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RDC-Pillage : ONU « Angola et Namibie ont financé leur participation au conflit en RDC »
Dernière partie du rapport sur les pillages en Rdc, 26.04.2001
Angola et Namibie: Ces deux pays ont financé leur participation au conflit grâce à des crédits consacrés à la défense dans leur budget. Dans le cas de l'Angola, certaines conventions, mineures par rapport à celles conclues par les Zimbabwéens, ont bien été signées. On peut citer par exemple la création de la société Sonangol, dont Sonangol Angola détient 60% des parts et la COMIEX 40%. Pourtant Sonangol Angola est une entreprise d'État à 100% (elle fournit du pétrole à la République démocratique du Congo). Les deux pays ont également signé une lettre d'intention pour exploiter en commun le pétrole brut au large de leurs côtes, une fois la paix revenue dans la région.
172. Le Groupe d'experts a été informé par les autorités namibiennes de l'existence d'une coentreprise réunissant une société namibienne intitulée «August 26 », dont le principal actionnaire est le Ministère de la défense, une société américaine et une «société» de la République démocratique du Congo. D'autres transactions impliquant des particuliers ont été signées. À ce stade, le Groupe d'experts ne relève aucun indice notable donnant à penser que l'Angola et la Namibie auraient conclu des transactions commerciales du type «armes et aide contre ressources naturelles ». Leur motivation semblait être uniquement politique et stratégique (dans le cas de l'Angola). Selon des sources très fiables, la création de coentreprises proposée à ces deux pays était un manque de gratitude plutôt qu'une incitation à maintenir leur aide, et ces deux pays ne l'ont jamais demandé expressément.
C. Aspects particuliers de la relation entre l'exploitation des ressources naturelles et la persistance du conflit
173. On dit souvent que le conflit au Congo est à faible intensité, que les armées ne sont pas face à face chaque jour et que les batailles rangées et autres hostilités graves sont rares. Le Groupe d'experts a noté que le conflit, en République démocratique du Congo, en particulier dans les zones occupées se déroulait à trois niveaux :
a) Les forces gouvernementales et leurs alliés contre les rebelles et leurs alliés ougandais, rwandais et burundais;
b) Le RCD-Goma et ses alliés rwandais contre le Mouvement de libération du Congo ou RCD-ML et ses alliés ougandais;
c) Les mouvements rebelles et leurs alliés (Rwanda ou Ouganda) contre les forces dites négatives : Interahamwe, Maï-Maï et autres groupes dissidents.
174. En fait, le conflit en République démocratique du Congo se poursuit sur deux fronts: le front officiel et le front non officiel. Le premier est celui d'une guerre classique mettant aux prises deux armées ou plus. Ce front va de Pweto à Mbandaka, selon une ligne irrégulière passant par diverses localités. Le front non officiel est concentré à l'intérieur de zones contrôlées par les rebelles et leurs alliés ougandais et rwandais.
175. L'analyse des batailles rangées et des accrochages recensés entre le milieu de 1999 et 2000 montre que :
a) Dans l'ensemble, le nombre de batailles rangées comportant l'engagement d'une armée sur le front officiel est inférieur à celui des accrochages, qui a été de l'ordre de 96 entre 1999 et 2001;
b) Le nombre des batailles rangées diminue au fil des ans. Au premier trimestre 2001, on n'en signale que huit le long de la ligne de front officielle;
c) D'autres batailles importantes ont eu lieu dans les zones d'importance économique évidente, au voisinage des gisements de cobalt et de cuivre du Katanga et de la zone diamantifère de Mbuji Mayi. Les spécialistes militaires estiment que l'objectif des Rwandais est de d'emparer de ces zones minières pour priver le Gouvernement congolais de moyens de financement de son effort de guerre. Faute de contrôler ces zones, le Gouvernement de la République démocratique du Congo ne pourrait prolonger la guerre.
Cette analyse confirme que le désir de contrôler les ressources naturelles et leur exploitation expliquent la persistance de la guerre en République démocratique du Congo. Cela pourrait fort bien être le cas pour toutes les parties. Sur la base des constatations concernant l'exploitation illégale des ressources de l'est du pays par le Rwanda et l'Ouganda, on peut également estimer que l'occupation de cette autre zone minière riche conduirait à l'exploitation de ces ressources. En pareil cas; le contrôle de ces zones, par le Rwanda, pourrait s'analyser principalement comme la poursuite d'un objectif économique et financier plutôt que comme la volonté d'assurer la sécurité des frontières du Rwanda.
