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Sud-Kivu : Le Rcd n’est qu’une caisse de résonance des stratégies hégémonistes et déstabilisatrices du Rwanda de Kagame en Rdc
La mission de Ruberwa et de ses amis consisterait à « distraire les autorités congolaises et la communauté internationale pendant que leurs mentors de Kigali pillent l’Est de la Rdc », selon l’africaniste qui considère le Rwanda comme la plus grande menace au processus des élections en Rdc
Kinshasa , 23.07.2005 | Politics
C’est dans les colonnes de notre excellent confrère belge (flamand) ‘Humo’ (édition du 12 juillet) que l’horreur vécue au quotidien par les RD Congolais du Sud et Nord Kivu est décrite dans toute sa nudité. Au début du mois, la rédaction de Humo avait reçu un colis en provenance de l’Est du Congo. Ce colis contenait des photos horribles d’un massacre qui a eu lieu à Nindja, une petite ville située à 60 kilomètres de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu.
Des membres coupés, des visages d’enfants morts brûlés, des crânes fracassés avec des machettes, des cadavres éventrés : la terreur sans fards à l’Est du Congo. L’expéditeur, un missionnaire qui a préféré garder l’anonymat (on le comprend) et qui ne croit pas à l’aboutissement du laborieux processus de paix et de normalisation en cours dans le pays. « Ici, nous ne pouvons pas prendre au sérieux les élections générales qui viennent d’être reportées jusqu’au mois de mars 2006 par le Parlement. Comment pourra-t-on voter ici ? Ici nous n’avons même pas un bout de crayon », écrit le missionnaire.
Les photos datent en fait de fin avril. Elles ont été prises après une énième razzia nocturne perpétrée par une bande de malfrats qu’on appelle Rastas : des groupes mettant ensemble des Interahamwe devenus incontrôlables, des Hutus extrémistes qui avaient fui le Rwanda, et des Mayi-Mayi, anciens résistants congolais qui en principe devraient faire partie de la nouvelle armée unifiée. Mais ce n’est pas le cas.
La région continue à être terrorisée par toutes sortes de bandes armées lourdement équipées qui se livrent un combat impitoyable pour le contrôle de chaque lopin de terre. On sait que l’Est du Congo est la région la plus riche du monde : dans le sous-sol on y trouve tout le tableau de Mendeleïev.
L’universitaire anversois Filip Reyntjens, professeur de politique et de droit africain, a déjà vu les photos avec une émotion qu’il ne peut dissimuler. Même si sur la toile il voit tant de choses horribles dit-il et d’habitude il s’enfuit immédiatement : « on ne s’habitue jamais à l’horreur », avoue-t-il.
Entretien :
Philippe Reyntjens : « les Rastas sont une des nombreuses bandes qui insécurisent l’Est du pays. On ne peut pas parler d’une organisation. La seule chose qui les lie est leur état de sauvagerie : certains parmi eux errent déjà depuis dix ans. Dans une situation pareille on perd tout trait d’humanité.
Je doute très fort que les Interahamwe, les Hutus extrémistes qui ont provoqué le génocide, existent encore. Depuis longtemps ce mouvement s’est complètement disloqué. Seulement pour les dirigeants actuels du Rwanda la terminologie qui fait référence à ce drame est encore très utile. En continuant à l’utiliser, le pouvoir en place à Kigali voudrait donner l’impression qu’il continue à être menacé par des Hutus extrémistes opérant à partir de l’Est du Congo. Le Président Rwandais Paul Kagame a toujours trouvé un alibi rêvé pour envahir régulièrement le Congo ; ainsi il maintient son contrôle sur des régions entières dans l’Est du Congo.
Ceux qu’on appelle les génocidaires du Rwanda existent bel et bien mais leur nombre est fortement exagéré. Ce n’est pas tout le monde qui combat le régime rwandais actuel qui est génocidaire.
Humo : la semaine passée la force de paix des Nations-Unies a commencé une offensive contre les milices hutu rwandaises qui terrorisent l’Est du Congo. Cette opération est-elle justifiée ?
