 17-23 mars 1965)
25 novembre 1956. Le yacht Granma, avec 82 hommes à bord, quitte le Mexique par l'embouchure du fleuve Tuxpan. C'est une nuit de tempête. Le Che fait partie de la direction de l'expédition. Le 2 décembre, après que le yacht surchargé d'hommes eut tourné en rond pendant plusieurs jours dans une tempête effroyable, ils accostent à Los Cayelos, sur la côte orientale de Cuba. Leur arrivée est découverte et on les pourchasse. Le groupe éclate. Le 5 décembre, à Alegrfa de! Pino, Che Guevara tombe dans une embuscade. Avec l'aide des autres, il peut s'enfuir dans les cannes à sucre.
Dans ces circonstances, le Che a dû faire le choix tant décrit déjà entre sa tâche comme médecin ou son devoir comme soldat révolutionnaire. Pour fuir, il doit choisir entre un sac à dos rempli de…
II.Un médecin qui parcourt le monde pour lutter contre
les injustices
" Nous avons rendez-vous avec l'histoire, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'être effrayés! Nous devons garder le même enthousiasme et la même foi. Construire des usines de la main gauche, et brandir le fusil de la droite, et des deux talons, écraser les vers. "
25 novembre 1956. Le yacht Granma, avec 82 hommes à bord, quitte le Mexique par l'embouchure du fleuve Tuxpan. C'est une nuit de tempête. Le Che fait partie de la direction de l'expédition. Le 2 décembre, après que le yacht surchargé d'hommes eut tourné en rond pendant plusieurs jours dans une tempête effroyable, ils accostent à Los Cayelos, sur la côte orientale de Cuba. Leur arrivée est découverte et on les pourchasse. Le groupe éclate. Le 5 décembre, à Alegrfa de! Pino, Che Guevara tombe dans une embuscade. Avec l'aide des autres, il peut s'enfuir dans les cannes à sucre.
Dans ces circonstances, le Che a dû faire le choix tant décrit déjà entre sa tâche comme médecin ou son devoir comme soldat révolutionnaire. Pour fuir, il doit choisir entre un sac à dos rempli de médicaments et une caisse de balles. Il est impossible de les emporter tous les deux. Le Che prend la caisse de balles et se hâte de disparaître dans les cannes à sucre. Le 21 décembre, le groupe du Che atteint enfin la plantation de café où Fidel l'attend déjà depuis quelques jours.
Le 17 janvier 1957, ils attaquent la caserne de La Plata. Le Che: " La Plata a été notre première victoire. Pour tout le monde, il était clair que l'armée Rebelle existait et qu'elle était prête pour la lutte. Pour nous, c'était la confirmation des chances de victoire finale. " Les embuscades et les combats s'intensifient en nombre. L'armée se livre à des bombardements. En avril, il organise sur ordre de Fidel des contacts de plus en plus étendus avec les paysans afin de créer des bases de soutien à travers le territoire. Des années plus tard, le Che décrira: "La guérilla et les paysans se sont progressivement unifiés, sans que l'on puisse dire quand cette véritable unité s'est vraiment accomplie. Je sais seulement que ces contacts avec les paysans des montagnes ont fait rapidement basculer la decision spontanée dans une relation sereine et sérieuse. Ces habitants honnêtes et opprimés de la Sierra Maestra n'ont jamais su quel rôle important ils ont joué dans la formation de notre idéologie révolutionnaire.
