|
[french]/[english]
Une
Une interview exclusive de Tata Kisolokele Hyppolite, arrière pétit fils de Simon Kimbangu
Propos recueillis par Antoine Roger Lokongo, 12.04.2004
ARL: Tata Kisolokele Hyppolite, il y a presque trois siècle dépuis que le Kimbaguisme a vu le jour. Comment définissez-vous le Kimbaguisme aujourd’hui par rapport au 21eme siècle? Qu’est ce qui a changé ou comment se porte cette Église?
Tata Kisolokele Hyppolite:
Le Kimbaguisme a pris ses racines à partir d’un mouvement des masses au Bas-Congo, dénommé le Kintwadi ou assemblée – lancé le 02 juillet 1706 par celle qui désormais est connue comme l’héroine du Congo, j’ai cité Mama Kimpa Vita autrement connue par le nom de Dona Béatrice, lui donné par les Portugais. Pour avoir organisé une résistance pacifique contre l’invasion portugaise et annoncé la venue de Papa Simon Kimbangu comme «Libérateur des peuples noirs d’Afrique du joug colonial, elle fut brulée vive avec son bébé garçon par les portugais, mais l'enfant ne mourut pas, il disparut miraculeusement.
Conformément à la prophétie de Mama Kimpa Vita, Tata Simon Kimbangu est né le 12 septembre 1887, à Nkamba - ou la Nouvelle Jérusalem selon notre doctrine - en République Démocratique du Congo. Le 6 avril 1921, il se lanca dans sa mission, celui de libérer l’homme africain de la colonisation mentale et spirituelle lui imposée par les missionaires au service du pouvoir colonisateur. C’est ainsi qu’est né le mouvement chrétien messianique Kimbaguiste qui deviendra plus tard l’Église Kimbaguiste Universelle, aujourd’hui répandue à travers 37 pays à travers le monde et dont le siège central se trouve toujours à Nkamba au Bas-Congo. C’est là que se trouve le mausolée de Papa Simon Kimbangu et de ses trois fils Papa Kisolokele (l’ainé) Papa Dialungana (2me fils), et Papa Diangenda Kutima (3me fils ou Dieu le Saint Esprit). C’est là que Tata Kiangani, l’actuel Réprésentant Légal et chef de l’Église, réside.
Mais pour avoir voulu reveiller la conscience de l’homme noir face à la colonisation, la mission de Simon Kimbangu lui a valu 30 ans de prison à Lubumbashi et 120 coups de fouet ou de chicotte chaque jour pendant ces 30 ans - Nelson Mandela n’est donc pas le plus vieux prisonier d’Afrique. Le pouvoir colonial belge , alerté par les missionnaires et les commercants, arrête Tata Simon Kimbangu , le 12 septembre 1921, le fait juger par un conseil de geurre a Thysville actuel Mbanza- Ngungu et le condamne a mort, le 03 octobre de la même annee, cette peine sera commuée en détention a vie. Les 37,000 familles qui ont constituées ses premiers adeptes ont été réléguées en dehors du Bas-Congo et dispersées à travers tout le pays.
Avant son arrestation, Tata Simon Kimbangu prophétisa ainsi à ses adeptes:
«Avec mon arrestation commence une période d'une persécution indescriptible pour moi même et pour un très grand nombre de personnes. Il faudra tenir ferme car le Seigneur ne nous abandonnera jamais. Les autorités gouvernementales vont porter atteinte à ma personne physique , mais elles ne parviendront jamais à detruire l'oeuvre que j'ai accomplie car elle vient de Dieu. Le moment viendra ou toutes nos epreuves ne seront plus. Quand ce moment sera venu, nous glorifierons sans crainte ni brimade le nom de Jésus Christ , rejoints par les enfants de Dieu venus du monde entier.»