Reyntjens : “Elle l’est complètement : les milices hutu commettent des crimes extrêmement atroces : elles enlèvent, violent, assassinent des centaines de gens chaque mois. Mais la question reste ouverte : que faut-il faire avec ces rebelles ? En théorie il y a trois possibilités : ou ils retournent au Rwanda, ou ils sont installés ailleurs, ou - dernière possibilité qui ne vaut que pour leurs dirigeants - ils sont amenés devant le Tribunal international pour le Rwanda à Arusha pour répondre de faits criminels éventuels.
En tout cas le retour au Rwanda n’est pas évident, même pas pour des Hutus modérés. Le Fdlr, le mouvement rebelle des Hutus, exige qu’il soit politiquement actif au Rwanda. Mais nous savons tous que dans le Rwanda d’aujourd’hui, il n’y a pas de place pour une opposition, et certainement pas pour une opposition hutu. Kagame est un dictateur.
Sous la pression de la communauté internationale, le Rwanda, en 2002, a retiré ses troupes de l’Est du Congo. Mais cela ne signifie pas que ce pays ne contrôle plus cette région, la seule différence c’est que les choses se font à l’heure actuelle de façon plus ou moins subtile. Par le biais du Rcd-Goma, par exemple, le mouvement rebelle congolais qui fait maintenant partie du gouvernement de transition de Kinshasa et qui n’est rien d’autre que la caisse de résonance des intérêts de Kigali. Mais aussi par le biais de ce que le rapport de l’Onu appelle des réseaux d’élites qui ont organisé une économie de pillage dans la région des Grands Lacs avec des tentacules au niveau internationale : le Rwanda est tout simplement occupé à vider l’Est du Congo au nez et à la barbe des autorités congolaises que le Rcd-Goma se charge de distraire et de la Communauté internationale.
En 1996, 61% du Produit intérieur brut (Pib) rwandais, provenait du diamant, du coltan (colombo-tantalite) et de l’or congolais. C’est gigantesque. A ce jour, les exportations des produits proprement rwandais générant des devises étrangères ne représentent qu’à peine 0,4% du Pib.
Il ne s’agit pas uniquement du coltan, du diamant et de l’or mais aussi du bois, de l’ivoire et du café. Les Rwandais continuent comme auparavant à faire main basse sur tout ce qui n’est pas trop lourd ou trop chaud pour être emporté. Amnesty international a publié un rapport la semaine passée qui met en évidence que les hommes politiques, les militaires et les hommes d’affaires rwandais organisent en retour l’importation des mitraillettes, des munitions, d’armes lourdes et même des tanks pour justifier et sécuriser « leurs petits commerces au Congo. A cet égard, on peut dire que le Rwanda est la plus grande menace pour le processus de paix au Congo ».
Humo : Mais pour l’Occident, Kagame reste toujours un interlocuteur privilégié. Est-ce qu’il fait tout cela en mettant à profit ce que l’on appelle le « crédit génocidaire » ?
Reyntjens : « La Communauté internationale est écrasée par un profond sentiment de culpabilité pour n’être pas intervenu quand, il y a onze ans, le génocide a éclaté au Rwanda. Près de un million de Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés en moins de cent jours. Trois quarts de Tutsis autochtones du Rwanda avaient été exterminés. Les membres du Front Patriotique Rwandais, le Parti de Kagame, abusent de cette situation et se plaisent très bien au rôle de victimes. Et depuis lors, personne n’ose critiquer ce régime. Un régime qui entre temps a déjà massacré des dizaines de milliers de Hutus ».
Humo : Au début de cette année vous avez suspendu votre collaboration au bureau du Procureur du Tribunal international pour le Rwanda parce que vous refusiez de continuer à participer à ce que vous aviez appelé la justice des vainqueurs.
Reyntjens : « Bien sûr. Le Procureur doit poursuivre les gens et il ne le fait pas de façon conséquente : il ne touche jamais au Front Patriotique Rwandais. Le Tribunal International d’Arusha pour le Rwanda n’a pas été créé pour juger uniquement des faits de génocide mais aussi les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Et sans aucun doute le Fpr en a commis. Le Procureur semble négliger sa mission. Il doit combattre l’impunité. Alors je dois constater qu’il n’exécute pas sa mission : il n’ose pas s’attaquer aux gens qui sont au pouvoir. Ainsi il encourage davantage l’impunité. En outre il ne contribue nullement à l’instauration d’un climat de réconciliation nationale, un autre des objectifs assignés au Tribunal ». (A suivre…) (Jdn)
Source: La Tribune de la nation
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