En juillet, le Che commence l'alphabétisation de Joel et d'Israel, ainsi que d'autres guérilleros. Les autres aussi sont organisés en cercles d'étude, sur l'histoire de Cuba, sur les caractéristiques de l'armée de la tyrannie et sur l'importance de la lutte armée. Le 21 juillet, Fidel nomme le Che au grade de commandant. A ce sujet, le Che écrit: " De façon très informelle, j'ai été nommé commandant de la seconde colonne de l'armée de guérilla. (.) Ce jour-là, la dose de vanité que chacun porte en soi a fait de moi l'homme le plus fier du monde. "
Le 18 février 1958 commencent les premières véritables émissions de Radio Rebelle. A propos de ces premières expériences, le Che fait le commentaire suivant: " Les seuls auditeurs que nous avions à l'époque étaient Pelencho, un paysan dont la cabane se trouvait sur une déclivité exactement en face de notre émetteur; et Fidel, qui était en visite à notre camp en preparation de l'attaque contre Pino de Agua. " A ce sujet, le journal Tiempo, à La Havane, écrit: " Des groupes de rebelles, sous la direction d'un agent communiste international connu sous le nom de Che Guevara, et un des lieutenants de Fidel Castro dans la Sierra Maestra, ont lancé une attaque surprise contre la caserne de Pino de Agua. " Au cours de ce même mois de février, le Che est interviewé devant les micros de Radio El Mundo de Buenos Aires: " Je suis tout simplement venu ici parce que je pense que la seule manière de libérer I'Amérique des dictateurs consiste à les battre. Je veux donner toute l'aide possible pour les faire tomber et le plus vite sera le mieux. "
Ne craignez-vous pas que votre intervention soit cataloguée d'ingérence étrangère? " Pour commencer; je ne considère pas la seule Argentine comme ma patrie, mais toute I'Amérique. Sur ce plan, je m'en réfère à des exemples comme Mart et c'est précisément sur sa terre natale que je veux concrétiser sa doctrine. En outre, on peut quand meme difficilement appeler cela une ingérence lorsque je veux me donner personnellement et totalement -en allant jusqu'à donner mon sang -à une cause qui me semble juste et qui est totalement celle du peuple. Un peuple qui veut se libérer d'une tyrannie qui elle-même acclama sérieusement l'ingérence armée d'une puissance étrangère: des avions, des armes et des conseillers militaires. Jusqu'à présent, il n'est pas un seul pays qui ait dénoncé cette ingérence nord-américaine dans les affaires cubaines, pas un seul journal qui n'accuse les Yankees d'aider Batista à massacrer son peuple. "
Les 24 et 25 mai, les troupes dictatoriales attaquent deux mines dans la Sierra Maestra. C'est le début d'une grande offensive. Avec sa colonne, le Che participe à la défense du bastion de l'Armée Rebelle dans la Sierra Maestra. Les troupes ennemies font irruption le 19 juin en différents points de la Sierra Maestra et menacent de progresser. En outre, elles occupent les lignes de ravitaillement et de communication. Au cours des jours qui suivent, le Che participe à une contre- attaque qui se solde par une défaite de l'ennemi, une force militaire de plus de 10.000 hommes. Le 21 août, Fidel écrit: " La mission d'accompagner une colonne à partir de la Sierra Maestra jusqu'à la province de 'Las Villas; et là, d'opérer selon le plan stratégique de l'armée Rebelle, est confiée au commandant Ernesto Che Guevara. (..) Il est égaiement nommé chef de toutes les unités du MR-26 Julio qui opèrent dans cette province, tant dans les villes qu'à la campagne. (..) La huitième colonne aura comme but stratégique de harceler sans cesse l'ennemi au centre de Cuba et d'intercepter les mouvements au sol des troupes ennemies de l'Ouest vers l'Est jusqu'à ce qu'ils soient complètement paralysés. "
Le Che dirige ses troupes à travers le Cuba central, en direction de Santa Clara. Au cours d'actions qui ont lieu en novembre-décembre, le Che réorganise et unifie les troupes de guérilla. Il lance le projet de réforme agraire dans le Sierra libéré d'Escambray. Les services de renseignements révolutionnaires tiennent le Che au courant des préparatifs d'un train blindé. Il savait que ce dernier devait être tracté par deux locomotives et qu'il compterait 19 wagons. A l'intérieur, on avait installé des lance-grenades, des mortiers et des mitrailleuses, une abondance de munitions et quatre cents soldats. Che ordonne de poursuivre le dynamitage systématique des ponts et de toutes les autres liaisons. Le 16 décembre, le pont qui enjambe la rivière Falcon, sur la Route Centrale, saute, et de ce fait, désormais, toutes les villes situées à l'Est de Santa Clara sont hors d'atteinte à partir de Cuba.
