|
[french]/[english]
Une
Interview Exclusive Du President Congolais Joseph Kabila Au Financial
Times, Un Quotidien De Londres
Traduite de l’anglais au français
par A.R. Lokongo
Financial
Times, le 23 juin 2004
Interview
réalisée par William Wallis, un correspondant de Financial
Times basé à Nairobi et par David Lewis, un correspondant
de l’Agence Reuters
QUESTION:
La question que tout le monde se pose est celle de savoir si le
gouvernement de transition qui consacre le partage du pouvoir peut
vraiment survivre la crise actuelle. Qu’en dites-vous Mr le
Président?
JK:
La transition a déjà survecu les douze derniers mois.
Bien sûr, parmi toutes les situations que nous avons affrontées
pendant les douze derniers mois, celle-ci est la plus pire. Mais
dépuis le début, j’ai déjà déclaré
que le parcours ne sera pas une lune de miel. Nous étions
ténus à rencontrer des obstacles. La chose la plus
importante c’est la façon avec laquelle nous faisons
face à ces obstacles. Nous allons soit les éviter,
soit les bulldozer.
QUESTION:
Pour le moment, il apparaît que vous avez choisi de les bulldozer
JK:
Et bien, ça pourrait être perçu comme si nous
avons adopté le principe du bulldozer. Mais peu importe la
solution (adoptée), l’essentiel est que la transition
reste en place et que les objectifs que nous nous sommes fixés
soient atteints. C’est un devoir.
QUESTION:
Les accords de paix au Congo qui ont consacré le partage
du pouvoir doivent-ils être ajustés ou renégotiés
afin qu’ils puissent tenir le coup ou résister à
cette crise?
JK:
Ça nous a pri trois ans pour négotier ce que nous
avons maintenant en place. Bien sûr, quand nous étions
entrain de négotier, les objectifs consistaient à
trouver une solution à un problème donné. Ce
problème donné, c’était la division du
Congo en deux ou trois zones. La solution consistait à amener
tout le monde ensemble, donc c’est un accord de partage du
pouvoir qui a été signé. Personne n’a
pensé que les institutions [découlant de cet accord]
seraient des institutions parfaites. Mais la solution aujourd’hui
ne consiste pas à tripoter avec les strictures que nous avons
mises en place. La solution consiste à donner plus d’élan,
plus de vitesse à ces strictures, tout faire à ce
que les acteurs politiques qui animent ces strictures soient plus
déterminés à atteindre leurs buts.
QUESTION:
Mais il apparaît qu’il y a des groupes rangés
des tous les côtés, aussi bien à l’intérieur
du Congo tout comme à l’extérieur qui veulent
coûte que coûte dérailler le processus?
JK:
On s’attendait à cela. Dans cette partie de la transition,
il y aura des gagnants et des perdants. Il ne faut pas qu’une
situation soit créee dans laquelle les gagnants prennent
tout ou s’accaparent de tout. Ça, c’est ce que
nous ne voulons pas. Nous étions contraints à affronter
les gens qui [nous le sachions], seraient contre les institutions
de la transitions – c’était ça le test.
Il y avaient des gens qui ne voulaient pas signer (pour la paix),
mais ce sont exactement ces élements-là que je veux
minimiser.
QUESTION:
Ces gens-là, ne sont-ils pas en position de force à
ce moment même ou nous vous parlons?
JK:
Non, pas du tout. Ils ne seront jamais en position de force. Je
crois que 99% du peuple Congolais veulent que les institutions de
la transition aboutissent, je veux dire par là, l’organisation
des élections (prévue en 2005). Quant à l’autre
1% qui reste, nous pouvons les écraser.
QUESTION:
Il y a des gens à l’est du pays, à Goma plus
précisement, qui ont réfusé de prêter
serment de fidélité ou d’allégeance à
Kinshasa. Font-ils part de ce 1% dont vous évoquez?
JK:
Je ne voudrais pas pointer un doigt accusateur à Goma particulièrement.
Je voudrais plutôt pointer un doigt accusateur aux individus.
Il y a bien sûr des individus qui voudraient bien faire un
demi-tour, retourner au bon vieux temps quand ils se sont érigés
en maîtres, quand la confusion qui a été entrétenue
leur permettait de profiter en tant qu’individus et pas necessairement
en tant que peuple. Ces élements sont encore là.