176. Le nombre des accrochages entre les forces rebelles et leurs alliés et les groupes armés «Maï-Maï» a augmenté. Entre mai et décembre 2000, on a signalé 177 combats. La zone des hostilités est généralement située près des gisements de colombotantalite (coltan) et des zones diamantifères. Le Groupe d'experts est très porté à croire que la plupart des accrochages entre les soldats rwandais et les Mal-Mal ont eu lieu dans ce qu'on appelle la « ceinture du coltan ». Dans certaines localités, il y a eu jusqu'à 10 accrochages en 2000. Selon certaines sources, de nombreux témoignages mentionnent la présence de soldats rwandais et ougandais assurant la sécurité autour des mines de colombotantalite et de diamants. Les responsables du RCD-Goma ont confirmé le danger que représentent les Mal-Mal et les « forces négatives» dans ces régions. Un haut responsable congolais a précisé que seules des entités très bien organisées, ayant l'équipement de sécurité nécessaire, peuvent se liner à l'exploitation de la colombotantalite dans ces régions. Dans cette affaire particulière, l'armée rwandaise est la seule institution ayant ce potentiel dans l'est de la République démocratique du Congo.
177. Tactique « inhabituelle » du Rwanda. Les forces rwandaises investissent une zone précise pendant deux jours, puis se retirent. Selon nos sources, ces attaques semblent coïncider avec la période d'extraction de la colombotantalite et sa mise en sacs, en vue d'une évacuation par les Maï-Maï. Une fois attaqués, les Maï-Maï abandonnent le minerai, qui est ensuite enlevé par de petits avions. Les soldats rwandais se retirent à nouveau en attendant les informations sur la prochaine livraison. Dans les régions où leur emprise est plus faible, les forces rwandaises, en particulier, ont imaginé une tactique consistant à conserver le contrôle de certains échelons des hiérarchies locales. Dans les régions contrôlées par les forces interahamwe et Maï-Maï, ou bien l'Armée patriotique rwandaise monte de temps à autre des opérations militaires qui leur permettent de s'emparer temporairement de ces zones et d'enlever le minerai extrait, ou bien des intermédiaires sont utilisés pour acquérir le minerai des Maï-Maï et autres « forces négatives ».
178. On signale aussi des batailles rangées entre mouvements rebelles dans les zones riches en minerais. Le 18 novembre 2000, le RCD-Goma et ses alliés rwandais basés à Kisangani ont attaqué les positions du MLC à Bengamisa, à 50 kilomètres au nord-ouest de Kisangani, et ont pris le contrôle de cette zone diamantifère. Le 31 décembre 2000, le même RCD-Goma et ses alliés ont lancé une attaque contre la zone contrôlée par le RCD-ML et ont pris Kandole, une localité diamantifère où l'on trouve également une certaine quantité de colombotantalite. Par ailleurs, à la fin de décembre 2000, la faction RCD-Goma a lancé une autre attaque depuis Lindi pour prendre le contrôle de Lakutu, autre localité située dans une zone diamantifère.
179. Enfin, dans les zones où les risques sont trop élevés, les adversaires, s'ils ne sont pas des ennemis irréconciliables, deviennent des partenaires dans diverses transactions. C'est le cas quand les Maï-Maï ont pris langue avec des acheteurs civils de colombotantalite affiliés à l'Armée patriotique rwandaise, qui, à leur tour, ont vendu le minerai à un comptoir contrôlé par les Rwandais et leurs sociétés Grands Lacs Métaux et Rwanda Métal. L'affaire la plus connue est celle où le chef des Maï-Maï, le général Padiri, a informé des agents à Kigali, en novembre 2000, qu'il vendait 60 tonnes de colombotantalite.
180. Les stratégies qui entretiennent le cercle vicieux de la guerre et de l'exploitation des ressources de la République démocratique du Congo : l'exemple de l'Ouganda. L'état-major ougandais a essentiellement utilisé le conflit opposant Hema et Lendu. Le Groupe d'experts dispose d'informations très fiables montrant sans ambiguïté comment le général Kazini et les colonels Kyakabale et Arocha ont aidé à former différentes milices Hema, et ont manipulé ces groupes ethniques pour les amener à s'entredéchirer. Il est établi que si le camp de Kazini contribue à la formation des Hema, le colonel Peter Karim et son camp aident à former les Lendus.