Le 28 décembre, accompagné de ses troupes, il arrive dans les parages de l'université de Santa Clara. Le Che installe un poste de commandement et improvise une clinique dans la faculté de pédagogie. A 8h35, les forces aériennes bombardent les quartiers extérieurs
et mitraillent tout ce qui se trouve à la ronde. Une bombe pulvérise la maternité et détruit huit maisons. Les forces de combat de Batista se composent de 3000 hommes couverts par le train blindé, des chars et des avions de combat. Les bombardements se poursuivent. Sur la radio, le Che adresse un message à la population et lui demande de collaborer avec les rebelles.
Le lendemain, dès l'aube, il fait démolir la voie de chemin de fer et ses troupes entrent en ville. A 15 heures, le train blindé entame sa manœuvre de recul et finit par dérailler sur la voie boulonnée. Quelques heures plus tard, les militaires complètement désemparés se rendent à la guérilla. La presse internationale avait annoncé au monde que le Che avait été tué au combat. En guise de démenti, Radio Rebelle avait annoncé: " Dernière nouvelle de la plus grande importance ! Grande victoire de la huitième colonne de Las Villas. Des troupes sous la direction de Che Guevara se sont emparées d'un train blindé, et trois cents soldats avec leur équipement complet ont été faits prisonniers en même temps que deux wagons chargés de dynamite et d'un nombre incalculable d'armes. Afin de rassurer les membres des familles en Amérique du Sud et parmi la population cubaine, nous assurons qu'Ernesto Che Guevara est en vie et qu'il continue à combattre sur la ligne de front, à partir de laquelle il ne va pas tarder à s'emparer de la ville de Santa Clara qui est assiégée depuis plusieurs jours déjà.
"Son Excellence Che Guevara
" Nous sommes la pierre angulaire de la liberté en Amérique latine. "
(Souveraineté politique et indépendance économique. 8 mars 19fO) Dès l'aube de la nouvelle année 1959, le dictateur Fulgencio Batista Zaldivar s'enfuit du pays. En guise de reconnaissance, le 9 février 1959, Che reçoit la nationalité cubaine. Il se remarie avec Aleida Guevara, qu'il a rencontrée durant la campagne de Santa Clara. Le couple aura quatre enfants: Ernesto, Aleida, Camilo et Celia. De juin à août, il voyage à la tête d'une délégation officielle, se rendant dans les Émirats Arabes Unis et en Égypte où il rencontre Nasser. Le voyage se poursuit en Inde, en Thaïlande, au Japon, en Indonésie et au Pakistan; au retour, ils passent par l'Europe de l'Est et l'Europe occidentale pour finir par le Maroc. A son retour, Che explique qu'il a surtout été surpris par la grande sympathie suscitée par la révolution cubaine partout dans le monde. Outre ses fonctions diplomatiques, Che assume également celles de directeur de la Banque Nationale et de ministre de l'Industrie.
Le 17 octobre, le Che s'adresse aux étudiants universitaires: "(…) entrer en contact avec le peuple, non pour l' 'aider' avec ses connaissances ou quoi que ce soit -comme le ferait une dame de l'aristocratie en refilant une petite pièce à des mendiants , mais pour faire partie des forces révolutionnaires qui dirigent Cuba aujourd'hui; pour vous mettre sur les épaules la mise en oeuvre pratique de la révolution et pour ainsi, en même temps, acquérir une experience peut être encore beaucoup plus importante que toutes les choses pourtant intéressantes que vous apprenez aux cours. "
Le 23 novembre, il dirige la première "journée de travail volontaire " à Cuba. A la fin de 1960, les États-Unis instaurent un embargo commercial total à l'encontre de Cuba. Le Che dirige une delegation officielle cubaine au cours d'un périple effectué dans différents États socialistes: de l'Union soviétique et de l'Europe de l'Est à la Chine et à la Corée du Nord. De là, retour en Union soviétique, en Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie. Au début de l'année 1961, les États-Unis rompent toutes relations diplomatiques avec Cuba.
