Dans une interview au journal « Le Soir », associé à la radio « La Première », le 2.12.2005 à Kisangani, le Président Joseph Kabila confirme : « Les Congolais s’impliquent dans le processus électoral et le changement est en cours »
Kinshasa , 03.12.2005 | Politics
Le Président Joseph Kabila a, à dater du 26 novembre dernier, effectué un séjour d’une semaine à Kisangani, chef-lieu de la province Orientale où il était parti principalement pour présider à la cérémonie de la rentrée judiciaire. C’est au cours de ce séjour qu’il s’est confié à Colette Braeckman du journal « Le Soir », ainsi qu’à la radio « La Première » dans une interview que nous reproduisons ci-après:
Le Soir : Etes-vous satisfait du programme de remise en route de la centrale électrique et comment évaluez-vous la coopération belge?
Président Kabila : Je constate que deux turbines sont déjà opérationnelles. Avec le ministre De Decker nous avons constaté que la coopération actuelle est plutôt orientée vers la réussite du processus de la transition et que la deuxième étape prendra cours dans la période post électorale, avec le début de la reconstruction du pays, sur tous les plans. Nous attendons que la Belgique demeure notre partenaire privilégié dans les mois qui viennent.
Le Soir : La semaine dernière, les ambassadeurs du Comité International d’Accompagnement de la Transition (CIAT) ont publié un communiqué très dur, dénonçant la corruption et accusant notamment le gouvernement congolais de trahir les aspirations de la population. Quelle est votre réaction à ce sujet?
Président Kabila : Le gouvernement a répondu dans un communiqué. Quant à moi, je suis tout à fait déçu, car ce que le CIAT a publié dans un communiqué, il aurait pu l’exprimer lors de nos rencontres.
Le Soir : Vous critiquez la manière, mais sur le fond, avait-il vraiment tort, par exemple en constatant les retards dans le paiement des soldes militaires?
Président Kabila : Le Congo est un grand pays. Nous avons certainement des problèmes sur le plan de l’administration et des infrastructures. Nous peinons à assurer le paiement des fonctionnaires de l’Etat, des enseignants. Les militaires ne sont pas les seuls à avoir des problèmes. Nous essayons de redresser la situation.
Le Soir : Etes-vous optimiste sur l’issue du référendum du 18 décembre?
Président Kabila : Cette consultation permettra la poursuite du processus électoral et je vois bien que la population votera pour un oui massif. Le fait que 24 millions d’électeurs se soient enrôlés n’est pas seulement un succès. C’est aussi un démenti par rapport aux prévisions pessimistes de ceux qui ne croyaient pas que le peuple congolais pourrait ainsi s’engager sur toute l’étendue du territoire. Cela dément aussi tous ceux qui pensaient que la situation sécuritaire dans l’Est du pays, dans l’Ituri par exemple, allait empêcher les gens de s’enrôler. Je l’ai toujours dit: il faut le changement, il faut rendre le pouvoir au peuple. La détermination de la population correspond à la nôtre.
Le Soir : Ces élections sont-elles une fin en soit? Après les scrutins, y aura-t-il une différence au Congo?
Président Kabila : Ces élections permettront le renouvellement de la classe politique au niveau de l’Assemblée Nationale, des sénateurs, des députés. Mais l’essentiel, c’est évidemment ce qui se passera après: il faudra que le gouvernement fonctionne, qu’il y ait la paix, la stabilité. Après les élections, ce ne sera certainement pas comme avant les élections. Le gouvernement qui se mettra en place devra améliorer davantage la situation sur le plan social.
Le Soir : Les plus pessimistes craignent aussi que les perdants reprennent les armes. Un tel scénario vous paraît-il vraisemblable?
Président Kabila : Je ne le pense pas. Qui reprendrait les armes une fois que la population aura décidé de son sort? Évidemment, beaucoup de partis ou de personnalités politiques vont se trouver en difficulté, des gens disparaîtront de la scène politique. Mais aller jusqu’à reprendre les armes je ne pense pas. Nous aurons une armée nationale qui sera capable de les dissuader. Il y a encore des bandes armées dans le Nord-Katanga et au Kivu mais suite aux opérations militaires en cours ces bandes armées sont aujourd’hui en difficulté. D’ici aux élections, nous aurons les 18 brigades prévues dans notre plan stratégique.
Le Soir : Etes-vous encouragé par le résultat des élections au Burundi?
Président Kabila : Il me semble que c’est plutôt le Burundi qui a suivi la voie de la paix, de la stabilité, que le Congo avait déjà empruntée. Le Congo doit pouvoir jouer un rôle moteur dans toute la région.
Le Soir : Vous avez toujours dit qu’avant de vous porter candidat, vous aviez d’autres tâches à accomplir. Aujourd’hui, quel est votre bilan?
Président Kabila : Ce n’est pas le moment de me déclarer mais c’est pour bientôt, bien sûr. En 2001, j’avais promis au peuple congolais, à la communauté nationale et internationale, de ramener la paix et la stabilité. Malgré les problèmes qui subsistent encore ici et là, c’est acquis. J’avais aussi promis le début de la reconstruction du pays et aujourd’hui sur tout le territoire national des projets sont en cours. Le futur défi, c’est la réussite des élections.
Le Soir : Après avoir accompagné le peuple congolais durant la transition, allez-vous être celui qui poursuivra la phase suivante?
Président Kabila : Cela dépendra du peuple congolais, je vais certainement consulter la population.
MMC/ Le Soir, radio La Première, Le Panorama Congolais.
Back to top |