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Dans un entretien avec les éditeurs de Kinshasa: J. Kabila : «On ne peut faire confiance à Kagame»
Propos recueillis par PIUS MUABILU
*La reprise de la confiance avec le président rwandais demandera du temps au regard des morts et des dégâts causés dans ce pays. * En ce qui concerne le Smig, J. Kabila est formel quant à son application, même si certains l’accusent d’avoir mis la barre très haut. * Un dollar par jour pour le fonctionnaire congolais ce n’est pas beaucoup au regard de l’Américain qui a 70 $ par heure.
Pour la première fois depuis qu’il occupe la magistrature suprême du pays, le chef de l’Etat, le Général-Major Joseph Kabila a rencontré les éditeurs des grands journaux paraissant en Rdc. Avec une sincérité et une franchise alliées à la sérénité, Joseph Kabila s’est prêté à toutes les questions. Le gros de questions ont tourné autour de l’Accord de Pretoria, de l’avenir de l’Accord de Sun City et de leur application concrète pour le pays.
A propos de l’Accord de Pretoria, on a parlé d’accord piégé. Appelé à répondre à cette question, Joseph Kabila s’est demandé : « qui a piégé qui » avant d’ajouter : « Je suis toujours optimiste vis-à-vis de l’Accord de Pretoria, parce que pour la première fois, les Rwandais ont accepté de retirer leurs troupes dans 90 jours ou plus précisément en 3 mois ».
Et Joseph Kabila a poursuivi en démontrant que depuis toujours, Paul Kagame disait à qui voulait l’entendre qu’il ne retirerait pas ses troupes de la Rd Congo. C’est, selon le président congolais, le premier volet de l’avantage à tirer de la signature de l’Accord de Pretoria. Pour le deuxième volet, Joseph Kabila a dit que grâce à l’Accord de Pretoria, « on va régler le problème de la sécurité du Rwanda, même si en réalité, c’est la Rd Congo qui est dans l’insécurité. »
Quant à savoir comment appliquer cet accord pour atteindre les objectifs ci-haut énumérés, Joseph Kabila a reconnu que cela n’est pas facile, mais pour le gouvernement qui s’est déjà mis sur le dossier, la tâche sera aisée. Car, a-t-il déclaré : « De notre côté, nous sommes déterminés à appliquer l’accord. Car, depuis janvier 2001, j’ai décidé de l’ouverture politique, diplomatique, économique et consorts. C’était pour démasquer ceux qui se sont toujours cachés derrière des mensonges, en disant : « nous sommes au Congo parce qu’il y a les Interahamwe ou parce qu’il y a ceci ou cela. Maintenant tout le monde peut venir voir où sont les Interahamwe. Disons donc que du côté gouvernement, ce sera facile pour nous d’appliquer l’Accord de Pretoria, parce qu’on a déjà commencé le travail à Kamina ». Joseph Kabila a émis le doute en ce qui concerne l’autre partie. « Peut-être, s’est-il demandé, du côté qui est sous occupation rwandais, ce sera difficile ».
Notre détermination l’emporte sur l’engagement de la communauté internationale
Contrairement à ce que d’aucuns pensent, Joseph Kabila est d’avis que « ce qui est déterminant, c’est l’engagement des uns et des autres qui compte dans l’application de cet accord, même si la communauté internationale doit apporter son apport ». Joseph Kabila a insisté sur le fait que la détermination, en ce qui le concerne, est totale dans l’application de l’Accord.
Répondant à la question de savoir s’il faut faire confiance à Paul Kagame, Joseph Kabila n’a pas cherché des détours. Il s’est clairement prononcé à ce sujet : « Kagame, est-ce qu’il faut lui faire confiance, mérite-t-il la confiance, je ne sais pas. Mais disons que la confiance qui avait existé entre nous en 1996, a été complètement rompue, bafouée par la guerre d’agression de 1998. Alors, je crois bien que ça nous prendra beaucoup de temps pour se refaire confiance. Surtout, il y a eu trois millions de morts. Comment faire confiance du jour au lendemain à des gens qui ont tué, qui sont à la base de beaucoup de dégâts. Donc, je ne dirai pas qu’il faille faire confiance à Kagame à 100 %. Pas du tout. » D’où vient cette initiative ? Est-ce la mode dans la communauté internationale qui veut que les conflits cessent ? La réponse de Joseph Kabila à cette question est également sans équivoque : « Je dirai que les initiatives viennent de nous-mêmes avant qu’elles soient appuyées par les grandes puissances de ce monde, les Usa et les autres pays. C’est exact que la situation commence à changer, que ce soit en Angola ou au Soudan, la semaine passée et au Congo la semaine qui s’achève. Jusque-là, nous avons l’appui de ces grandes puissances en ce qui concerne la paix au Congo. Est-ce un appui à 100 %, à 80 %, je ne sais pas. Mais cette fois, le monde est fatigué de beaucoup de conflits surtout en Afrique et au Congo en particulier. »
Des failles et des erreurs à corriger
Au sujet de la diplomatie, le chef de l’Etat a reconnu qu’il y a des problèmes. L’essentiel, a-t-il poursuivi, c’est qu’on est en train de chercher des solutions. « Nous avons des faiblesses qui ne datent pas de maintenant, plutôt de très longtemps. Néanmoins, je crois que vous êtes au courant, depuis le mois passé, on a fermé une trentaine d’ambassades, parce que nous n’avons pas les moyens de supporter les ambassades, les diplomates à l’extérieur. Les problèmes que nous avons dans la diplomatie sont également liés aux moyens. Le pays n’a pas assez d’argent pour supporter l’équipement des ambassades et les activités diplomatiques à l’extérieur. On a gardé une trentaine ou une quarantaine d’ambassades pour des missions stratégiques. C’est le cas de l’Onu, des Usa… et des pays voisins. »
Il y a des problèmes, a reconnu Joseph Kabila, mais on essaie de les résoudre. Parmi les diplomates qui nous représentent actuellement, « il y a des patriotes qui font valablement leur travail. Mais il y a par ici par-là des failles. C’est pourquoi on doit retoucher, nous sommes en train de le faire. Le problème est donc réel, nous cherchons des solutions. »
Quelle suite l’Accord de Pretoria réserve-t-il aux autres partenaires du gouvernement, plus particulièrement l’opposition politique ? A ce sujet, Joseph a démontré qu’il ne veut nullement s’arrêter en si bon chemin après l’Accord de Pretoria. « Nous sommes en train de chercher à signer un autre accord avec l’Ouganda qui a des troupes à Gbadolite et ailleurs. Il y aura un autre accord avec le Burundi, pourquoi pas », a-t-il annoncé.
