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Les Maï-Maï n’accepteront jamais de brader la nationalité congolaise
Le projet de loi sur la nationalité a été envoyé, après débat général en plénière, à la Commission Politique administrative et juridique du Sénat. Le débat est bien vif sur ce texte qui touche à une des matières sensibles en Rdc. L’Honorable Kanyengere Lwaboshi donne le point de vue des patriotes Maï-Maï, qu’il représente au Sénat où il exerce comme 3ème Rapporteur adjoint
Kinshasa , 06.08.2004 | Politics
Le projet de loi sur la nationalité a été envoyé, après débat général en plénière, à la Commission Politique administrative et juridique du Sénat. Le débat est bien vif sur ce texte qui touche à une des matières sensibles en Rd Congo. L’Honorable S. Kanyengere Lwaboshi donne le point de vue des patriotes Maï-Maï, qu’il représente au Sénat où il exerce comme 3ième Rapporteur adjoint.
Le Communicateur : Comment avez-vous réagi au projet de loi sur la nationalité actuellement en discussions au Sénat?
S.Kanyengere Lwaboshi : J’estime que ce n’est pas opportun d’aborder actuellement la loi sur la nationalité. Ça risque encore de ruiner, au regard de ce qui se passe à l’Est du pays, le petit climat d’accalmie qui pourrait nous amener aux élections. La population de l’Est risque de nous accuser d’avoir vendu le pays. Puisque parmi nous qui siégeons dans les institutions de la République, il y a des gens qui sont particulièrement intéressés à ce texte de loi (des personnalités à nationalité douteuse ou possédant des passeport étrangers), nous courons le risque de produire une loi taillé sur mesure. On devait laisser au souverain primaire qui sait distinguer qui est qui, se prononcer.
Je ne connais pas ce qu’on reproche exactement à la loi N°081 de 1981 qui, pourtant, a été votée par des élus du peuple. Ce texte n’a jamais connu un début d’exécution. Je me demande également en quoi le nouveau projet de loi innove et aussi les garanties que le gouvernement donne que ce dernier sera, cette fois-ci, respecté. On nous dit que la nouvelle loi en discutions doit être absolument examinée maintenant conformément à une résolution du Dialogue inter Congolais. Cet argument ne tient pas débout. Parce que ce n’est pas toutes les résolutions de Sun-City qui devront être appliquée pendant la transition. Ce n’est pas dans les dix mois qui restent qu’on va exécuter les résolutions relatives, par exemple, à la facture de deux guerres (de 1996 et de 1998), à l’amélioration de la situation sociale des fonctionnaires, à l’aménagement des routes, à l’identification des nationaux dans les forces armées, etc. On a introduit ce chapitre sur la nationalité pour bloquer le processus.
L.C.: Qu’est-ce que vous reprochez concrètement à ce projet de loi?
S.K.L: L’analyse critique du fond de ce texte me fait penser à la zaïrianisation de triste mémoire. Cette opération était l’oeuvre de l’ancien directeur de cabinet du Président Mobutu, Bisengimana, Rwema qui voulait par là donner des moyens à ses frères en tuant l’économie congolaise. Avant la zaïrianisation, 1 Franc congolais s’échangeait contre 2 dollars américains. Et aujourd’hui ? Effectivement ses frères rwandais, qui occupaient des postes importants au Congo, ont acquis malhonnêtement ces moyens. Lesquels leurs ont permis de financer la guerre de l’Ouganda, qui leur a donné d’autres possibilités pour mener la guerre du Rwanda. Grâce à l’argent qu’ils ont récolté, les Rwandais ont commencé à préparer les guerres du Congo. De la même manière que Mobutu s’est laissé entraîné par Bisengimana, il existe des personnalités à nationalité douteuse qui veulent torpiller le processus.
Ce projet de loi fait de la nationalité congolaise une passoire. Parce que notre gouvernement n’est pas en mesure de nous dire avec précision qui était en Rd Congo à la date du 30 juin 1960. En plus, pareille loi, telle quelle est proposée par le gouvernement, est de nature à couvrir les génocidaires, comme les interhamwe qu’on ne sait pas distinguer de bantu congolais. Pour moi, il s’agit bel et bien d’une zaïrianisation, non pas des biens, mais des personnes étrangères qui ne l’ont même pas demandée. Puisque ce projet de loi donne d’office la nationalité congolaise à quiconque se trouvait en Rd Congo le 30 juin 1960. C’est en quelque sorte une violation des résolutions de l’Onu qui garantissent la liberté de chacun de se choisir sa propre nationalité.