QUESTION:
Croyez-vous que la crise actuelle - dont les étincelles ont
été allumées quand le Général
Nkunda a occupé la ville de Bukavu à l’est du
pays – a été partiellement orchestrée
par le Rwanda, de l’autre côté de la frontière?
JK:
Le gouvernement a clairement établi dès le prémier
jour que les attaques sur Bukavu n’ont pas seulement été
orchestrées par le Rwanda mais aussi que ces attaques ont
eu lieu avec la participation militaire active du Rwanda. Ce sont
des faits indéniables et ces rapports ne proviennent pas
seulement de la population. Ils proviennent aussi de l’ONU.
QUESTION:
Croyez-vous à ce stade qu’une guerre avec le Général
Nkunda et peut-être avec le Rwanda est évitable?
JK:
Nous n’avions jamais voulu mener une guerre contre le Rwanda.
Il en va à l’encontre des nos intérèts.
Il en va à l’encontre des intérêts de
notre peuple. Il en va à l’encontre des intérêts
de la région. Quant à Nkunda, le gouvernement a clairement
déclaré qu’il doit soit rendre ses armes, soit
se rendre lui-même afin qu’il soit jugé par un
tribunal militaire, faute de quoi, nous allons en découdre
avec lui militairement. Si en découdre avec Nkunda militairement
signifie en découdre avec le Rwanda militairement, là
c’est autre chose.
QUESTION:
Pourquoi s’est-il averé très difficile pour
le Congo d’en découdre avec la ménace que posent
les milices Hutu Rwandais [contre le Rwanda] à l’est
du pays? (Les milices Hutu et Interahamwe sont basées à
l’est du Congo. Quelques uns parmi eux ont participé
au génocide de 1994 au Rwanda, ce qui a servi comme une justification
principale de la part du Rwanda pour envahir le Congo en 1998).
JK:
Et bien, retournons à la signature des accords de Pretoria.
Dépuis lors - et ces chiffres proviennent de l’ONU
- je crois que plus de 15,000 de ces Ex-Far ont été
répatriés au Rwanda. Ces efforts étaient continuels
jusqu’à ce qu’ils ont été intérrompus
par les aventures de Mutebusi et de Nkunda. Notre engagement à
désarmer ces gens-là et leur répatriation eventuelle
au Rwanda sous les auspices de l’ONU demeurent encore notre
principe de base et nous avons l’intention de bien le respecter.
Mais regardons la réalité d’en face. Comment
pouvez-vous traquer les Interahamwe quand vous avez Nkunda et Mutebusi
entrain de semer des troubles? L’une des conditions qui nous
permettrait d’en découdre avec les Ex-Far ou n’importe
quelles autres ménaces, est que la situation à Bukavu
en particulier, et au Sud Kivu en général soit calme.
Je suis conscient des rapports qui font état de l’envoi
de 10,000 hommes à l’Est pour faire la guerre au Rwanda.
Non. Ça c’est ne pas vrai. Nous sommes entrain de déployer
10,000 hommes à l’Est pour réprendre le control
des zones comme Kamanyola (scène des violent combats) hier
et eventuellement resoudre le problème Nkunda. Par après,
ces troupes vont rester sur place pour en découdre avec la
ménace que posent les Ex-Far (Forces Armées Rwandaises)
et n’importe quels autres groupes armés dans la région.
QUESTION:
Il y a des rapports qui font état d’une mobilisation
tous azimut des ces milices Hutu par les forces gouvernementales
en tant que leurs alliés?
JK:
Il en va à l’encontre de nos intérèts
de traiter avec les Ex-Far ou n’importe quel autre groupes
armé. Le Congo compte 60 millions d’habitants. Personne
ne va me dire que les Congolais ne peuvent pas s’organiser
eux-mêmes, et mettre en place une armée capable de
faire face à la situation et que nous devons silloner la
région pour aller à la recherche de 1,000 ou 3,000
Ex-Far, les recruter pour qu’ils viennent à notre secours.
Ça c’est vraiment une insulte. Nous voulons mettre
la main sur eux et les renvoyer au Rwanda, leur pays d’origine.