17 janvier 1961. Au Congo, le Premier minister nationaliste Patrice Lumumba est assassiné sur ordre des Etats-Unis et de la Belgique.
Le 15 avril, les aéroports de Cuba sont bombardés par des avions américains. Le 17 avril a lieu l'invasion de la Baie des Cochons qui se terminera en debacle pour les États-Unis. 1.500 mercenaires de la CIA envahissent Cuba, soutenus par la flotte et par la force aérienne nord américaines. Leur but: déclencher une rébellion populaire. Mais au cours de 72 heures, ils sont complètement battus par le peuple cubain.
17 mai 1964. Confronté à de nouvelles actions de sabotage de l'impérialisme dans un port situé au sud, le Che déclare: " Nous avons rendez-vous avec l'histoire, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'être effrayés! Nous devons garder le même enthousiasme et la même foi. Construire des usines de la main gauche, et brandir le fusil de la droite, et des deux talons, écraser les vers. "
En août, le Che parle de la situation au Congo: " Ce qui se passe en Afrique, où il y a deux ans à peine le Premier ministre du Congo a été assassiné et écartelé, c'étaient les monopoles nord-américains qui s'installaient, et la lutte pour la possession du Congo a donc été déclenchée. Pourquoi? Parce que dans le sous-sol du Congo, il y a du cuivre et des minerais radioactifs. C'est pourquoi on a assassiné un dirigeant populaire qui avait eu la naïveté de croire en la justice sans tenir compte du fait que le droit est chassé par la force. C'est ainsi qu'il est devenu un martyr de son peuple. "
Et en novembre: " Aujourd'hui se déroule dans le lointain - mais en même temps très proche -au Congo, une histoire que nous devons suivre et qui peut nous servir de leçon. Hier; les paras belges ont occupé Stanleyville, ils se sont livrés à des massacres et leur point d'orgue a été de faire sauter la statue de Lumumba -c'était la raison de ces massacres. "
Deux semaines plus tard, le Che parle lors de l'assemblée générale des Nations Unies à New York. Il dénonce en termes particulièrement forts le rôle des Nations Unies dans l'assassinat de Lumumba et dans l'installation au pouvoir de Moïse Tshombe en tant que president congolais, sans que l'on tienne compte que ce même homme, grâce à l'aide belge, avait tenté de séparer la province du Katanga du reste de la nation congolaise. " Tous les gens libres du monde entire doivent se déclarer prêts à venger le crime perpétré au Congo. "
III. Il y a 40 ans, Che Guevara arrivait en Rd. Congo
Il y a quarante ans, Ernesto Che Guevara arrivait au Congo. Le grand révolutionnaire qui aimait beaucoup ce pays comme tout pays soumis à la tyrannie des puissances d’argent, est venu apporter sa contribution à la jeune révolution congolaise avant d’aller mourir tragiquement en Bolivie où l’attendait une autre tâche révolutionnaire. Les Congolais se souviennent de cette venue quarante ans après.
L’initiative de cette organisation est du Réseau International zone Afrique pour la défense des cinq Cubains. A cette occasion, une série des manifestations seront organisées. Un colloque sous le thème « Che au Congo » sera organisé le 23 avril 2005 dans la salle des conférences du Ministère des Affaires Etrangères.
D’importantes interventions sont attendues. L’assistance écoutera plusieurs discours dont celui du Vice-président de la République, le professeur Yerodia Abdoulaye Ndombasi qui fera un message d’ouverture du colloque. Mais avant cela, le président du Réseau International zone Afrique pour la défense de cinq Cubains (Ricc), prononcera un mot de bienvenue. Ludo Martens entretiendra l’assistance sur le thème « Che et l’Afrique », il sera suivi par le confrère Jaques Lumbwele qui abordera le thème ; « Che et le journalisme », tandis que Victor Mpoyo parlera de l’apport idéologique de Che au Congo.