Les deux camps appartiennent pourtant l'un et l'autre à l'armée ougandaise. On dispose d'indications convaincantes montrant que certains éléments de l'armée ougandaise déclenchent des violences pour rester dans la région, dans l'espoir de contrôler les zones aurifères et les zones probablement riches en colombotantalite de Nyaleki. Il existe donc une intention manifeste de la part de l'état-major ougandais de contrôler ces zones riches en minerais et de les conserver en vue d'une exploitation durable. L'accrochage qui a eu lieu à Nia-Nia en octobre 2000, où les camps de Kazini et de Roger Lumbala, des forces de défense ougandaises, se sont attaqués à un autre groupe des forces armées ougandaises et à la faction RCD-ML, n'est qu'un des exemples de ces luttes divisant les forces armées ougandaises au sujet du contrôle de zones riches en colombotantalite. Selon différentes sources, Roger Lumbala de la faction RCD-Nationale aurait été utilisé par le général Kazini pour contrôler la zone de Bafwasende, riche en diamants et en colombotantalite.
Le Conseil de sécurite condamne le pillage des ressources congolaises par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi
Dossier pillage des riches naturelles de la Rdc par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi
Le Conseil de sécurité de l'Onu condamne l'exploitation illégale des ressources naturelles de la Rdc principalement par le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi et se déclare vivement préoccupé par les activités économiques qui alimentent la guerre, annoncent les radios périphériques captées vendredi à Kinshasa.
Selon ces sources rapportant le débat à New York du Conseil de sécurité autour du rapport de la Commission d'enquête sur le pillage des richesses de la République démocratique du Congo, il a été demandé aux pays concernés de mener leur propre enquête, de coopérer sans réserve avec la commission et de prendre immédiatement des mesures pour mettre fin à ce pillage
Le président du Conseil de sécurité, le chargé d'affaires américain James Cunningham, a déclaré que les Etat-Unis considèrent que la commission d'enquête a, dans son rapport, tracé un tableau général exact de la situation, a-t-on révélé. Le délégué américain a annoncé en outre que ce n'est qu'à l'issue d'un nouveau rapport de la Commission que le Conseil de sécurité étudiera en juillet l'imposition d'éventuelles sanctions qui ont été réclamées au cours du débat par le chef de la diplomatie congolaise Léonard She Okitundu.
Le président du Conseil de sécurité a néanmoins ajouté que le Congo est maintenant en droit d'exiger une réparation conséquente, rapporte-t-on.
Le rapport sur lequel a porté le débat du Conseil de sécurité a été publié le 16 avril dernier. Les experts de la Commission d'enquête qui ont établi ce rapport accusent de hauts responsables militaires et gouvernementaux du Rwanda, de l'Ouganda, du Burundi, de même que ceux des mouvements rebelles congolais, de se livrer à un pillage à grande échelle des ressources naturelles et à leur exploitation systématique en Rdc.
La présidente de la Commission, Safiatou Ba-N'Daw, a affirmé que le coltan, l'or, le diamant, le bois, l'ivoire et le café étaient systématiquement pillés par ces pays agresseurs coalisés contre la Rdc.
Le rapport démontre que les présidents ougandais Yoweri Museveni et rwandais Paul Kagame, principaux instigateurs de la guerre et des mouvements rebelles congolais, sont en passe de devenir les parrains de l'exploitation illégale des ressources naturelles de la Rdc.
La séance publique du conseil de sécurité consacrée au débat sur le rapport de la Commission d'enquête vient de se tenir à deux semaines d'une mission du Conseil de sécurité que va conduire, en Rdc et dans d'autres pays impliqués dans la guerre depuis le 2 août 1998, l'ambassadeur de la France aux Nationa Unies, M. Jean David Lévitte.
Selon le représentant français commentant les tenants et aboutissants du rapport sous examen, non seulement le pillage alimente le conflit mais on peut se demander s'il n'est pas devenu une motivation de la poursuite de ce conflit.
En réaction aux accusations portés contre eux par la Commission Safiatou, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi ont rejeté le rapport d'experts le traitant de document fondé sur des fausses informations, selon le ministre ougandais des Affaires étrangères Amama Mbabazi.
Le représentant du Rwanda Patrick Mazimhaka a, de son côté, considéré que les accusations portées contre les présidents rwandais, ougandais et burundais étaient inacceptables et instauraient un dangereux précédent.
C'est apparemment pour répondre à ces réactions que les quinze membres du Conseil de séurité ont adopté à l'unanimité une déclaration présidentielle qui prolonge de trois mois la mission de la commission d'experts indépendants sur le pillage, en recommandant notamment la collaboration des pays qui récusent le rapport.
(MMC)
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