S’il y a eu donc des contacts établis avec eux, j’estime
que c’était dans ce sens. Bien sûr, la situation
est maintenant très claire. Maintenant que nous avons des
observateurs de l’ONU sur le terrain, il n’est plus
question de notre parole contre celle du Rwanda, c’est-à-dire
il n’est plus question que le Rwanda conteste notre parole
donnée, car nous avons un parténaire neutre, la MONUC,
la Mission des Nations Unies au Congo, en occurrence, qui peut verifier
les faits et porter temoignage à nos efforts.
QUESTION:
Etes-vous déçu par la performance de la MONUC sur
le terrain? Est-elle capable de s’acquitter de sa tache?
JK:
Ça dépend de la façon dont vous regardez la
situation. Je crois que les événements des ces trois
ou quatre dernières semaines ont été assez
importants pour élever la conscience de la MONUC. Ils ont
contribué à leur éveil pour se rendre compte
que la situation était aussi sérieuse que nous ne
cessions de leur dire. Quand nous leur disions qu’il y auraient
des incursions à partir du Rwanda, que la situation n’était
pas aussi stable qu’ils le croyaient, tout le monde se méfiait
de nous, croyant que nous autres Congolais étaient tout simplement
entrain de paniquer. Mais, il y a bien des choses qui se sont passées
et la MONUC est bien consciente que les attentes du peuple Congolais
n’ont pas été comblées et que dans l’avenir,
esperons qu’ils seront à la hauteur de combler ces
attentes. Il faudra à la MONUC, à cet effet, plus
d’hommes sur le terrain, plus d’équipement, plus
de matériels, plus d’information de la part des services
d’intelligence et des priorités claires sur base de
quoi ils doivent opérer. Car, sans objectifs claires, ils
vont faire mille choses à la fois: comme le traitement de
l’eau, la construction des routes sans pourtant établir
des priorités claires.
QUESTION:
Il y a certaines gens qui disent la même chose concernant
la présidence. Ils estiment que vous êtes à
cours d’objectifs, et par conséquent votre gouvernement
et vous mêmes, tous les deux, ont perdu la confiance du peuple?
JK:
Je ne crois pas réellement que nous avons perdu la confiance
du peuple. Je crois que nous avons commis un certain nombre d’erreurs
pendant l’année dernière et nous devons apprendre
à partir de ces erreurs. Et je crois que nous avons la capacité
de faire mieux. Mais nous n’avons pas perdu la boussole ni
notre centre d’intérêt, qui demeure bien sûr,
les objectifs que nous nous sommes fixés.
En ce qui me concerne, il y a quatre objectifs majeurs: la réunification
du pays, la pacification de l’ensemble du territoire national,
la réconciliation et, bien sûr, les élections.
Maintenant, si nous entrons dans les détails en ce qui concerne
la réunification, je crois que 90% du territoire national
ont été réunifiés. Aujourd’hui,
les gens peuvent aller à Goma et retourner à Kinshasa,
ils peuvent aller de Kindu à Gbadolite et partout d’ailleurs.
Le pays est donc réunifié sur le plan administratif
avec les gouverneurs et les vice-gouverneurs mis en place. La police
est en voie de restructuration, le programme de l’intégration
de l’armée est adoptée et en voie d’execution.
Lentement mais sûrement, nous sommes entrain d’avancer.
En ce qui concerne la pacification, il y a trois principaux foyers
de troubles, l’Ituri entre autres. Les deux Kivus (les provinces
de l’est) constituent un autre foyer de troubles ainsi que
le Nord du Katanga. Nous avons un plan qui a toujours consisté
à en découdre avec tous ces foyers de troubles, l’un
après l’autre.
QUESTION:
Il y a certaines gens qui disent que votre propre entourage constitue
bien un autre foyer de troubles, que la présidence est ménacé
de l’intérieur?
JK:
Moi personnellemnt je n’y crois pas. Nous avions eu un incident
qui ne devrait pas avoir lieu (le présumé coup d’état
manqué du 11 juin) et les mésures sont prises pour
éviter que de tels incidents se réproduisent.
QUESTION:
Y aura-t-il d’autres têtes qui vont tomber?
JK:
D’autres têtes qui vont tomber? Ce n’est pas comme
ça que je vois les choses. Je parlerais plutôt de la
restructuration. Nous devons restructurer. J’ai l’intention
d’assurer des lendemains meilleurs. Si cela exige que les
gens doivent être changées ou aménées
à devenir plus responsables, et bien, c’est bien cela
qui va arriver.
