Une Interview exclusive accordée par le Chef de l’État, le Général Major Joseph Kabila à l’Agence Reuters
Le potentiel, 11 juin 2005
Un pavé dans la mare. C’est ainsi que pourrait se résumer l’entretien du président de la République démocratique du Congo publié le 10 juin 2005 par Reuters, l’agence britannique de presse et l’un des leaders mondiaux en la matière. Effectivement, dans une interview accordée à Barry Moody et David Lewis, journalistes de ladite agence,
Joseph Kabila : «J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas seulement des animateurs des institutions; mais même l’Opposition politique (extra institutions) n’est pas prête à aller aux élections».
En guise d’explication, J. Kabila a relevé que, d’ici le 20 juin, commenceront les opérations d’enrôlement sur des fichiers électoraux, pour la première fois en 45 ans d’indépendance. Il a néanmoins déploré qu’en dépit des opérations en cours, «il y ait encore des citoyens qui ne croient pas en l’organisation des élections. Maintenant, je pense qu’il est tout à fait cynique de penser cela». … Ceux qui pensent ainsi, a-t-il conclu, «ne sont ni disposés, ni préparés (Ndlr : à affronter le verdict des urnes). C’est pourquoi, chacun cherche un alibi pour donner un coup d’arrêt à l’ensemble du processus. Ce n’est pas ce que nous voulons. Pour notre part, nous aimerions voir le processus se poursuivre jusqu’au bout.» (…)
GARDEZ LA SERENITE
Visiblement à l’aise, ce qui transparaît dans ses réponses, J. Kabila précise, d’entrée en matière, que les négociateurs au Dialogue inter- congolais avaient sous-estimé les difficultés qui attendaient les institutions de la transition. C’est pour cela qu’ils se rendent compte, 24 mois après, que la durée du processus est courte par rapport aux objectifs à atteindre. La Rdc n’est pas le Burundi. Malgré cela, nous avons le devoir de réussir, a-t-il martelé.
Craint-il des troubles à Kinshasa à l’approche du 30 juin ? Réponse : «Je ne vais parler en ces termes. La Rdc vient de loin : 3 ans de guerre, de massacres, de pillages, avec un pays morcelé et sous-développé. Non, notre mission est d’expliquer au peuple que le gouvernement fait le maximum pour le conduire aux élections. » Y aura-t-il des troubles ? « Je ne le pense pas. Le peuple congolais est un peuple pacifique. Tout acte de trouble doit être combattu. Le gouvernement réagira proportionnellement au type de trouble constaté. Cependant, les citoyens ont le droit d’exprimer leurs opinions, par les médias ou dans des meetings politiques.
La liberté est garantie par la constitution. Mais le gouvernement ne laissera pas s’installer le chaos. C’est hors de question. Cela signifie que les institutions de l’Etat mettront en place des dispositifs nécessaires pour assurer la sécurité du peuple et des étrangers, et de leurs biens. Le patrimoine de l’Etat sera sécurisé. Ces mesures, nous les prendrons évidemment avec la collaboration du peuple».
Ce qui importe pour moi, a ajouté J. Kabila, c’est de demander au peuple congolais de garder la sérénité. «Soyez vigilants. Ne vous laissez pas manipuler par des aventuriers. Ne laissez pas le pays ressembler à certains pays frères : la Côte d’Ivoire ou le Togo. Vous avez assez souffert et versé tant de sang. Nous ne devons pas du tout reculer».
Parlant de la situation dans l’Est, J. Kabila. «Nous avons plus ou moins la situation sous contrôle». Il existe des poches des irréductibles qui n’ont pas encore réalisé que le temps de la guerre et de la rébellion est révolu. De toutes les manières, cette situation n’est pas tributaire des contradictions au sein des institutions. Pour le moment, j’ai confiance en l’administration locale des provinces de l’Est».
KABILA, CANDIDAT ?
Voilà une préoccupation qui intéresse tout le monde et particulièrement des personnes engagés à accréditer la candidature de Kabila. Le président est direct : «Nous restons extrêmement vigilants envers l’Ouganda et le Rwanda. Nous ne voulons plus qu’ils nous surprennent un jour. Mon souhait est que Kampala et Kigali réalisent que c’est la paix que nous cherchons dans la sous-région, pour le bien-être de tous. Et que leur aventurisme militaire devrait être classé dans les annales de l’histoire. »
S’agissant de l’Europe, je crois, dit Kabila, «qu’en dépit de la distance, il n’existe pas réellement un entendement clair de ce qui se passe, de ce que nous voulons accomplir. Cette différence d’approche apporte toujours des contradictions. Mais quelles sont nos priorités, par exemple ? Ce sont l’organisation des élections, la restructuration de l’armée, la bonne gouvernance. Mais quelques fois, nous n’avons pas l’impression que ce sont les mêmes priorités que celles des partenaires, et qu’il suffisait d’harmoniser. Dans la gamme des priorités des partenaires sont alignés la paix et la stabilité, les élections et la démocratie, le développement et la bonne gouvernance. L’intégration de l’armée a manqué de soutien nécessaire. L’intégration n’est pas une opération d’un ou deux mois, elle devra continuer encore après les élections. Nous avons besoin de beaucoup de moyens financiers, tant pour l’armée que la police. »
Concernant les Fdlr, le président de la Rdc attaque : «J’attends encore de voir quand le rapatriement volontaire nous conduira, bien que nous n’ayons aucune autre carte en main. Autrement dit, nous souhaitons que ces Rwandais rentrent pacifiquement chez eux avec le soutien de l’Onu. Sinon, nous devons appliquer l’option de désarmement forcé. Ce sera fait par l’armée congolaise avec l’appui de la Monuc ».
Quant à l’apport de l’Onu dans le processus de paix en Rdc, le président Kabila pense que « la Monuc, avec son potentiel, serait capable de faire plus sur le terrain, en collaboration avec les Fardc, l’armée nationale. La Monuc peut assister les Fardc dans la traque aux groupes armés d’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu. Une approche plus robuste pourrait être efficace dans les jours ou semaines à venir pour résoudre la question des groupes armés. »
Et pour terminer, sera-t-il candidat à la présidentielle ? « La question n’est pas de savoir si oui ou non je serai candidat. Je pense qu’avant la fin de cette année, nous le saurons. Moi je le sais, mais vous le découvrirez avant fin décembre prochain », a-t-il conclu.
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