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YASSER ARAFAT, L'HOMME QUI INCARNAIT LA PALESTINE
La nouvelle a été accueillie dans la douleur en Cisjordanie et à Gaza
Pendant des décennies, Yasser Arafat a été l'incarnation de la Palestine. Grâce à lui, les Palestiniens ont gardé l'espérance, et leur cause n'a jamais été oubliée par l'opinion internationale. Mais pour ses adversaires, il était aussi un terroriste, qui a trahi les espoirs de son peuple.
Mohammad Abdel Raouf Arafat Al Koudoua Al Husseini est né le 24 août 1929 au Caire, en Egypte. Lui-même prétendait que son lieu de naissance était Jérusalem, mais son accent égyptien trahissait ses origines. Son père, négociant palestinien établi en Egypte, est mort une vingtaine d'années plus tard, lors de la première guerre entre les pays arabes et le jeune état israélien.
Le militant
C'est semble-t-il pendant ses études universitaires en Egypte qu'il adopte le nom d'Arafat,en honneur d'une victime arabe tombée durant le mandat britannique en Palestine. Après la fondation d'Israël, il milite contre ce que les Palestiniens appellent la "catastrophe" de 1948: la création du nouvel état, sur 70 % de la superficie de l'ancienne Palestine, jusque-là administrée par la Grande Bretagne. Attiré initialement par le mouvement egyptien des Frères musulmans, il ne tarde pas à choisir la lutte armée.
"N'oubliez pas"
Le jeune étudiant choisit la lutte armée . Avec d'autres Palestiniens de la diaspora, Arafat fonde le Fatah, le Mouvement pour la libération de la Palestine. Son style est souvent théâtral. En 1953, après la révolution en Egypte, il adresse une pétition au nouveau dirigeant égyptien, le général Mohammed Néguib. Le texte est bref: "n'oubliez pas la Palestine". Mais il est écrit avec du sang, apparemment celui d'Arafat lui-même.
Militaire
Selon les biographies officielles du dirigeant palestinien, il est lieutenant dans l'armée égyptienne en 1956, combattant durant la crise de Suez, et la guerre israélo-arabe qui suit. Il acquiert une expertise dans les domaines des explosifs et de leur maniement, des connaissances qui lui sont fort utiles dans son rôle de chef de l'aile militaire du Fatah, qui commence ses opérations en 1965. Elle lance des opérations de guérilla contre des objectifs en Israël, à partir de bases en Jordanie, au Liban, mais aussi dans la bande de Gaza, qui est alors sous contrôle égyptien.
Dignité
En 1967, la guerre des 6 jours se solde par une victoire écrasante d'Israël contre les armées arabes. L'état hébreu occupe la Cisjordanie et Gaza. Le Fatah reste la seule force crédible à poursuivre la lutte. En 1968, Arafat défend avec courage le village jordanien de Karameh contre des forces israéliennes très supérieures en nombre. Ce nom, Karameh, signifie "dignité" en arabe, et les combats provoquent une vague d'optimisme chez les Palestiniens, qui voient émerger une nouvelle force qui défendra leur cause malgré l'échec des pays arabes.
Naissance de l'OLP
Sur le plan politique, cette cause est représentée officiellement par l'OLP, l'Organisation de libération de la Palestine, formée au milieu des années 6O par la Ligue arabe. En 1969, Arafat est élu président de son comité éxécutif. L'organisation est basée initialement en Jordanie. Mais en 1970 (durant ce qu'on a appelé depuis le "septembre noir") les combattants de l'OLP sont chassés du pays par le roi Hussein. Yasser Arafat emmène ses compagnons à Beyrouth.
Terrorisme
Munich 1972: onze athlètes israéliens tués. Durant les années qui suivent, une série de mouvements palestiniens se font connaître, par des détournements d'avions, des attentats à la bombe, des assassinats. On se souvient notamment des Jeux olympiques de Munich en 1972, quand des athlètes israéliens avaient été pris en otages: 11 d'entre eux avaient été tués. Arafat lui-même n'avait jamais voulu parler de ces actions. Etait-il personnellement impliqué? Les avis divergent. Mais il avait, plus d'une fois, exprimé son opposition au terrorisme en tant que tactique. Et il ne rejetait pas l'action diplomatique.