« Aujourd'hui , nous somme encore persecutes,» poursuivit – il, «mais au temps fixé par le Seigneur , les Blancs deviendront des Noirs et les Noirs deviendront des Blancs, c'est -à-dire que nous assumerons les fonctions que ceux - ci exercent encore chez nous aujourd'hui , tandis qu'ils se verront contraints de se soumettre à nos decisions. Nous serons les maitres chez nous comme ils le sont chez eux. Mais en depit des persécutions qu'ils nous font subir , nous avons l'obligation de les aimer, de ne pas les hair car cela serait contraire à l'Evangile.»
Le vendredi 12 octobre 1951, a 15 heures precises, Tata Simon Kimbangu décède à Lubumbashi, située à plus de 2.200 km de Nkamba, loin des siens, après 30 ans d'emprisonement ferme et d'indicibles tortures, entre les mains de ses géoliers belges, après avoir opéré plusieurs miracles. Par exemple on l’arrêtait en plusieurs endroits à la fois. Il se manifestait et se manifeste encore physiquement à ses fidèles.
Selon notre doctrine Papa Simon Kimbangu réprésente la troisième personne au sein de la sainte trinité de Dieu. Il est donc l’Esprit Saint promis par Jésus à ses apôtres. Papa Simon Kimbangu est mort, mais sa lignée répresente l’Esprit Saint. Alors tous les chefs spirituels de l’Église Kimbaguiste doivent être de la descendance ou de la lignée biologique de Simon Kimbangu. Nous sommes une famille choisie, une famille bénie. C’est une lignée spirituelle et biologique. C’est ça notre doctrine et elle est absolue car c’est Dieu qui nous a choisi et Dieu ne change pas. Etre une famille choisie signifie pour nous prémièrement respecter, et garder tous les preceptes propres au Kimbaguisme. Nous devons rester digne d’une famille élue par Dieu, c’est-à-dire respecter tous les dix commandements de Dieu, ne pas prendre de l’alcool, ne pas fumer, ne pas se laver nu, ne pas dancer, ne pas manger la viande de porc…Mais malheureusement, il y a une tendance, une frange des Kimbaguistes qui contestent cette même doctrine à laquelle ils ont adhérée et prône la méritocratie. Pourquoi ils l’ont accepté hier?
ARL: Justement en quoi consiste ce conflit qui oppose ceux qui s’inscrivent dans ligne de «descendance» de ceux qui prônent la «méritocratie» au sein de l’Église Kimbaguiste?
Tata Kisolokele Hyppolite: La crise est d’ordre doctrinaire. Il y a certaines personnes qui ne sont plus d’accord avec cette logique que je venais d’evoquer tout de suite là. Selon eux, le chef spirituel de l’Églisse Kimbaguiste peut sortir de n’importe quelle famille s’il est choisi par le Saint Esprit, ce qui contredit automatiquement la doctrine de l’Église Kimbaguiste. Il y a ceux que j’appelle «les gens de l’ombre» au sein du collège des «Bambuta» - les Ainées de l’Église – et certains jeunes Kimbaguistes qui ont adopté toute une autre vision de l’Église.
C’est en 2002 en Nkamba – un mois après le congrès général de notre Église qui a reaffirmé notre doctrine fondamentale - qu’ils ont conclus ce qu’ils appellent «Les Résolutions», lesquelles ils ont fait signer à Papa Papa Kiangani et qui stipulent qu’après Papa Papa Kiangani, l’actuel Réprésentant Légal et chef de l’Église, ils ne reconnaitront qu’un seul réprésentant légal au sein de la lignée de Papa Simon Kimbangu et non à la fois tous les 26 adjoints, c’est-à-dire les 26 membres que compte aujourd’hui sa descendance [c’est comme le modèle de l’Église Catholique ou le Pape n’a pas d’adjoint]. Ça c’est banaliser le Kimbaguisme.
