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“LUMUMBA” CENSURÉ AUX ÉTATS-UNIS
Par A.R. Lokongo
La version anglaise du film «LUMUMBA», oeuvre accclamée du réalisateur Haïtien, Raoul Peck sur l’assassinat en 1961 du Prémier Ministre Congolais démocratiquement élu, héro national et martyr de l’indépendance, Emery Patrice Lumumba vient d’être censurée aux États-Unis d’Amérique. Le film qui a été décerné de nombreux prix, y compris à la FESPACO, réconstruit d’une façon fictionnelle l’arrivée au pouvoir de Patrice Lumumba en 1960 et les intrigues qui ont conduit à son assassinat brutal en 1961. Mais les chaînes de TV Américaines ne sont permies de ne monter qu’une version amputée dans laquelle le nom de Frank Carlucci - ancien Vice-Directeur Général de la CIA sous Jimmy Carter, Sécrétaire de la Défence sous Ronald Reagan et Deuxième Sécrétaire à l’Ambassade des États-Unis au Congo en 1961et agent sécrèt du bureau de la CIA à Kinshasa à l’époque - est systématiquement omi.
La version originale française, montre un Carlucci engagé dans une conversation sérieuse avec Clare Timberlake, Ambassadeur Américain auprès du gouvernement Congolais de l’époque, discutant avec quelques fonctionnaires Belges et Congolais sur les voies et moyens de se débarrasser de Lumumba par “une solution finale”.
Cette tentative de censure vise à garder le rôle joué par Carlucci dans l’assassinat de Lumumba hors de portée de l’opinion publique Américaine, surtout après que le gouvernement Américain ait rendu publique des documents qui attestent que c’était le Président Dwight Eisenhower lui même qui a ordonné à la CIA d’assassiner Lumumba. En effet, un rapport du Conseil National de Sécurité (CNS) d’août 1960 rendu publique confirme que le Président Eisenhower a donné l’ordre à Allen Dulles, alors Directeur de la CIA «d’éliminer» le leader Congolais. Robert H. Johnson, le rapporteur de la CNS à l’époque a en 1975, témoigné devant le Comité du Sénat chargé de l’Intélligence, mais aucun document n’a été disponible pour servir de preuve à l’appui.
La version anglaise du film a été portée à l’écran le 24 janvier dernier à New York dans les locaux du «Council on Foreign Relations (CRF) - Conseil sur les Rélations Extérieures - durant laquelle, Raoul Peck, qui est aussi le rédacteur en chef du magazine «Foreign Affairs» (Affaires Étrangères) a confirmé qu’il devait changer la version anglaise à la suite des ménaces de poursuites judicières brandies par Frank Carlucci. Et les médias Américains ont catégoriquement gardé un silence de mort sur cette affaire.
Brian Urquhart, Conseiller Spécial de Ralph Bunche qui dirigea les opérations de la «MONUC» pendant «la crise Lumumba» était aussi membre du jury quand la version anglaise du film a été portée à l’écran.
Dans un article publié par New York Review Books, Urquhart quant à lui, a déclaré qu’il était en contact avec Lumumba presque chaque jour jusqu’à ce que ce dernier décida de son propre gré de rompre ses rélations avec Bunche. Urquhart a voulu par là dépeindre la MONUC comme une force neutre et indépendante voulant aider Lumumba quoiqu’à contre coeur. Mais dans la version française du film, Raoul Peck a dépeint l’ONU comme un instrument aux mains des États-Unis et de la Belgique et comme complice à la campagne de subversion montée par les puissances impérialistes contre Lumumba et le gouvernement du tout nouveau Congo indépendant. C’est Lumumba qui a invité les «forces de maintien de la paix de l’ONU», mais il a décidé par la suite de rompre tout contact avec elles une fois qu’il s’était rendu compte de leur rôle subversive. Les fonctionnaires et les troupes de l’ONU ont, à leur tour, réfusé d’entreprendre une action quelconque visant à empêcher la mort de Lumumba.
Frank Carlucci a à cette occasion déclaré que «les États-Unis n’ont joué aucun rôle dans le complot contre Lumumba». Il a fait référence au livre de Madeleine Kalb intitulé, The Congo Cables, - les Câblogrammes Congolais - qui analyse les faits de la crise Congolaise à cette époque et a persisté et signé: «Vous ne trouverez jamais mon nom, ni aucune référence à ma personne.»
Et pourtant Madeleine Kalb écrit dans son livre que Carlucci travaillait étroitement avec Larry Devlin, alors Directeur du Bureau de la CIA à Kinshasa et était le fonctionnaire de l’Ambassade des États-Unis qui entrait en contact fréquent avec Lumumba.
«C’est Carlucci,» poursuit Madeleine Kalb, «qui était allé avec Timberlake persuader le Président Kasa-Vubu que Lumumba devenait de plus en plus un élément dangereux. A revoir les faits, on se rend compte que les foctionnaires Américains ont sans doute encouragé les ennemis Congolais de Lumumba de l’éliminer en un moment ou il apparaissait de plus en plus certain qu’il pourrait recuperer son poste de Prémier Ministre, comme à l’été de 1960 sous l’influence agrandissante des Russes.»
Selon Madeleine Kalb, le «Mr Joe de Paris», un scientist éminent de la CIA qui était arrivé à Kinshasa à la fin du mois de septembre 1960 avec une trousse contenant entre autre du poison pour tuer Lumumba, a étalé ses confidences à Larry Devlin, révélant que l’ordre d’assassiner Lumumba était venu d’en haut, c’est à dire, du Président D. Einsenhower lui même.
Toujours selon Madeleine Kalb, un certain Gordon Gray, conseiller spécial du Président Einsenhower en matières de sécurité intérieure a déclaré des années après devant le Comité du Sénat chargé de l’intelligence que «le Président avait des sentiments extremement forts pour une action immédiate», ce qu’il n’a pas manquer de partager avec Allan Dulles, alors Directeur Général de la CIA au cours d’une tête-à- tête le 25 août 1960 à la Maison Blanche.
Dulles a d’ailleurs lui même déclaré par la suite qu’«à l’issue de cet entrétien, nous nous sommes convenus que notre intervention au Congo n’écarterait pas la possibilité de voir Lumumba éliminé». Et puis Dulles lui même a envoyé un télégramme sans ambigue à Leopoldville le 24 septembre 1960 en ces termes: «Nous sommes prèts à vous apporter notre soutien total qui consisterait à priver Lumumba de toutes possibilités soit de récupérer son poste de premier ministre ou un autre poste au sein du gouvernement, soit d’aller s’installer à Stanleyville ou ailleurs…» Ça a dit beaucoup.
Dans une lettre addressée à Raoul Peck, le sociologue Belge Ludo De Witte, auteur du livre L’Assassinat de Lumumba, a décrit comment Timberlake, Devlin et Carlucci ont travaillé ensemble «sur les efforts Congolais pour se débarasser de Lumumba».
De Witte éecrit: «Nous savons que Devlin et autres personnels Américains dans la capitale Congolaise ont été informés du transfert de Lumumba du Kassaï au Katanga… Tout le monde savait que quelques sous-traitants y attedaient l’arrivée de Lumumba et accomplir leur sale besogne.»
En dépit des preuves historiques qui montrent que Frank Carlucci était au service de cette politique de Washington visant à «éliminer» Lumumba, il a tout fait et il fera tout pour qu’elles ne soient pas exposées à l’opinion publique Américaine. Mais au même moment, l’histoire se répète au Congo.
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