Joseph Kabila a fait remarquer que : « Pour le gouvernement, les problèmes internes et les problèmes externes doivent être dissociés ». En ce qui concerne l’Accord de Sun City, plus de 90 % du travail a été fait à Matadi. Il reste deux divergences, notamment sur l’armée, le commandement de l’armée. Ce problème est dépassé au regard de l’exigence de l’unité de commandement dans une armée digne de ce nom. »
Smig : une réalité au budget 2002-2003
Abordant la question sur le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), un rêve auquel d’aucuns refusaient de croire, Joseph Kabila a dit qu’on y travaille afin de l’intégrer dans le budget de l’exercice 2002-2003. Il a révélé que dans certains milieux, on ne comprend pas qu’il ait accepté de signer une telle décision.
Et le président d’ouvrir son cœur : « si nous ne pouvons pas payer un dollar par jour aux fonctionnaires, ce sera une catastrophe ». Même certaines personnes des institutions de Bretton Woods pensent qu’en acceptant le Smig, Joseph Kabila est allé trop loin. Ils estiment qu’il fallait réduit ce montant. Joseph Kabila n’est pas de cet avis : « Moi je dis qu’il faut travailler un peu plus, car le pays ne manque pas d’argent. C’est à nous à voir comment ramasser tout cet argent afin qu’on soit en mesure de payer ce salaire de 1 dollar par jour, ce qui fait 26 $ Us par mois ».
Le chef de l’Etat comprend que ce salaire n’est pas suffisant. Il s’est permis une comparaison avec la situation des Usa. Pendant qu’on estime que 1 dollar par jour pour le travailleur congolais c’est trop, aux Etats-Unis d’Amérique, le travailleur a 70 dollars Us par heure.
Revenant sur l’Accord de Sun City, Joseph Kabila a précisé que cet accord a entre autre but, d’unifier le pays. C’est pour cela qu’il était en contact avec le Mlc soit avec son président ou son Secrétaire Général. Le reste de considérations ne compte pas.
Qu’est-ce que Joseph Kabila pense de l’idée de la mise en place d’un gouvernement intermédiaire ? Pour Joseph Kabila, ce qui le préoccupe, c’est un accord inclusif. « Ce que je peux faire, c’est rectifier beaucoup de brèches au niveau du gouvernement, au lieu d’affaiblir le camp de la patrie. A ce sujet, le chef de l’Etat a poursuivi en disant : « Comme vous le savez, J.P.Bemba a été désigné Premier ministre. Quel genre de gouvernement peut-on former sans que le Premier ministre soit là ? Je ne veux pas que l’on parle d’escroquerie, de trahison ».
Cependant, Joseph Kabila s’en remet aux parties signataires de cet accord. Une rencontre des signataires aura d’ailleurs lieu ce lundi. On saura s’il faut former le gouvernement, avec qui comme Premier ministre. Les événements survenus dernièrement dans la province du Bas-Congo n’ont pas échappé à l’analyse de Joseph Kabila. D’abord, il a tenu à obtenir une information d’une source journalistique, pour la confronter avec ce qu’il avait appris par la voie officielle.
Qu’est ce qui s’est passé, a-t-il demandé, très intéressé, avant de répondre : « Vous savez, en tant que président de la République, c’est moi le premier défenseur des droits de l’homme. Je ne peux que déplorer la mort de beaucoup de gens, quatorze ou 10, même s’il n’en aurait que deux.
Livrant la version des faits lui rapportée, le chef de l’Etat a dit que la réaction des soldats était due à l’attaque des officiers militaires à Luozi par les fidèles de Bundu dia Kongo (Bdk). De toutes les façons, a dit Joseph Kabila, il faut attendre la mission d’enquête déjà rentrée à Kinshasa où elle s’affaire à finaliser son rapport. Le président s’est indigné que l’on cherche à créer un problème l’Ouest pendant que l’on cherche la solution à l’Est. Ceux qui créent ce problème qui pour la plupart restent à Kinshasa, sont-ils capable de gérer le problème qu’ils créent ? Joseph Kabila a appelé la population du
Bas-Congo au calme.
Le résultat de l’enquête sera livré à la presse et à l’opinion nationale et internationale. Il a rejeté l’argument selon lequel il y a eu trouble parce qu’il y aurait beaucoup de swahiliphones dans le coin. Même si tel était le cas, a dit Joseph Kabila, il y aussi les ressortissants de Luozi qui travaillent ailleurs. Le Congo doit rester uni, a-t-il recommandé. Ce n’est pas le moment d’inventer des problèmes, a-t-il dit avec un ton ferme.
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