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Le Senat belge lève le voile sur les fournisseurs d’armes au Rwanda et à l’Ouganda
Par Antoine Roger Lokongo,
Tout le monde s’émeut devant les affres de la guerre qui déchire la Rd Congo. Tout le monde souhaite-t-il la fin de cette guerre ? C’est la question essentielle dont la réponse n’est pas oui. La crise congolaise a une particularité, c’est qu’elle se fait sur fond de banalisation. Et ceux qui la banalisent en se moquant presque des victimes de cette guerre font curieusement figure de héros. Jamais dans une guerre, dans une rébellion, on a assisté à la confusion quasi généralisée.
On ne cessera jamais de le dire, de constater que seules les rébellions congolaises sont considérées comme des Etats au même titre que le gouvernement légal de Kinshasa - que l’Accord de Lusaka a ravalé au rang de composante. Introduisant ainsi le vers dans le fruit, cet accord a préparé l’impasse actuelle des négociations politiques intercongolaises. Seul Luarent-Désiré Kabila avait compris que le dialogue intercongolais organisé dans ces conditions n’aboutirait jamais. La communauté internationale, refusant de se remettre en question continue à se faire diabolique en persistant dans l’erreur.
Car, refusant tout jugement de valeur dans le seul but d’élever les rébellions au niveau du gouvernement, l’Accord de Lusaka a parlé du retrait de toutes les troupes là où il devrait insister sur l’élimination de la cause principale de la présence des troupes étrangères autres que celles du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi sur le territoire congolais. On a créé délibérément la confusion entre les troupes angolaises, namibiennes et zimbabwéennes venues au secours de la Rd Congo agressée par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi et les troupes de ces derniers pays. Cette complaisance avait pour entre autre but, de démontrer que la situation congolaise est très complexe à cause de la présence de plusieurs troupes de plus de cinq nations sur le sol congolais. On devrait pourtant simplifier la question en tenant compte des troupes qui ont agressé le Congo et celles qui, suite à cette agression ont couru au secours de ce pays. Telle approche aurait pour but de concentrer tous les efforts à l’élimination de l’agression.
On ne l’a pas fait parce qu’on n’a pas voulu affronter le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. La méprise est tellement flagrante que certaines puissances ne peuvent s’y plaire sans chercher des alibis. Ainsi, le génocide rwandais sert d’alibi à ceux qui accompagnent le Rwanda dans son agression contre la Rd Congo. Personne pourtant n’a jamais établi la responsabilité de la Rd Congo dans ce génocide rwandais par des Rwandais.
Partant de ce faux prétexte, certains pays, dont des puissances, ont mis en place une politique grave pour tuer et massacrer en Rd Congo. La livraison d’armes aux rebelles et aux pays agresseurs, alors que la Rd Congo est mise sous embargo, traduit mieux le complot international contre ce pays. Les pays qui arment les tueurs en Rdc sont ceux que l’on soupçonnerait le moins parce que se faisant passer pour les moralisateurs, les ennemis du terrorisme et que sais-je encore. Enfin de compte, on constate que ces pays ne condamnent les armes et le terrorisme que lorsqu’ils en sont des victimes. Mais lorsque cela touche les autres, ils applaudissent et plus, ils y participent.
En ce qui concerne l’agression contre la Rd Congo, le sénat belge trace les responsabilités. Il parle également de transfert d’armes vers Kinshasa. Dans la même confusion, il met gouvernement et rébellion sur le même pied d’égalité. Et pourtant, que le gouvernement de Kinshasa s’arme pour se défendre contre l’agression, il n’y a rien de plus anormal. Les pays européens qui sont de cœur avec l’Espagne qui a utilisé la force contre moins d’une dizaine de gendarmes marocains dans l’île de Leila devraient comprendre la situation de la Rd Congo. Le document du sénat belge répond à la question de savoir qui arme le Rwanda et l’Ouganda.
Voici l’extrait de ce document :
Les Etats-unis, un soutien militaire important au Rwanda
« Comptant au moins 25.000 hommes en moyenne en Rdc, l’Armée populaire rwandaise (APR) contrôle, avec le soutien du Rcd, environ un tiers du territoire congolais. A partir de la levée de l’embargo auquel il a été soumis jusqu’en 1995, le nouveau pouvoir rwandais à compté surtout sur l’Afrique du Sud pour équiper ses forces armées. Ces transferts d’armes, à l’exception éventuelle de matériel «non-létal», semblent avoir été suspendus après le début de la «seconde guerre» de Rdc, bien que l’Afrique du Sud ait continué à entretenir des relations amicales avec le Rwanda.
Ces dernières années, Kigali s’est doté d’une force aérienne ? notamment d’hélicoptères d’assaut M-17 et Mi-24 russes acquis en 1998 et de chasseurs Mig-21 achetés auprès d’»anciens pays du bloc de l’est».
La troupe serait dotée de treillis originaires de l’ancienne République démocratique allemande et des apports massifs d’armement en provenance d’Asie de l’est auraient été constatés par une commission d’enquête de l’Onu.