L. C. : Au sein de l’opinion nationale, il se raconte que la révision de la loi sur la nationalité a été imposée à Sun-City pour satisfaire aux revendications des Banyamulenge. Qu’en pensez-vous ?
S.KL.: On dit que les Banyamulenge ont pris les armes parce qu’ils ont été exclus. Je dis non ! Lier les guerres de 1996 et 1998 à la seule cause de nationalité congolaise, que revendiqueraient les Banyamulenge, n’est pas correct. Les véritables raisons se trouvent ailleurs. Bizima Karaha était ministre des Affaires étrangères sous Mzee Laurent Désiré Kabila. Il a abandonné ses fonctions à Kinshasa pour aller se rallier aux rwandais pour déclencher la guerre de 1998. Les causes de ces guerres se trouvent ailleurs selon moi. Et cela se remarque à travers des messages : A 1996, le président rwandais Pasteur Bizimungu, s’adressant à la population de Changungu (province rwandaise située en face de Bukavu), avait déclaré: Nous réclamons Berlin bis. Parce que nos terres se trouvent de l’autre côté de la frontière du Congo ». Le second message est celui de Milaire Ruhimbika (le leader Banyamulenge et patron de Patrick Masunzu). A Uvira en 1998, il a déclaré: « Nous ne nous retrouvons pas dans la politique de Laurent-Désiré Kabila. Parce qu’il est pire que Mobutu. Maintenant commence la guerre d’occupation ».
C’est ainsi qu’il a rappelé vers Goma tous les siens qui se trouvaient au pouvoir à Kinshasa. Le président Kabila a donc ordonné son arrestation immédiate. Ce qui fut fait. Mais, deux jours après, les chars rwandais sont venus écraser les forces loyalistes et récupérer Milaire Ruhimbika, qui n’est jamais rentré au Congo jusqu’à ce jour. Il se trouve actuellement en France.
L.C.: Que pensez-vous de la double nationalité?
S.K.L.:Adoptée dans ces conditions, cette loi crée des confusions dans les esprits. Elle porte en elle-même les germes des conflits. Elle exclut les Banyamulenge qu’elle prétend protéger. Pour la simple raison que le 30 juin 1960, les Banyamulenge n’étaient pas au Congo. C’étaient des Rwandais, Burundais, Ougandais, Tanzaniens... Bref des populations étrangères vivants au Congo. Le terme Banyamulenge est inventé en 1976. Ces derniers refusent eux mêmes de s’appeler Banyarwanda. Les Banyamulenge constituent une génération spontanée née en 1976 et ils parlent le Kinyamulenge est non le kinyarwanda.
Bien plus, l’article 14 de la constitution de transition dispose: « Tous les groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement République démocratique du Congo) à l’indépendance doivent bénéficier de l’égalité des droits et de la protection au terme de la loi en tant que citoyens... ». Or, tout le monde sait que le soi-disant territoire de Minembwe n’existe sur aucune carte administrative du Congo. Banyamulenge vient de la colline Mulenge, du nom de son premier occupant qui était un pygmée. Je ne comprends pas comment des nilotiques peuvent se réclamer aujourd’hui descendant d’un pygmée. A propos de la double nationalité, je voudrais d’abord évoquer ici certaines dispositions de La Constitution rwandaise promulguée par Paul Kagame. L’article 7 de ce texte dispose, en ses alinéas 2 : « La double nationalité est permise » et 3: La nationalité rwandaise d’origine ne peut être retirée ». Et l’alinéa 5 précise: « Les Rwandais ou leurs descendants qui, entre le 1er novembre 1959 et le 31 décembre 1994 ont perdu leur nationalité suite à l’acquisition d’une nationalité étrangère sont d’office réintégrés dans la nationalité rwandaise s’ils s’installent au Rwanda ». Tout ceci joue en notre défaveur. Ces gens peuvent se permettre de traverser d’une frontière à l’autre en changeant des nationalités comme bon leur semble. C’est pourquoi les citoyens Rwandais qui se trouvent dans les conditions décrites dans le chapitre 7 de leur constitution ne s’empêchent pas de venir semer la désolation au Congo sans être inquiétés. Or, la nationalité constitue un des attributs de la souveraineté d’un pays; garantis par la Convention de Vienne.
Si ça ne dépendait que de nous, Maï-Maï, nous ne pouvons accepter de brader la nationalité congolaise, cet attribut de la souveraineté du pays pour laquelle nous nous sommes tant battus. Non, les Maï-Maï n’accepteront jamais de brader la nationalité congolaise !
(CP) | Le Communicateur /Freddy Lufulwabo
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