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L'olivier et le fusil
"Ne laissez pas ce rameau d'olivier tomber de ma main". En 1974, il prenait la parole devant l'assemblée générale de l'ONU. "Je suis venu un rameau d'olivier dans une main, un fusil de combattant dans l'autre" déclarait-il à la tribune, ajoutant: "ne laissez pas ce rameau d'olivier tomber de ma main".
De Beyrouth à Tunis
Durant les années 70, les Palestiniens établissaient une sorte d' "état dans l'état" au Liban, contribuant à déstabiliser le pays, et lançant des attaques contre Israël à partir du territoire libanais. En 1982, le ministre israélien de la défense Ariel Sharon lance son invasion du Liban pour en déloger l'OLP. Arafat est expulsé, et va s'installer loin des frontières d'Israël, en Tunisie.
Le symbole vivant
Pour le dirigeant palestinien, c'est le début d'une période d'isolement, qui s'accentue avec le déclenchement de l'Intifada, le soulèvement dans les territoires occupés (Cosjordanie et bande de Gaza) en 1987. Yasser Arafat est loin. Mais une fois de plus il fait preuve de sa remarquable capacité à diriger et à incarner la cause palestinienne. Et même s'il n'a pas été à l'origine de cette révolte, il en devient le symbole vivant.
Mariage
Suha: à son chevet jusqu'à la fin
Depuis longtemps, il affirme qu'il est "marié" à la cause palestinienne. Mariage exclusif, ajoute-t-il. Aussi, la communauté internationale est-elle surprise quand en 1991, Yasser Arafat (musulman sunnite) Suha Tawil, issue d'une famille palestinienne chrétienne. Le couple aura une fille, Zahwa, née en 1995.
Guerre du Golfe
C'est aussi en 1991 que Yasser Arafat commet une grave erreur, soutenant
l'Irakien Saddam Hussein, qui vient d'envahir et d'occuper le Koweit. Les pays du Golfe retirent leur soutien au dirigeant palestinien, qui se trouve plus marginalisé qu'il ne l'a jamais été. Il ne lui reste plus d'autre choix que d'engager des négociations de paix avec Israël.
Poignée de main
La poignée de main, sous l'oeil de Bill Clinton
Les pourparlers secrets sont facilités par des diplomatres norvégiens, et aboutissent finalement à une scène historique le 13 septembre 1993: sur la pelouse de la Maison blanche à Washington, Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitshak Rabin signent un accord de paix, et se serrent la main.
Les accords d'Oslo
Le texte , une "déclaration de principes", accorde l'autonomie aux Palestiniens dans la bande de Gaza ainsi qu'à Jéricho, en Cisjordanie. En retour, l'OLP reconnaît l'état d'Israël et son droit à exister. Mais les accords ne règlent pas, par exemple, la question des colonies de peuplement juives dans les territoires occupés, ni celle du "droit au retour" pour les Palestiniens exilés depuis 1948. Reste également en suspens: l'avenir et le statut de Jérusalem. Yasser Arafat rentre triomphalement à Gaza, mais le processus de paix est semé d'embûches.
La deuxième Intifada
Yitshak Rabin est assassiné en novembre 1995. Yasser Arafat, devenu président de l'Autorité palestinienne, a bien du mal à maintenir le cap. En 1999, lennouveau premier ministre israélien Ehud Barak propose un plan de règlement définitif, aux termes duquel Israël reconnaîtrait notamment un état palestinien. Mais le plan est rejeté par Yasser Arafat. Et en 2000, le processus de paix est au point mort. Une deuxième Intifada commence.
Le siège
Ramallah: Yasser Arafat n'en est sorti que pour se rendre en France. L'année suivante, la crise atteint son paroxysme. C'est le vieil adversaire de Yasser Arafat, Ariel Sharon, qui dirige le gouvernement israélien. De nombreux Palestiniens ont perdu confiance dans la politique de leur chef, et leur colère alimente les violences. A la suite d'une série d'attentats suicides lancés par des militants palestiniens, les autorités israéliennes accusent Yasser Arafat d'en être responsable, et imposent un blocus, isolant le dirigeant palestinien dans son quartier général à Ramallah, en Cisjordanie.
Le départ pour la France.
La fin! Il n'en sort qu'en octobre 2004, gravement malade, pour aller subir des soins en France, où il décède le 11 novembre, en début de matinée.
Source: BBC Afrique
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