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Joseph Kabila se confie au Figaro
Propos recueillis par Tanguy Berthemet [10 janvier 2005]
La tension est brutalement remontée ces dernières semaines entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), deux pays qui s'affrontent de façon plus ou moins directe depuis plus de cinq ans. Le conflit, qui a fait plus de trois millions de morts, a pourtant officiellement pris fin en 2003, le Rwanda ayant théoriquement retiré ses troupes. Toutefois, depuis la mi-décembre, Kigali s'affirme être sur le point d'intervenir à nouveau dans l'est du pays, où les milices hutus responsables du génocide de 1994 sont réfugiées. Le président congolais Joseph Kabila donne son point de vue au Figaro.
LE FIGARO. – Ces dernières semaines, des combats ont repris dans l'est de la RDC, mais Kigali nie toute implication...
Joseph KABILA. – En réalité, bénéficiant de la complicité d'une partie de l'ex-rébellion congolaise, les troupes rwandaises n'ont jamais définitivement et totalement quitté le territoire congolais. Leur présence était masquée par la confusion entretenue délibérément entre les Congolais dits rwandophones et les Rwandais. Seulement, avec l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire, cette présence ne pouvait plus être dissimulée.
C'est pour anticiper la découverte de militaires rwandais sur le territoire congolais que le président du Rwanda Paul Kagame a préféré menacer d'intervenir sur le territoire de la RDC sous le prétexte fallacieux de traquer les Interahamwe et les ex-FAR (NDLR : milices et ex-armée rwandaises auteurs du génocide au Rwanda en 1994). Malgré les dénégations embarrassées de la Monuc et les démentis peu convaincants des autorités rwandaises, il est de notoriété publique que les troupes rwandaises opèrent en territoire congolais.
LE FIGARO. - Pourquoi les troupes rwandaises interviendraient-elles ?
Les Rwandais ont toujours nourri des appétits territoriaux sur la RDC. Ils ont toujours rêvé d'annexer la province du Kivu. Dans le contexte actuel, l'agression rwandaise vise d'abord à perturber, jusqu'à son échec, le processus de transition en RDC. Les Rwandais craignent les retombées de la réussite de cette transition sur la politique interne du Rwanda ; surtout si, en plus, l'expérience de la démocratisation burundaise se révèle concluante. L'intervention rwandaise en RDC est aussi motivée par l'exploitation des richesses naturelles de notre pays.
LE FIGARO. - Vous avez engagé 10 000 hommes supplémentaires au Nord-Kivu. Ces troupes combattent actuellement des éléments d'un mouvement rebelle, le RCD, qui est intégré au processus de paix et dont les soldats sont censés intégrer l'armée régulière. Tout cela est-il compatible ?
Le contrôle de l'ensemble du territoire par l'autorité centrale est le préalable principal à la tenue des élections libres, objectif cardinal de la transition. L'importance du déploiement et son accélération sont dues à la montée des tensions qui règnent à l'est du pays. Ce climat est d'abord lié à la menace de l'intervention rwandaise. Ensuite, aux activités des troupes armées, notamment les Interahamwe (rebelles hutus rwandais) dont les populations congolaises font les frais. Enfin, à l'insoumission des militaires congolais dits rwandophones instrumentalisés par le Rwanda en vue de perturber le processus de transition.
LE FIGARO. - Jusqu'à quel point êtes-vous prêt à aller pour rétablir la paix au Congo?
La RDC tient à sauvegarder l'inaliénabilité de son indépendance. Nous mobiliserons donc toutes nos potentialités et toutes nos ressources naturelles et humaines pour la défense de notre intégrité territoriale.
Aucun pays, quel qu'il soit, ne saurait nous narguer ou nous défier indéfiniment. Le peuple congolais est un peuple pacifique. Il est victime de la folie de grandeur de ses voisins. S'il y a déclenchement d'une troisième guerre au Congo, ce que je ne crois pas, ça ne sera pas de notre r
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