Le clou de la manifestation sera sans aucun doute, le témoignage sur la vie de Che dans les maquis de Fizi Baraka. L’orateur sera l’Ambassadeur Tchamulesso. En récompense à cette marque d’attention que Che a portée sur le Congo, il lui sera décerné une médaille à titre posthume par le général major Faustin Munene, Chancelier des ordres nationaux.
Cette médaille sera remise à l’Ambassadeur de Cuba à Kinshasa ou à la fille de Che Guevara. L’Ambassadeur de Cuba prononcera le mot de remerciement avant le discours de clôture par le vice-président de la République, Yerodia Abdoulaye Ndombasi. En attendant, une campagne médiatique de sensibilisation précédera la tenue de ce colloque. Dans notre prochaine édition, on décortiquera la vie et l’action de Che Guevara.
L’Avenir du 6.04.2005
IV. Vivre avec le Che à l'âge de 16 ans au Congo
Vers 4h du matin, le 24 avril 1965, au bord du lac Tanganika, dans la localité de Kibamba, on entendait le ronronnement d'un moteur comme ceux qu'utilisait l'armée de Tschombé, très puissant par rapport à ceux que le village nous prêtait. Je m'approchai du commandant de la base de Kibamba, le Major Lambert. Celui-ci assura qu'il s'agissait de mercenaires de Tschombé à cause du bruit caractéristique et ordonna de mettre en place la défense et d'attendre qu'ils abordent. Ainsi nous pourrions nous emparer de l'embarcation.
Après une heure environ d'attente, on pouvait voir l'embarcation avec un de ses passagers à la proue qui entonnait des chansons révolutionnaires et on s'aperçut qu'il s'agissait de Chamalesso, connu comme envoyé de Kabila.
Quatorze camarades cubains débarquèrent, que l'on nous présenta comme instructeurs de guerre et de guérilla. Deux avaient la peau blanche et les autres étaient noirs. Les noms qui servaient à les identifier paraissaient étranges en swahili : c'étaient des nombres arithmétiques de un à dix suivis de multiples de dix, c'est-à-dire : Moja (1), Mbili (2), Tatu (3), Ine (4) jusqu'à Kumi (10) suivis de Ishirini (20), Sarasini (30), Arubaini (40), Hamusini (50).
Ils s'établirent dans une chaumière à 200 mètres du lac, derrière les chaumières congolaises sur le chemin des gorges du fleuve Kibamba. J'avais 16 ans et 4 mois révolus.
Les Congolais disaient qu'à Cuba, noirs et blancs jouissaient de droits identiques et que le chef de leur groupe était le noir Moja (1).
Je ne savais qu'une chose de Cuba, apprise en classe de géographie à l'école secondaire avec des professeurs haïtiens de l'UNESCO : " Cuba était un pays de rebelles malfaisants qui avaient pris le pouvoir par la force des armes, avaient tué des gens honnêtes et leur avaient pris leurs biens ". Chaque fois que je croisais les Cubains en allant au fleuve, nous échangions des salutations par gestes mais je notai que le dénommé Tatu (3) qui avait été présenté comme médecin traducteur, avait un salut sec et un regard ironique. Jamais je ne le vis frayer avec ses compatriotes, il était toujours en train de lire de gros livres. Je commençai à éprouver une certaine antipathie pour lui, le prenant pour un petit blanc bouffi d'orgueil et jouant les intellectuels dans la forêt.
Mitudidi arriva le 28 mai 1965 comme chef d'état-major à Kibamba (j'avais connu Mitudidi à Uvira, comme il était congolais, je dus lui servir de traducteur parce qu'il ne parlait pas le swahili). Peu après, Tatu payait sa dîme de paludisme avec une forte fièvre, à la base de Luluabourg.