Tous les vrais Kimbaguistes doivent combattre cette tendance qui est là pour divertir l’opinion. Ces gens ont des intérêts cachés. Je ne peux pas vous citer les noms, mais parceque le Kimbaguisme est une force non négligeable, avec des infrastructures et une institution bien organisée, ils veulent s’en servir pour des calculs politicièns. Ils veulent utiliser l’Église Kimbaguiste comme un tremplin à leur ambitions politiques. Nous qui sommes de la lignée spirituelle et biologique de Simon Kimbangu, nous étions forcement écartés de la gestion matérielle de l’Église universelle (les hopitaux, les écoles, et même le Centre d’accueil Kimbaguiste). Les fidèles qui soutiennent notre ligne conservatrice ont été chassés de l’Église et contraints à chercher réfuge à Mukoto à la maison de Papa Diangenda. Mais nous comprenons bien le jeu, car cette crise à été prophétisée par Papa Diangenda et l’Église va bien la surmonter. Mais pour le moment son image est ternie. C’est pourquoi nous nous sommes rétirés pour entamer le dialogue en vue de la reunification de l’Église. Nous avions même accepter la médiation de l’État Congolais et certaines conféssions réligieuses.
Mais nous, nous continuons de travailler. Nous venons de contruire une polytechnique à Kinshasa à Mongafula, mais les méritocratistes, eux n’ont rien construit jusqu’alors. Notre péoccupation majeure c’est de proteger la vraie doctrine Kimbanguiste. Nous, de la lignée de Simon Kimbangu, nous nous reunissons sans Papa Kiangani, l’actuel Réprésentant Légal et chef de l’Église. Nous sommes même empêchés de le voir, il y a de cela une année. C’est dommage qu’au moment ou Papa Kiangani a signé «Les Résolutions», il n’a pas mésuré, l’ampleur, les dégats et les conséquences qui suivraient sa signature. A la fin des comptes , pour resoudre cette crise, tous les faux Kimbaguistes à defaut de s’amender, doivent quitter l’eglise.
ARL: Les nationalistes ont toujours evoqué un lien étroit entre le Kimbaguisme et le nationalisme Congolais, que la lutte de Simon Kimbangu et de Patrice Lumumba est la même. Cela est-il encore vrai aujourd’hui?
Tata Kisolokele Hyppolite:
Pour tous les Congolais, Papa Simon Kimbangu était un nationaliste de la même envergure que Patrice Lumumba.Et ça c’est vrai. Simon Kimbangu a été le grand pionner de l’ndépendance politique , économique et spirituelle totale du Congo et de toute l’Afrique et demeure le symbole de la resistance. C’est dépuis 1921 qu’il a opposé la colonisation belge. C’est son fils Diangenda qui a payé [Maître Croqué?] l’avocat belge qui a défendu la cause de l’accesion rapide du Congo à l’indépendance. Un autre fils de Simon Kimbangu, Papa Kisolokele, en l’occurrence, a participé à la Table Ronde de Bruxelles.
Mais la lutte de Simon Kimbangu se situe à un autre niveau, plus haut que celle de Patrice Lumumba car Papa Simon Kimbangu était un envoyé de Dieu. En Simon Kimbangu, Dieu s’est manifesté à nous comme un homme noir. Mais est ce que le peuple Congolais a encore saisi la portée, la valeur spirituelle du message de Simon Kimbangu après l’avoir réjété avec toutes les conséquences que vous pouvez-vous imaginez dépuis l’indépendance en passant par le règne calamiteux de Mobutu jusqu’à la guerre d’agression aujourd’hui?
ARL: : Et pourtant il est dit que l’Église Kimbaguiste a embracé le Mobutisme à bras ouverts. On l’accusait même d’une certaine complicité avec Mobutu, qui, comme vous le savez, n’a pas seulement trahi Patrice Lumumba, mais pour des raisons de récupérations politiques, a déclaré à Nkamba même, lors des funéraille de Papa Diangenda que ce dernier lui a fait une révélation en 1958 selon laquelle, lui, Mobutu, était destiné à diriger le Zaïre et dès que cette prophétie s’accomplirait, il devrait proteger les Kimbaguistes?
