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Viols de destruction massive: L'Université de Genève a produit un CD de témoignages de victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo.
MIGUEL OTERO, Paru le Mardi 24 Mai 2005
«Entre octobre 2002 et février 2003, on estime qu'environ 5000 femmes ont été violées dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).» Soit une moyenne de 40 viols par jour! Les chiffres avancés hier par Jean-Pierre Gontard de l'Institut universitaire d'étude du développement (IUED) font froid dans le dos. Mais ils révèlent un phénomène qui a tendance à être oublié. C'est justement cette banalisation que la Passerelle de l'Université de Genève1 a voulu dénoncer par la réalisation d'un CD intitulé «la tragédie répétée» et présenté hier lors d'une rencontre sur le thème des «violences sexuelles comme armes de guerre».
Cette production, destinée à sensibiliser le public ainsi que les ONG et autres associations2, regroupe divers témoignages de victimes de violences sexuelles dans la région orientale de la RDC, recueillis entre février et mars 2004.
«Cela nous semblait inconcevable que des milliers de femmes soient violées et humiliées sans que l'opinion publique ne s'en émeuve», explique Didier Raboud, l'un des initiateurs du projet3. Et d'ajouter: «L'idée de se contenter d'un document sonore permet de ne pas tomber dans le pathos ou le voyeurisme.»
CIBLES ET SÉQUELLES
Rappelons que la RDC a été déchirée, de 1998 à 2003, par une véritable guerre régionale qui a fait quelque 4 millions de morts (lire notre édition du 8 mars 2005). «Dans ce genre de conflit, le viol est souvent utilisé pour terroriser les populations civiles ou comme instrument de torture», souligne Roland Anhorn, de la Direction du développement et de la coopération (DDC).
Selon lui, les violences sexuelles sont de véritables armes de guerre utilisées pour atteindre des objectifs militaires: briser la résistance d'une communauté, intimider ou extorquer des renseignements, récompenser les combattants... «Les femmes constituent également des cibles privilégiées en raison du rôle central qu'elles prennent dans le noyau familial une fois les hommes enrôlés dans la guerre.» Et bien souvent, à l'instar de ce qui se passe en RDC, les viols continuent malgré la fin des combats... Ces violences ont des répercussions médicales très graves: maladies sexuellement transmissibles, sida, grossesses non désirées, traumatismes psychologiques... Et il n'existe quasiment aucun moyen de faire face à ces séquelles si ce n'est par l'action d'ONG locales.
«Mais les suivis psycho-sociaux organisés s'avèrent très légers», indique M. Raboud. Et Roland Anhorn d'ajouter: «Les groupes armés s'en prennent même aux assistantes sociales qui participent aux programmes de soutien.»
PEUR DU REJET
Plus grave encore, l'impunité qui entoure ces exactions est, dans la grande majorité des contextes, totale. D'une part, «peu de femmes portent plainte contre les violeurs, craignant entre autres l'isolement social qui accompagne le fait de se présenter ouvertement comme victime d'un viol», relève M. Gontard. La peur d'être mise à l'écart empêche même certaines victimes de chercher une aide médicale.
D'autre part, il est rare que les auteurs de ces crimes – qui sont des violations graves du droit international humanitaire et définis comme telles dans le Statut de Rome (qui a institué la Cour pénale internationale) – fassent l'objet de poursuites. Mais «comment porter plainte alors que je ne connais même pas les gens qui m'ont violée et que notre pays est en pleine rébellion. Ici, il n'y a pas de justice», confie l'un des témoignages du CD.
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