Les après-midi, j'avais l'habitude d'aller voir François, lieutenant de Mitudidi. Lors d'une de mes visites, je ne trouvai pas François et Mitudidi conversait au téléphone avec le commandant de la base de Luluabourg, ordonnant que l'on donne toute l'aide possible à Tatu, qui était malade " et qui était la troisième personnalité de Cuba ". A la fin de la conversation, il s'aperçoit que je l'avais écouté et il me dit que ce que je venais d'entendre était un secret et que celui qui le révèlerait serait considéré comme un traître, c'est-à-dire fusillé.
Cette semaine-là, je fus appelé par le chef d'état-major Mitudidi Léonard et je reçus l'ordre d'enseigner le swahili à Tatu et aux autres membres de son groupe et de leur traduire du français en swahili. La tâche fut difficile à cause de l'antipathie que j'avais pour mon nouveau chef avant de le connaître et parce que je devais garder son identité secrète sous la menace et à cause de son regard sévère et studieux qui observait son interlocuteur avec ironie, et ne permettait pas de rompre la glace au premier abord. J'en étais arrivé à penser que c'était de l'autosuffisance face à un ignorant. C'est ainsi que je me présentai à Tatu comme son professeur et traducteur de swahili.
Au cours de notre première rencontre, sous un arbre où il avait l'habitude de lire ses livres volumineux assis sur une énorme pierre, avec à sa droite un défilé profond comme un abîme au fond duquel courait le fleuve Kibamba avant d'arriver au lac, nous avons mis au point la méthodologie de l'enseignement du swahili. Au cours des trois premières rencontres, je note que les Cubains Mbili (2), Nane (8) et Kumi (10) m'observent attentivement . Ils surveillaient tous mes mouvements quand j'étais avec Tatu (3). Cette surveillance me montrait que ce que j'avais entendu au téléphone était vrai, à savoir qu'il était la troisième personnalité de Cuba. Mais alors le noir Moja (1), quel rang occupait-il ?
Je commençai à avoir des doutes sur ce qu'on nous avait dit au sujet de la hiérarchie des Cubains, ma curiosité était éveillée. Si Tatu était médecin traducteur et Moja chef du groupe, comment était-il possible que le chef Moja qui s'était perdu rendre des comptes sur son absence à son interprète à son retour ? Ces cubains nous prenaient pour des imbéciles… Où a-t-on vu ici un noir commandant à un blanc ? Dés lors, je conclus que le chef était Tatu, si ça avait été le contraire, pendant les absences de Moja comme chef de groupe, Tatu comme traducteur du chef et moi comme traducteur du traducteur, nous aurions dû être avec Moja hors du campement.
La base permanente de Luluabourg se trouve à 1800 pieds de hauteur sur le coteau de Kibamba. De la base du coteau à son sommet il y a deux kilomètres dont l'hypoténuse est presque perpendiculaire.
A notre première ascension, nous sommes redescendus le jour même. Je pensais que Tatu avait oublié quelque chose à Kibamba mais à mon grand étonnement, cette manœuvre se répéta. Alors, je me demandai : " Chez ce petit blanc, il n'y a pas de montagnes ? Pourquoi cette façon de monter et de descendre presque chaque jour ? "
Dans cette grimpette, Tatu prenait un petit appareil comme un porte-cigarettes où il mettait quelques gouttes transparentes et il se vaporisait la bouche, chose qui me parut extraordinaire et je pensai : " Voilà que Fidel Castro nous a envoyé des guérilléros qui se parfument la bouche ".J'ajoutai : " Peut-être qu'il a la peste dans la bouche " Et il en était ainsi parce que cela se passait toujours dans la montée, je le trouvai fatigué et je me dis : " Ce petit blanc va crever avec sa manie de monter et descendre ".
