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Après la rapine, le pillage légalisé? La forêt tropicale sera-t-elle victime de la paix?
24.02.2006
Il faut croire que le retour à la paix, la construction de la démocratie seront enfin synonymes de développement au Congo. Non seulement parce que l’aide internationale si longtemps promise se matérialisera, mais surtout parce que les ressources du pays seront enfin exploitées au bénéfice de ses habitants (ce qui, à terme, devrait rendre utile l’assistance étrangère…) Une répartition plus juste des richesses serait une grande prémière dans ce pays: qu’il s’agisse de l’ère coloniale, du règne de Mobutu ou des années de guerre, les ressources du Congo ont toujours été dirigées vers l’extérieur, quand elles n’étaient pas simplement dilapidées. Malgré l’optimisme que suscite le retour à la légalité, on peut cependant redouter l’apparition d’autres formes d’échange inégal, sinon de pillage légalisé.
En effet, quelle sera la marge de manoeuvre d’un État encore chancellant, tributaire de l’assistance internationale, face aux sociétés multinationales dont les bailleurs partageront la logique?
Durant les années de guerre, ce sont les voisins du Congo, le Rwanda, l’Ouganda mais aussi dans une certaine mesure le Zimbabwe, qui ont considéré ce pays comme une sorte de reservoir de matières prémières, de territoire libre d’exploitation. Et l’occupation par des Africains commandités par les Occidenatux s’est révélé plus cruelle, plus meurtrière. Même les Européens de naguère, au moins, s’étaient souciés d’entreprendre l’outil économique (infrastructures) et d’améliorer les conditions de vie. S’il faut soutenir les projets de développement économique régional, il faut aussi qu’à l’avenir, le Congo puisse d’abord satisfaire en priorité les besoins de ses citoyens. Utiliser l’energie d’Inga autant pour électrifier tout le Congo, que pour éclairer l’Afrique australe. Congédier les creuseurs cladestins afin de céder les périmètres miniers aux grandes sociétés, mais en ouvrant des écoles et en embauchant la main d’oeuvre disponible. Rembourser les crédits et les prêts qui alourdissent ses dettes de demain, mais sans rogner sur les dépenses sociales, sur les salaires, sur la construction d’un État viable.
Les prédateurs d’hier étaient en treillis, ceux de demain, en costume cravate, ne seront peut-être pas moins redoutables…
La forêt tropicale sera-t-elle victime de la paix?
Durant les années de guerre, la forêt congolaise, inaccessible et hantées par les groupes armées, fut rélativement épargnée. Mais dès la fin officielle des combats, ces 80 millions d’hectares, la plus vaste étendue boisée après l’Amazonie, ont fait l’objet de toutes les convoitises. Les plans des développeurs de la Banque Mondiale ne sont pas les moins dangereux. En 2002, en effet un nouveau code forestier (tout comme un nouveau code minier) qui n’a pas été soumi au référendum populaire a été adopté, fixant le cadre de la politique gouvernementale en matière de gestion des forêts. En proposant son plan à des autorités non élues et sortant d’une guerre, la Banque Mondiale était en position de force car la libération de $15 millions, la composante «forêt» d’un crédit d’ajustement structurel était conditionnée à l’adoption de ce texte. Le code forestier du Congo s’inspire de l’exemple du Cameroun où, au grand dam des environnnementalistes, la forêt tropicale, à partir de 1994, a été livrée aux sociétés forstières internationales, ce qui a engendré de nombreux conflits sociaux…
Considérant que la forêt réprésente une importante source de devises, la Banque Mondiale, en 2004, a entrepris le «zonage» de 60 millions d’hectares qui, théoriquement en tout cas, pourraient faire l’objet d’une exploitation industrielle. Ce «zonage», dans l’Equateur et la Province Orientale , s’est opéré sur base des photos aériènnes, mais des défenseurs de l’environement et surtout les organisations représentant les «peuples de la forêt» dont plusieurs millions de pygmées ont aussitôt exprimé craintes et critiques. Les peuples autochtones pygmées assurent qu’ils n’ont pas été consultés, alors que leurs terres traditionelles, aujourd’hui découpées en concessions, couvrent de vastes étendues et qu’elles conditionnent non seulement leur survie matérielle mais aussi leur culture, leurs connaissances traditionelles et même leur pharmacopée.
Les spécialistes forestiers de la Banque estiment que la production de bois, multipliée par 60, voire par 100 pourrait atteindre de 6 à 10 millions de mètres cubes de bois par an, et de nombreuses sociétés asiatiques sont déjà sur les rangs.
Face à cette logique industrielle, les pygmées, eux, redoutent de connaître le même sort que les Indiens d’Amazonie, et s’élèvent déjà pour faire entendre leur voix.
C’est ainsi que un certain Albert Lokasola, un consultant forestier qui travaille pour une companie forestière américaine, a été chassé par la population de Nkoko’a Lopori dans la Province de l’Equateur, d’où il est originaire.
Il a traversé la rivière Lopori pour s’installer à la Province Orientale, plus spécialement à Simba, ou il s’est marié avec une femme locale du village de Yekonga et a réussi à corrompre Bolamba, un chef local, pour laisser ses experts américains y explorer la forêt et rechercher les singes Bonobo. Rappellons l’éditeur du site www.congopanorama.info est originaire de cette territoire.
La population locale interdite de ne plus faire la chasse à la forêt ni tendre des pièges pour attraper les animaux, est aux aguêts. La forêt constitue non seulement leur survie matérielle mais aussi leur culture, leurs connaissances traditionelles et même leur pharmacopée. Nos ancêtres ont toujours vecu en harmonie avec la nature sans la détruire.
Antoine Roger Lokongo/Colette Braeckman.
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