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Distribution d’armes à l’Est : Human Rights Watch dénonce la main criminelle de Eugène Serufuli Rutshuru, Masisi, un nouveau rapport interpelle Joseph Kabila et le Conseil de sécurité. Après la britannique Amnesty International, c’est l’américaine Human Rights Watch qui accuse Eugène Serufuli, Gouverneur Rcd-Goma du Nord-Kivu de distribuer des armes à des milices à Rutshuru et dans le Masisi, jetant ainsi de l’huile sur une chaudière. Le silence du Vice-Président Azarias Ruberwa, parrain de la carrière du chef de milice mal converti et chargé du secteur de la Défense et de la Sécurité dans le Gouvernement étonne
Kinshasa , 15.07.2005 | Politics
(New York, 13 juillet 2005)-L’armement des civils par des responsables de l’Est du Congo a accru le risqué de nouvelles violences et a sapé les efforts des Nations unies pour stabiliser cette région en effervescence, estime Human Rights Watch dans un rapport publié mercredi l3 juillet 2005. Les factions rivales de l’armée congolaise, qui se sont affrontées en décembre, ont exécuté des civils, violé de nombreuses femmes et filles dans trois villes du Nord-Kivu, province instable de l’est de la République démocratique du Congo. Les victimes ont été ciblées en fonction de leur appartenance ethnique et de leurs loyautés politiques supposées. Ces abus ont été exacerbés par les responsables du gouvernement local qui a armé des civils hutus non formés dans les mois qui ont précédé ces affrontements.
«
L’armement des civils dans un contexte de tension ethnique et de conflit est irresponsable et dangereux», souligne Alison Des Forges, conseillère spéciale pour l’Afrique de Human Rights Watch. « Le gouvernement congolais et les forces de maintien de la paix de l’Onu doivent prendre des mesures immédiates pour désarmer les civils et réduire les tensions locales », ajoute-t-elle.
Dans un rapport de 38 pages intitulé « RD Congo : Attaques contre des civils au Nord-Kivu », Human Rights Watch rapporte des crimes de guerre circonstanciés et autres graves violations des droits humains commis lors des affrontements de décembre. L’échec à intégrer les anciens groupes combattants dans les rangs d’une armée nationale unifiée, apparaît comme l’une des causes majeures du conflit, l’autre étant les tensions ethniques ravivées au Nord-Kivu. Certains des civils nouvellement armés ont en effet pris part aux violations des droits
humains.
Les soldats du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma), ancien mouvement rebelled pro-rwandais devenu parti politique, qui siège au gouvernement congolais de transition, ont affronté les troupes de l’armée congolaise en décembre afin de défendre le contrôle du mouvement sur son ancien fief du Nord-Kivu. Ces combats se sont déroulés dans un contexte de tension croissante contre le Congo et le Rwanda. Le Rwanda a soutenu le RCD-Goma pendant la guerre qui a pris fin avec le retrait officiel des troupes étrangères du territoire congolais en 2002.
Dans les mois qui ont précédé ces combats, les responsables
administratifs et militaires de la province du Nord-Kivu loyaux à Eugène Serufuli, confirmé à la tête de l’administration provinciale de Goma par décret du président Joseph Kabila sur proposition d’Azarias Ruberwa, ont distribué des milliers d’armes aux civils Hutus de la province. Eugène Serufuli, un infirmier de l’hôpital de Goma membre de la communauté rwandophone du Nord-Kivu, est lui-même deuxième vice-président du Rcd-Goma.
C’est à la veille de la conclusion de l’Accord global et inclusif que Serufuli avait reçu des fonds et des armes du Congo desk de Kigali (phalange extrémiste au sein de l’armée rwandaise) pour préparer une énième rébellion à la frontière commune entre les deux pays au cas où les représentants du Rcd-Goma s’éloigneraient peu ou prou des projets hégémonistes du régime rwandais au Congo. Tous les observateurs contactés localement sont d’avis qu’il s’agissait là d’une tentative du gouverneur et de ses mentors de contrer les plans de réunification du territoire congolais par le gouvernement national basé à Kinshasa, afin de garder le contrôle de cette región stratégique, frontalière du Rwanda.
