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LE DIALOGUE INTERCONGOLAIS N’EST PAS CONGOLAIS !
Tout le monde en parle, très peu y croient
Par P.G. Boy
Le Dialogue intercongolais, il en a encore été question au cours du dernier voyage du président Joseph Kabila, dans les trois capitales occidentales impliquées dans la crise des Grands Lacs. En effet, Washington, Paris et Bruxelles ont réaffirmé tour à tour leur attachement tant à l’Accord de Lusaka qu’au Dialogue intercongolais. Cette démarche, comme on le comprend, traduit non seulement la constance mais aussi la communauté d’idées au sein de la Troïka. L’opinion se souviendra qu’au mois de mars dernier à Bruxelles, Joseph Kabila s’était entretenu notamment avec le président de la Commission de l’Union européenne, Romano Prodi.
Celui-ci avait indiqué clairement que la reprise de l’aide européenne à la Rd-Congo serait amplement conditionnée à l’évolution du Dialogue intercongolais. «L’Union européenne va progressivement reprendre sa coopération structurelle avec le Congo, mais en la conditionnant à la démocratisation et au Dialogue intercongolais», avait alors déclaré Romano Prodi. La constance, les observateurs la trouvent également dans le chef du président congolais. En effet, Joseph Kabila a toujours démontré de l’ouverture vis-à-vis du Facilitateur Ketumile Masire. Il est revenu sur cette position au cours de son dernier périple euro-américain. Toutefois en réalité, la simple ouverture de Kinshasa vis-à-vis du Botswanais ne suffit pas pour que le Dialogue intercongolais marche comme sur des roulettes. Kinshasa n’étant qu’une composante parmi tant d’autres, comme l’ont arrêté les concepteurs de l’Accord de Lusaka.
L’étape de Gaborone, le pré-dialogue avait suscité de l’espoir. Celle d’Addis-Abeba a plutôt marqué une rupture avec le passé récent, celui de Gaborone, qualifié de «temps des retrouvailles». La facilitation crie aux insuffisances budgétaires. Elle n’indique toutefois pas avec précision, quel parti a le «devoir» de suppléer à ces insuffisances : l’Occident? Kinshasa? Le Mlc de J.P. Bemba ? Le Rcd de Onusumba ?La facilitation elle-même a semblé avoir la conscience tranquille en organisant l’étape d’Addis-Abeba, avec environ 80 personnes. Sachant que le nombre initial (Gaborone) de participants s’élevait à 330. Le principe du quorum a donc été, ce pourrait-on déduire, foutu en l’air. A l’allure où vont les choses, le spectacle auquel les observateurs assistent est celui d’un Dialogue intercongolais dont tout le monde parle, mais auquel très peu ajoutent foi. Et ce Dialogue intercongolais semble n’être pas congolais.
Dans la mesure où, les uns et les autres y vont parce que la Troïka les y contraint. Masire y va parce qu’il a été désigné pour jouer à la médiation, par les concepteurs du Dialogue intercongolais. Ceux-ci, à en croire un pasteur congolais, constituent la composante invisible du Dialogue intercongolais. Elle est «omniprésente» et «omnipotente». Cette composante a des idées préconçues et attend que les autres se conforment au schéma. Masire est donc, au-delà du Facilitateur, un modeleur au service des concepteurs du Dialogue intercongolais.
Faisant un avec le peuple, Joseph Kabila va au Dialogue intercongolais dans l’espoir de ramener l’ordre nouveau au pays et surtout l’unité territoriale. Certains délégués «des oppositions» armée et non armée s’impatientent, eux, du partage du pouvoir. Une certaine Société civile se morcelle, sous le poids des enjeux de tout ordre en présence. Le Dialogue intercongolais n’est pas congolais : rien de l’organisation matérielle et immatérielle du Dialogue intercongolais ne dépend de Congolais eux-mêmes. Ni l’objet, ni les objectifs, ni les moyens dans leur diversité, ni la date, ni le lieu, ni..., ni..., rien de tout cela ne dépend vraisemblablement des Congolais. Car ce «Dialogue» est venu avec l’invasion des armées Tutsi et autres. Et la guerre n’est pas le propre des Congolais, après quatre décennies d’indépendance et d’incertitude.
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