Lors de l'une de nos montées, on fit le trajet dans le double du temps habituel et il employa souvent son petit vaporisateur. J'étais mort de curiosité, alors je lui demandai : " Camarade Tatu, pourquoi te parfumes-tu la bouche ? "
Au milieu de ses difficultés respiratoires, il essaya de m'expliquer qu'il souffrait d'une maladie qui s'appelait " asthme ". Je ne compris qu'une chose, c'est qu'il était malade, je ne savais pas ce que signifiait " asthme ". Cela me déprima. Dans la soirée, il m'appela pour m'expliquer de quoi il s'agissait.
Au campement permanent de Luluabourg, la température moyenne pendant le jour était de 15° et à cause des feuillages, le soleil ne passait pas et la terre restait humide. Il était impossible de dormir par terre. Ce qui m'appartenait se réduisait à une couverture.
Les derniers membres de la colonne, à dix heures du soir, dormaient dans leur hamac, les seuls réveillés étaient Tatu, qui lisait et moi, qui demandais à tous les saints du Congo que le chef n'ait pas l'idée de donner l'ordre de descendre à Kibamba à cette heure. Dans ce but, je rompis le silence et demandai la permission d'aller dormir dans la baraque des Congolais mais il refusa et il m'invita à partager son grabat. Ce mauvais lit était un brancard monté sur quatre bâtons et rempli de paille sèche et nous passâmes toute la nuit à nous donner des coups de tête.
" Dès lors, je ne le considérai plus de la même façon. Avec une relent de racisme, je remarquai : " dans la baraque, nous étions en majorité des noirs mais personne n'avait condescendu à partager sa couverture, mais le petit blanc m'avait prédit une pneumonie sur cette terre humide. Serait-il plus humain que ses compatriotes ? "
Un jour de juin, alors que montions comme de coutume vers la base de Luluabourg, un guerillero congolais surnommé " l'Ougandais " nous rejoignit et nous apprit la mort de Mitudidi, noyé dans le lac. Il y avait à peine deux heures que Tatu et Mitudidi s'étaient dit au revoir avant notre ascension. La nouvelle nous donna un choc, ce fut la première fois que je vis un changement sur le visage de Tatu, un visage abattu à cause d'une espérance perdue. Je devais revoir ce visage après le combat de Forcé Bandera où moururent quatre Cubains. A trois heures de l'après-midi, nous redescendîmes à Kibamba. Malgré l'utilisation de filets de pêche pour retrouver le corps, celui-ci ne remonta pas avant 48 heures. A ses funérailles, Tatu dit : " Le peuple congolais a perdu un fils qu'il lui sera difficile de remplacer. "
D'après ce que j'ai appris par leurs conversations, Mitudidi et Tatu s'étaient bien entendus dans la structuration du programme de lutte, conversations auxquelles je ne participai pas parce qu'ils se comprenaient en français. Un de leurs plans était : le front est du Congo se diviserait en trois fronts, sud, nord et centre. Mitudidi s'occuperait du front nord, Tatu du centre avec la responsabilité d'appuyer les deux autres fronts et le groupe de Kikuyo s'occuperait de celui du sud. Tous les fronts seraient sous la supervision des Cubains commandés par Tatu. Tatu comme responsable du front central avait comme objectif principal de se rapprocher des territoires d'opérations de Mulele .Restait un problème : coordonner ces forces avec celles de Mulele pour avancer vers l'est. Mitudidi mort, le rêve de Tatu s'écroulait, son visage refléta cette pensée devant ce mauvais coup du destin.