QUESTION:
Vous vous êtes réferé à d’autres
pays qui s’ingèrent dans les affaires du Congo. N’est-il
pas nécessaire que les pays voisins s’impliquent ou
soutiennent plus activement le processus de paix au Congo?
JK:
Plus activement dans le sens positif, oui. Quelques uns parmi eux
sont entrain de soutenir le processus d’une façon très
négative. Après tout, il s’agit ici d’un
processus Africain. Après tout il s’agit ici d’un
example auquel tout le continent va se réferer. Si le processus
aboutit ici au Congo, il peut aussi aboutir dans d’autres
pays Africains engagés dans un processus similaire. Je ne
parle donc pas seulement du Congo, je pense aussi à la Côte
d’Ivoire, à la Somalie et au Darfour. L’aboutissement
heureux de ce processus particulier (au Congo) aura certainement
des rétombés positifs pour toute la région.
Tous nos voisins peuvent se miser sur ce qui se passe aujourd’hui
au Congo. Ils peuvent tous en tirer profit. Tout comme le peuple
Congolais, ils ont tous quelque chose à gagner à partir
de ce projet particulier.
QUESTION:
Jouissez-vous de leur soutien militaire en cette période
tendue? On parle des troupes Tanzaniènnes qui s’apprêtent
à venir à votre assistance et que les Angolais attendent
juste à côté?
JK:
Je peux vous dire que pour le moment, non. Ce sont tout simplement
des rumeurs. Il y a trop de rumeurs qui circulent dans ce pays.
Parfois je suis obligé à fermer mes oreilles. Mais,
il y a bien sûr beaucoup d’initiatives en ce qui concerne
le soutien au processus de l’intégration de l’armée.
Nous avons signé recemment un accord avec l’Afrique
du Sud visant à soutenir ce processus. Nous allons signer
un autre accord avec l’Angola dans les jours qui viennent
dans le même cadre. Nous avons signé un accord avec
les Belges. Nous allons aussi signer des accords avec d’autres
pays qui sont prêts à nous assister en ce qui concerne
la réintégration de l’armée et leur réformation.
Pour le moment, l’information selon laquelle les Tanzaniens
seraient ici est un grand mensonge.
QUESTION:
N’y a –t-il pas de signes qui indiquent que cette crise
est une fois de plus entrain d’être régionalisée,
étant donné que le Rwanda a aussi déployé
ses troupes vers sa frontière avec le Congo?
JK:
Nous ne devons pas parvenir à la même situation que
celle que nous avons vécue en 1998 (quand sept armées
africaines ont été absorbées dans la guerre
du Congo). Ce n’est pas ça notre intention. Tout le
monde se mise sur ce qui se passe au Congo et voudrait bien voir
la paix se rétablir au Congo.
QUESTION:
Croyez-vous que le Rwanda veut voir la paix se rétablir au
Congo?
JK:
Je pense qu’il serait mieux que le Président Paul Kagame,
avec qui j’aurai un tête-à- tête dans quelques
jours, réponde à cette question. J’oserais croire
que le Rwanda veut aussi voir la paix se rétablir au Congo.
QUESTION:
Qu’est ce que vous allez dire au Président Kagame?
JK:
La question que je me pose plutôt est celle de savoir ce qu’il
va, lui, me dire. Parceque la situation est aussi claire comme je
l’ai mise sur la table. Je veux que tout le monde sache que
le Congo, dépuis son accession à l’indépendance,
n’a fait que broyer le noir. Nous pensions en 1997 que le
pire était dérrièrre nous. Hélas! L’année
1998 nous a prouvé le contraire. En 2001, nous avions entamé
ce long processus avec des humbles objectifs et nous voulons atteindre
le stade final: la tenue des élections.
Je
crois que ce sont des objectifs très nobles qui meritent
d’être soutenus par le monde entier. Notre intention
restera toujours de vivre en paix avec nos neuf voisins. Notre intention
restera toujours d’être la source de dévelopement
dans la Région des Grands Lacs, et le Congo dispose d’une
telle capacité. Il a assez de resources pour répondre
à cette vocation. C’est la paix et la bonne gouvernance
qui ont toujours manqué. Pour le moment nous avons une bonne
direction (orientation). Nous sommes maintenant en quête de
la paix et la contribution de chacun et de tous est le bien venu.
Back to top |