|
Le démantèlement des pré carrés français, belges, britanniques, américains… voila l’objet de la seconde lutte pour une indépendance totale de l’Afrique
Par Antoine Roger Lokongo
14 décembre 2003
«Ne traiter avec le reste du monde qu’à nos propres termes», voilà ce qui a coûté la vie à Emery Patrice Lumumba, Pierre Mulele, Laurent Désiré Kabila, Thomas Sankara, Kwame Nkrumah et tant d’autres héros africains;. En d’autres termes, le démantèlement en Afrique des «pré carrés» ou des chasse-gardées françaises, belges, britanniques, américaines, que sais-je encore et l’établissement d’un seul pré carré: le pré carré africain.
Cet idéal noble est entrain de faire des victimes à cette heure même en République Démocratique du Congo (où les différentes superpuissances se disputent l’hégémonie); au Zimbabwe (dont le retrait d’un Commonwealth anachronique fait encore jaser); ou en Côte d’Ivoire (où l’hégémonie française est maintenant détestée par la majorité).
En ce qui concerne le Zimbabwe, Thabo Mbeki, malgré son double jeu dans le cauchemar Congolais, vient de déclarer publiquement son soutien à Robert Mugabe, principal allié du Congo dans la guerre d’agression. Mbeki vient d’accuser les leaders des pays membres du Commonwealth qui ont voté pour le maintien de la suspension du Zimbabwe du Commonwealth, d’avoir adopté une attitude biaisée envers le programme de reforme agraire entrepris par le Président Robert Mugabe pour redistribuer les terres à leurs propriétaires légitimes: les noirs Africains du Zimbabwe.
L’Afrique fait envie, l’Afrique fait pitié, et cela à causes de ses nombreux fils et filles qui choisissent facilement la voie de la traîtrise parce que les puissances dominatrices, esclavagistes, impérialistes et suceuses de sang africain leur propose pouvoir, argent et confort au détriment de leurs pays et de leurs frères et soeurs Africains.
Compagnon de Patrice Lumumba, Mzee Laurent Désiré Kabila ne pouvait l’exprimer aussi grandiosement quand il s’est adressé à une Conférence Panafricaine qu’il a convoquée à Kinshasa en juillet 1998:
«Après plus de 40 ans d’indépendance, l’Afrique offre au reste du monde un spectacle malheureux d’un continent pillé et humilié, et cela avec la complicité de ses propres fils et filles. Nous émettons le souhait de voir l’Afrique entrer au 21eme siècle totalement affranchie de toute tutelle étrangère. La lutte que nous menons au Congo c’est pour le bienfait de toute l’Afrique. Nous voulons exporter à partir du Congo la sécurité, la paix et le développement au reste de l’Afrique. Un Congo affaibli c’est une Afrique malade de son coeur».
Joignant la parole à l’action, Laurent Désiré Kabila, déçu par le lèche-bottisme des dirigeants Ougandais, Burundais et Rwandais a fait du Congo membre de la SADC, Communauté Économique des Pays de l’Afrique Australe. Pendant l’exercice du pouvoir, Kabila a toujours placé la révolution Congolaise dans le contexte Africain. Il a prôné la coopération Sud-Sud et il a cherché des alliés en Afrique d’abord et ensuite en Asie et plus particulièrement en Chine. Il a prôné de bonnes relations avec les États-Unis, la Belgique et la France mais sur une base d’égalité de d’avantages réciproques.
«Pendant plus de 37 ans, on ne parlait que des intérêts des français, des belges et des américains au fameux Zaire. Personne ne parlait des intérêts du peuple Congolais. Le moment est venu, plus que jamais pour parler des intérêts du peuple Congolais,» a-t-il déclaré.
Ou encore: «Ils m’ont dit qu’on va collaborer comme avant. Je leur ai répondu que je veux bien. Mais où est le peuple dans tout ça?»
Après l’agression rwando-ougando-burundaise inspirée par les États-Unis et la Grande Bretagne, Laurent Désiré Kabila a fait un front uni avec tous les pays Africains qui refusaient cette agression contre le Congo, avec tous les pays qui voulaient soutenir les efforts de défense du Congo, et même avec les pays impérialistes - comme la France - qui refusaient que le Congo tombe sous la coupe des États-Unis.
Ah oui! Le compagnon de Lumumba était avant tout un nationaliste fondamentalement attaché à l’unité de son pays et un panafricaniste, qui, au fond ne connaissait que l’Afrique. Il s’était méfié de l’assistance étrangère et des miettes du FMI et de la Banque Mondiale et mettait volontiers l’accent sur l’autosuffisance à travers un projet de société les CPP pour remettre le pouvoir directement au peuple pour qu’il se prenne en charge et devienne maître de son propre destin. Voilà pourquoi les «pré caristes», à travers une main africaine l’ont arraché de l’affection populaire à la suite d’un assassinat combien ignoble. Kabila est mort dans presque les mêmes circonstances que Lumumba et presque à la même date.
Rappelons que même l’Église Catholique n’est pas innocente de la mort de Patrice Lumumba. Après , le massacre de Lumumba et ses deux compagnons Okito and Mpolo, les bourreaux des services secrets belges Verscheure et Huyghé, qui ont pris part au meurtre vont demander conseil auprès de Joseph Cornélis l’archevêque d’Elisabethville, l’actuel Lubumbashi. Celui-ci réagit toute fois comme son entourage blanc; le moine bénédictin «qui n’a jamais caché son antipathie à l’égard de Lumumba, les avait tout simplement rassurés quant à leur conduite».
«C’est un péché déjà pardonné,» les avait-il rassurés.
Kabila est mort en héros, parce qu’il a été trahi comme Lumumba, laissant le pays sans avoir contracté des dettes extérieures. Sa tête a coûté $30 millions!
$30 millions c’est une somme dérisoire par rapport au $250 millions, le prix mi sur la tête de Saddam Hussein. Qui pouvait résister à cette somme colossale et ne pas s’adonner au pourboire? Mais plus que jamais l’occasion se présente pour l’ancien dictateur Irakien - capturé le 13 décembre à la suite d’un pourboire, donc d’une trahison dans son propre village de Tikrit même - de dénoncer pendant son jugement, tous les gros poissons à Londres et à Washington qui lui ont fourni les armes de destructions massives et qui ont financé son offensive militaire contre l’Iran. Certains sont encore au pouvoir.
La tournure des événements en Irak appelle aussi une fois de plus, comme en Irak, à l’établissement d’un «Tribunal Spécial pour le Congo» afin de juger les crimes contre l’humanité commis par Museveni, Kagame et Buyoya et leurs laquins Congolais à l’instigation de la Grande Bretagne et des États-Unis, et le soutien financier des multinationales occidentales. Ces derniers ne doivent plus se dérober; malgré le retour des anciens dignitaires du régime mobutiste qui récupèrent déjà des biens dont ils n’ont jamais donné la preuve de les avoir bien acquis. Il ne faut pas que «la transition» soit seulement une occasion de blanchiment des biens mal acquis, de génocide et crimes contre l’humanité. L’avenir proche seul nous le dira. Après tout le sang des 5 millions de Congolais versé inutilement crie justice!
Back to top |