Plusieurs notables locaux ont été menacés, et au moins l’un d’entre eux a été tué, pour s’être opposés aux distributions massives d’armes en pleine période de pacification. Dans le chef-lieu de la province, Goma, cinq activistes congolais des mouvements des droits humains qui dénonçaient ces distributions d’armes et les abus perpétrés en décembre ont été menaces et ont de quitter la
ville.
Les distributions d’armes aux civils du Nord-Kivu illustrent une fois encore le problème de la prolifération des armes de petit calibre en Afrique centrale, qui a fait l’objet cette semaine d’une réunion des Nations unies à New York, consacrée au trafic illicite de ce type d’armes. En 2003, suite au conflit brutal qui a
ensanglanté le pays, le Conseil de sécurité de l’Onu a imposé un embargo sur les armes à destination de l’Est de la République démocratique du Congo. Cet embargo s’est récemment étendu à l’ensemble du pays.
« Le gouvernement congolais doit collecter et se débarrasser de toutes les armes à feu, détenues illégalement par des civils dans la
partie orientale et instable du pays », insiste Alison Des Forges. « Et tous les pays de la région doivent respecter l’embargo de l’ONU sur les armes à destination de la RDC ».
Les soldats et les
forces irrégulières de tous bords ont commis des viols et assassinats de civils, ainsi que des pillages à grande échelle, pendant la semaine et après des violents combats de décembre à Kanyabayonga et dans d’autres localités du Nord Kivu. Une femme a rapporté à Human Rights Watch que deux de ses filles ont été tuées quand les combattants du Rcd-Goma ont ouvert le feu sur une foule dans une église.
Dans un village hutu, les combattants Mayi-Mayi – une milice locale hostile au Rwanda et au Rcd-Goma – ont lancé une grenade en pleines noces, tuant plusieurs des invités dont un enfant de trois ans porté au dos par une femme. Les combats et les pillages à Kanyabayonga et dans la ville de Nyabyondo par des éléments non encore identifiés, ont forcé des dizaines de milliers d’habitants à fuir dans la forêt où ils étaient hors d’atteinte de l’aide humanitaire. Ces derniers mois, la mission de maintien de la paix de l’Onu, la Monuc, et les Forces armées de la République démocratique du Congo, ont conduit une campagne de désarmement jugée sérieuse par les habitants dans le district de l’Ituri,
dans le Nord-Est du Congo. Mais ils n’ont pas réussi à mettre en place une stratégie pour le Nord-Kivu.
Depuis les combats de décembre, plusieurs incidents violents ont éclaté entre factions rivales de l’armée, causant des morts parmi la population civile. Le 30 juin à Goma, les affrontements entre d’anciennes forces du Rcd-Goma et
des Mayi-Mayi ont fait tríos morts parmi les combattants et quatre parmi les civils. Le 2 juillet, des combattants nouvellement intégrés et cantonnés dans un camp militaire aux abords de Goma ont incendié plusieurs huttes dans un village proche, peuplé de Hutus et de Tutsis, pour venger la mort d’un soldat tué, selon les informations, par un civil armé.
« Les civils ont subi les violents effets des combats internes à l’armée congolaise »,
indique Des Forges. «Les soldats et leurs officiers doivent en être tenus pour responsables. Perpétrer l’impunité ne fera qu’ajouter de nouvelles tensions et de nouveaux abus».
On a du mal à
comprendre qu’avec toutes les preuves qui s’amoncellent sur sa culpabilité dans ce regain de violence criminelle au Nord-Kivu, Eugène Serufuli continue à diriger cette province comme si de rien n’était. Si Azarias Ruberwa y trouve son compte (ce qui est bon pour le Rwanda étant bon pour son Rcd-Goma), le Chef de l’Etat qui a tout à perdre en laissant les mains libres à Serufuli devrait envisager au minimum une enquête et des mesures conservatoires à son encontre. Quant à la Communauté internationale, elle gagnerait en crédibilité si elle mettait pour une fois ses menaces de sanctions à l’encontre des perturbateurs du processus de transition en bloquant les comptes de Serufuli à l’étranger (Afrique du Sud) et en l’interdisant de séjour dans les pays membres des Nations-Unies.
Souirce: La Tribune de la Nation
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