Une autre source d’armes serait les prises effectuées sur les adversaires. Ainsi, selon un diplomate rwandais à Bruxelles, la défaite zimbabwéenne de fin 2000 à Pweto a permis à l’APR d’amasser assez d’armes pour faire la guerre «pendant 5 ans». Les circuits de contrebande sont très probablement également mis à contribution par le Rwanda : la présence répétée à Kigali de trafiquants d’armes, dont le Tadjik Victor Bout, le Belge Jacques «Kiki» Lemaire et le Libanais Imad Kabir, a été constatée par des enquêteurs de l’Onu et Bout serait devenu un des principaux fournisseurs de l’Unita après que les dirigeants rwandais les aient mis en contact. Rappelons que, dès août 1998, une alliance a été scellée entre Kigali et les rebelles angolais, permettant à l’Unita d’évoluer dans les zones occupées par le Rwanda en Rdc et d’écouler ses diamants à Kigali, après que l’Apr ait pu se replier, au début du conflit, dans Les régions d’Angola contrôlées par les hommes de Savimbi.
Un autre soutien militaire majeur du Rwanda n’est autre que les Etats-Unis d’Amérique, par le biais de programmes comme le «Joint combined Exchange Training» (JCET), le «Enhanced international military Education and TRaining» (E-IMET), tous deux mis en œuvre également dans plusieurs autres pays africains et le « Rwanda Interagency Assessment Team» (RIAT). Lorsque la «seconde guerre» a éclaté, du personnel américain affecté à ces programmes de formation militaire, en particulier des membres de l’unité spéciale des «Bérets verts», était présent au Rwanda.
Le Pentagone a reconnu que 21 hommes du RIAT y opéraient début août 1998 et ont conclu leur mission en recommandant une relation militaire plus large avec Kigali, vers la mi-juillet 1998, une équipe des forces spéciales du JCET venait de débuter une formation d’unités rwandaises à des opérations de contre insurrection dans le sud du pays. Elle «était supposée quitter le Rwanda» le 6 août 1998. L’existence d’un programme E-ILET en faveur du Rwanda avait été officiellement annoncée en décembre 1996 à un sous-comité de la Chambre du Congrès américain. Des informations ont également fait état du soutien de deux navires de guerre américains dans l’océan Atlantique lors de l’offensive rwandaise dans l’ouest de la Rdc au premier mois de la «deuxième guerre». Ces navires auraient assuré les communications entre Kigali et la base de Kitona qui venait d’être prise par l’Apr.
L’Ouganda produit les armes avec l’aide des privés chinois
Comme le Zimbabwe, l’Ouganda a développé une importante industrie d’armement. Il s’agit principalement de la Nakasongola Arms Factory, appartenant à des intérêts privés et publics chinois, et de Saracen, appartenant au trust strategic Resources corporation, lié à la firme de sécurité sud-africaine Executive Outcomes et fournissant les forces de sécurité ougandaises. La plus importante, la Nakasongola, ou encore National Enterprise Corporation, a été construite avec l’aide d’une firme chinoise et produit des armes légères et des munitions. Bien que Kampala ait déclaré avoir cessé la production de mines terrestres en 1995, des informations allèguent que l’usine en produit encore et les vend en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs. Une firme locale a également été créée afin de réparer et produire des pièces de rechange pour une soixantaine de chars T-55 acquis en Ukraine en novembre 1998.
Concernant ces T-55 venant originellement peut-être de Roumanie ou de Bulgarie, relevons que, selon un député de l’opposition, ils seraient arrivés à Kampala en mauvais état, auraient été payés à 750.000 USD/pièce et auraient été destinés à équiper une rébellion active au Congo. La cheville ouvrière de cette transaction semble être le trafiquant et colonel israélien à la retraite Amos Golan. Proche des autorités ougandaises, Golan et sa firme Silver Shadow sont également suspectés d’avoir tenté, sans succès, de vendre 20 camions Tatra de République tchèque et d’avoir effectivement organisé la vente de 6 chasseurs MIG-21 russes, également arrivés dans un état déplorable. En provenance de Pologne, trois de ces appareils ont été envoyés en Israël pour être modifiés et répondre aux spécifications plus modernes des MIG-29. Le Ministère des Finances devait encore, au début 2002, libérer 20 millions USD pour payer ces transformations. Les trois autres MIG sont en Ouganda et son périodiquement pilotés par des expatriés pour des tests.
L’Ouganda a également acquis des hélicoptères d’assaut MI-24 de fabrication russe et, en 1998 ? quatre MI-17, par l’intermédiaire de la firme Consolidated Sales Corporation, qui a aussi fourni des appareils du même type au Rwanda. Les pilotes des MI-24 et des MIG-21 sont ou ont été formés en Israël. Le coût de la formation de 16 mois de chacun des 13 pilotes de MIG envoyés dans ce pays serait d’environ 1 million USD.