Tata Kisolokele Hyppolite: Tata Diangenda était fonctionnaire de l’État à Kananga, quand Mobutu frequentait l’école des officiers militaires de Kananga. C’est là où ils se sont connus. Ils étaient tous membres de l’association des non-orginaires de Kananga. Mobutu, alors célibataire venait manger chez Papa Diangenda et ils se disaient bien des choses. Ils étaient donc des amis. Tata Simon Kimbangu et Tata Diangenda admiraient le courage de Mobutu qui prenait des risques en apportant clandestinement des lettres de Papa Diangenda à son père alors incarcéré. Mais si Mobutu a reigné pendant 37 ans, applaudi par tout le peuple Zairois pendant 37 ans, quand il se faisait élire à 99%, cette responsabilité incombe-t-elle aux seuls Kimbaguistes qui ne constituent d’ailleurs qu’une pétite frange de la population?
Ceci dit, le Kimbaguisme est apolitique. C’est pourquoi Papa Diangenda n’a pas accepté la proposition qui lui a été faite d’assumer le poste de président de la Conférence Nationale Souveraine sous Mobutu. L’Église Kimbaguiste ne jouit pas non plus des subventions de l’État. Tout ce que nous construisons comme infrastructures se construit avec l’argent contribué par les fidèles sous forme de Tsinchela – contributions, offrandes. On a même accusé Papa Diangenda d’avoir détourné l’argent de l’Église. C’est faux et archifaux. Papa Diangenda n’a pas volé l’argent de l’Église. Il l’a mi au service de l’Église. Il a construit des infrastructures avec. Bref, nous, nous respectons n’importe quelle authorité qui est là sans pourtant sacrifier la vérité.
ARL: Comment evaluez-vous le régime de Laurent Désiré Kabila? Nous savons que l’actuel Chef de l’État le Général Major Joseph Kabila, contrairement à son père, a foulé le sol de Nkamba à deux réprises dépuis qu’il a accédé au pouvoir.
Tata Kisolokele Hyppolite: Le message de Tata Simon Kimbangu est clair pour le Congo et pour l’Afrique toute entière: pour se developer , il ne faut pas comptez toujours sur l’assistance extérieures venant chez les blancs. C’est pourquoi l’Église Kimbaguiste prône l’auto-suffisance. Nous nous prenons entièrement en charge. Nous comptons totalement sur nos propres efforts dans tout ce que nous entreprenons et réalisons. L’Église Kimbaguiste sur ce point constitue un example pour le dévelopement auto-centré de l’Afrique. Je crois bien que c’est ce que Laurent Désiré Kabila a prêché et pratiqué, c’est pourquoi il a connu le même sort que Simon Kimbangu et Patrice Lumumba. Il a été abattu par ceux là même qui nous réfusent l’indépendance. Nous, nous allons bien apporter notre contribution au dévelopment du pays, mais nous restons apolitique. Ceci dit, nous nous félicitons de la médiation de l’État [de Joseph Kabila] dans la crise actuelle que traverse l’Église Kimbaguiste.
ARL: Avez-vous un dernier message à adresser à nos lecteurs?
Tata Kisolokele Hyppolite:
Ah oui! Vous autres journalistes, informez-vous bien. L’Église Kimbaguiste traverse bien une crise, mais il y a une certaine presse qui martèle nuit et jour que cette crise est due au fait que nous de la lignée de Tata Simon Kimbangu, nous nous battons pour l’argent. Je dis «NON». Moi, qui vous parle, je travaille pour subvenir aux besoins de ma famille, jai un boulot moi. Nous, nous battons pour que la doctrine de Simon Kimbangu soit preservée. Et par la prière nous allons surmonter cette crise.
Back to top |