Mars 2005
Par Freddy Ernesto Ilunga Ilanga (médecin, neurochirurgien) et
traducteur de swahili)
PROJET DE RESOLUTION POUR LE CONGO
13eme SEMINAIRE COMMUNISTE INTERNATIONAL ORGANISE A BRUXELLES PAR LE PARTI DE TRAVAIL DE BELGIQUE DU 2 – 4 MAI 2004
Nous nationalistes révolutionaires Congolais, réunis au sein de la Coordination Lumumbiste, Muleliste, Kabiliste, qui réprésente le courant des forces nationalistes révolutionaires Congolaises ;
Face au plan de l´impérialisme anglo-américain de fragiliser le Congo pour le balkaniser, en le soumettant à une agression barbare à travers ses valets Rwandais, Ougandais, Burundais, Sud-Africains et les soit-disant rebelles Congolais et Rwando-Congolais interposés, qui, dépuis le 2 août 1998, a coûté la vie à plus de 5 millions de Congolais – un véritable génocide perpétré sous silence – ainsi que le pillage systématique des richesses naturelles et minérales de la République Démocratique du Congo ;
Face aux enjeux graves qui guêttent encore notre pays et sa survie en tant qu´État et susceptibles d´hypothéquer sa souverainété nationale et son intégrité territoriale ; notamment l´occupation continue des grandes parties de notre territoire national par les troupes rwandaises et ougandaises ou par les réseaux d´élites mafieux Congolais, ces relais qu´ils avaient veillé mettre en place pour continuer à massacrer la population Congolaise et de poursuivre l´exploitation des resources pour leur compte et en toute impunité, et d´influencer les règlements politiques au Congo;
- Vu les conditions tumultueuses dans lesquelles se déroulent la transition jugée cauchemardesque par les forces nationalistes révolutionaires au Congo à cause des tergiversations, des coups bas et des subterfuges que multiplient les mouvements rébelles Congolais au sein du même gouvernement de transition, contrairement à l´accord global et inclusif qu´ils ont signé librement à Pretoria ;
Vu les vélleités hégemoniques du Rwanda visant soit à annexer une partie du territoire Congolais, soit de déverser une partie de sa population sur le sol Congolais à l´est de notre pays ;
Condamnons le rédeployement des troupes Rwandaises au Congo et exigeons que le gouvernement rwandais rétire immédiatement, inconditionellement et définitivement ses troupes de la République Démocratique du Congo suivant l´Accord de Pretoria que Kagame a signé librement ;
1. Dénonçons l´argument sécuritaire poussé par le Rwanda - selon lequel l´est du Congo où se cachent les Interahamwe accusés d´être responsables du génocide de 1994 au Rwanda et que Kagame a occupé pendant six ans, répresente encore un dangeux pour sa sécurité - comme un alibi ou un prétexte pour péreniser sa présence militaire au Congo;
2. Interpellons la communauté internationale de s´impliquer totalement pour que soit établi un tribunal penal international pour le Congo afin de punir tous ceux qui se sont rendus coupables de crimes de guerre et crimes contre l´humanité au Congo, pour que soit tenue une conférence internationale sur les pays des Grands Lacs, propulser un dialogue inter-rwandais susceptible de réconcilier Hutu et Tutsi seul gage de paix dans la région ; et pour que cette transition trop équilibriste au Congo aboutisse dans le délai fixé par l´Accord Global et Inclusif de Pretoria et débouche sur des élections libres, démocratiques et transparentes, et de condamner toutes tentatives de blocage par les fossoyeurs de notre indépendance pour laquelle nos vaillants héros nationaux Patrice Lumumba, Pierre Mulele et Mzee Laurent Désiré Kabila ont sacrifié leurs vies ;
Réfusons catégoriquement que le Congo devienne le nouveau champ de bataille concurrentiel entre les forces capitalistes et impérialistes de l´Union Européenne et des États-Unis d´Amérique, vu l´importance géo-stratégique, militaire et économique de notre pays, la République Démocratique du Congo ;
3. Invitons les partis ici présents au 13eme Seminaire Communiste International à signer ces résolutions et à mettre vos experiences de lutte et de résistance ( y compris vos echecs et réussites) à la disposition des nationalistes révolutionaires Congolais que nous répresentons ici en vue de l´établissement d´un parti d´avant-garde au Congo. Le Congo reste un et indivisible. Nous vous remercions.
Fait à Bruxelles le 2 mai 2004
Dr Frank Mayengo, President.
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