D’autre part, des compagnies militaires et des firmes de renseignement basées en Afrique du Sud étaient, au moins au début du conflit, impliquées dans un soutien au « bloc tutsi », composé de l’Ouganda, du Rwanda et des rebelles congolais. Ce réseau serait aux mains d’anciens membres de l’armée sud-africaine et d’extrémistes de droite et aurait notamment organisé, au bénéfice de Kampala, une transaction portant sur la livraison de plusieurs transporteurs blindés produits par la firme sud-africaine Reumech. Un homme clé de ce soutien serait l’homme d’affaires Johan Niemöller, anti-communiste forcené ayant fait fortune dans les années 1980 grâce au trafic d’armes et de diamants avec l’Unita, lié aux dignitaires mobutistes réfugiés en Afrique du Sud et mêlé à de nombreuses affaires louches, y compris au moins un meurtre.
L’armée ougandaise - «Uganda People’s Defense Forces», UPDF - maintient depuis 1998 une moyenne d’une dizaine de milliers d’hommes en Rdc. Elle a également lancé, vers le début avril 2002, l’offensive «Iron Fist» en territoire soudanais contre les rebelles de la Lord’s Resistance Army (LRA), avec l’accord de Khartoum. Pour acheminer ses soldats et leur approvisionnement en Rdc, Kampala fait appel à diverses firmes aériennes privées. Ainsi, la compagnie suisse Aviation Support and Trading Organization (AVISTO) a été engagée par le gouvernement pour exploiter ses hercules C-130 pour ses transports militaires en territoire congolais. L’UPDF louerait des avions appartenant à la firme VR Promotions Ltd pour transporter des fournitures militaires au Congo. Les firmes congolaises Planet Air et New Goma Air, immatriculés au Swaziland, semblent également impliquées dans des transports d’armes légères en Rdc. Le rapport de l’Onu sur l’exploitation illégale des richesses du Congo a également pointé du doigt les compagnies Air Alexander, Air Navette et Uganda Air Congo, sans remarquer que les avions au départ ou à l’arrivée à Entebbe transportent indistinctement minerais, produits agricoles, troupes et armement. Certains de ces avions appartiendraient à Viktor Bout, alors que Amnesty International a cité en février 2002 l’Ouganda «parmi les pays bien connus» faisant du commerce illicite d’armes, recoupant les informations d’un rapport officiel américain publié en juillet 2001 et décrivant l’Ouganda comme un des principaux centres africains du trafic d’armes, aux côtés de la Tanzanie, du Kenya et du Burkina Faso.
Les tribulations d’un trafiquant belge, prénommé Jan, ont défrayé la chronique à Kampala. Ayant importé, en 2001, 60 vieux camions Volvo et Scania pour les vendre à un groupe rebelle en Rdc, son fils aurait été kidnappé en territoire congolais et relâché contre une rançon d’un million USD. Les camions ont ensuite été entreposés et repeints en couleur kaki à Kasese (ouest de l’Ouganda) et «Jan» tentait au début 2002 de les vendre à l’armée ougandaise pour 2,85 millions USD. Certains secteurs de l’UPDF seraient fort réticents à un tel achat, en raison de l’état du matériel.
Plus sérieux est l’engagement militaire des Etats-Unis auprès des autorités de Kampala. Au moins jusqu’en 1997, l’Ouganda a bénéficié de programmes de formation «Joint combined Ewxchange TRaining (JCET) et «African Crisis Response Initiative» (ACRI), en particulier en soutien dans sa lutte contre le groupe rebelle des ADF. Cette assistance aurait été réduite après l’intervention en Rdc. Officiellement, seuls 106.000 USD pour un programme IMET (International Military Education and TRaining) étaient prévus pour l’année fiscale 2000. Cependant, les armées américaine et ougandaise, ainsi que des troupes kenyanes et tanzaniennes, devraient tenir, en août 2002, l’exercice Medflag2002, le plus grand entraînement militaire américain en Ouganda depuis plusieurs années. Il devrait mobiliser plus de 250 spécialistes médicaux et logistiques des forces aériennes, navales et terrestres américaines. Préparé par le commandement militaire US en Europe, il devrait former des unités militaires ougandaises au sauvetage et au soutien médical des combattants blessés.
Prenant prétexte de la forte dégradation de ses relations avec Kigali, l’Ouganda a demandé en octobre 2001 au gouvernement britannique d’autoriser une importante augmentation de son budget militaire afin de «contrer une possible agression» rwandaise. Kampala voudrait acheter de nouveaux tanks et avions, de l’artillerie et entraîner plus de pilotes et d’officiers pour l’UPDF, qui a entamé en juillet 2001 une nouvelle campagne de recrutement. Le président Museveni souhaiterait voir passer le budget militaire de 113 millions à 252 millions USD en trois ans. Ce budget n’inclut vraisemblablement pas les sommes versées par le Mlc à l’armée et aux officiers ougandais en Rdc ».
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