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La France piège Joseph Kabila et trahit la République Démocratique du Congo
Tout bien considéré, la véritable menace qui guette aujourd’hui la République Démocratique du Congo demeure bien la mesquinerie de la France
Magg Mikombe | Le Communicateur
Kinshasa , 17.03.2005 | Politics
Après d’âpres et orageuses discussions (dans le secret), les USA, la France et la Belgique ont fini par trouver un protocole d’accord sur la République Démocratique du Congo. Ainsi, à la France revient la présidence de la République. C’est elle qui doit désigner un candidat viable que les deux autres doivent soutenir et conduire à la victoire aux prochaines présidentielles.
Ayant misé aussi gros que la France, la Belgique a perdu, sans autre forme de procès, devant son aînée. Alors, pour compenser ce manque à gagner énorme, elle a exigé, sans aménité, la primature et la présidence du futur parlement. De leur côté, les USA ont décroché un secteur vital et stratégique la Défense, la Sécurité et les Finances. Et ce secteur hautement sensible sera confié aux rwandais sous l’étiquette banyamulenge.
Si on sait avec assurance que le pays de Léopold II tient à tout prix à faire d’Olivier Kamitatu le primaturable tant désiré, chez Charles de Gaule, le nom du candidat principal aux présidentielles sera prochainement avancé. Mais en attendant, il reste établi que toute la mouvance politique congolaise pro Paris sera mise à contribution. Z’Ahidi Ngoma, par exemple, sera le parfait faire-valoir du candidat principal.
C’est souvent des faits anodins qui éclairent les initiés. Tout le monde a presque oublié la « bande » de Karel de Gucht distribuant des biographies à bord de l’avion le conduisant au Congo. On était vraiment loin d’un fait divers. Il s’agissait d’un coup fatal dirigé contre la France.
Convaincu que le candidat idéal que Paris pourrait présenter dans les circonstances actuelles demeure Joseph Kabila, Bruxelles a transposé la guéguerre sur le plan politique. Il faut, coûte que coûte, salir celui sur qui la France pourrait jeter son dévolu et ainsi le rendre peu viable, si pas du tout viable.
Car, le protocole d’accord est précis. Il ne s’agit pas de présenter vaille que vaille un candidat. Il en faut un de viable, surtout pour les présidentielles. Et la viabilité, ici, veut dire un candidat capable de grappiller suffisamment de voix pour permettre d’endosser la lourde responsabilité de proclamer sa légitimité. Les trois partenaires occidentaux ne sont pas dupes. Ils savent, avec beaucoup de pertinence, que les prochaines présidentielles déboucheront sur un inévitable cocktail de contestations.
Or, la Belgique, en dépit du protocole, ne s’avoue pas encore vaincu dans la course pour la magistrature suprême au Congo. D’autant plus que le parrain Oncle Sam n’est pas preneur pour cette course. D’où, empêcher la France de présenter son candidat viable revient à l’écarter de la fameuse course. Le terrain ainsi déblayé, Bruxelles va s’empresser de défendre sa candidature, suivant en cela le vieux plan de l’obstiné Louis Michel.
En 1885, il y eut la conférence de Berlin au terme de laquelle l’Afrique fut géographiquement découpée et partagée entre les nations européennes. Aujourd’hui, on assiste, impuissant, à un nouveau Berlin. Politique cette fois. Le butin à partager en termes de zones d’influence : la République Démocratique du Congo. A chaque tournant décisif de l’histoire congolaise, une tripartite obscure fait toujours son apparition. Appelée Troïka, elle vient de totaliser 8 ans d’éclipse (depuis le 17 mai 1997). La voilà qui refait surface.
Le grand danger
Tout bien considéré, la véritable menace qui guette aujourd’hui le Congo demeure bien la mesquinerie de la France. C’est à cause d’elle et son « opération turquoise » que notre pays se trouve plongé dans un cycle dé déchéance sans appel. A la merci du despote Kagame et de ses hordes maléfiques.
Au lieu de s’impliquer sincèrement à sortir la RDC de l’ornière, Paris joue au parfait hypocrite international, préférant caresser Washington dans le sens du poil en vue de récupérer un tant soit peu son fromage bêtement lâché dans la région des Grands Lacs au profit des astucieux yankees.
Oubliant que le Renard de Jean de la La Fontaine n’avait jamais rendu (et ne le rendra jamais) son fromage au corbeau, Paris rêve de l’indulgence des Anglo-saxons. Pourtant, elle avait commis une erreur mortelle. Celle dont soit on endure avec honneur les conséquences, soit on relève le défi avec bravoure.
Malheureusement, la France choisit la capitulation et épouse la lâcheté. Faire placer un chef d’Etat dans un contexte où la Défense, la Sécurité et les Finances sont contrôlées par le Rwanda est une enfantine naïveté. Car, à terme et cela quand tous les rouages seront cernés, le Rwanda prendra tout le pouvoir au Congo. C’est pour cette raison que Joseph Kabila doit faire échec aux manœuvres de la France occupée à lui passer le marché d’une magistrature suprême complètement hypothéquée. Dans la Troïka, la France négocie en position de faiblesse, dans la honte et la gêne d’avoir à constater sa puérile naïveté ainsi que sa lecture en dessous de la moyenne faite de l’histoire depuis la perestroïka en ce qui concerne l’Afrique.
Alerte et devancière, la politique américaine avait déjà placé ses balises à 10 années d’avance de la France. Pendant que celle-ci, nostalgique d’un passé dont elle n’avait que très peu profité par rapport à Washington, s’occupait à défendre tous les régimes honnis du continent.
Connaissant l’attachement immodéré de Paris pour les vestiges, l’Amérique lui a tendu un piège savant en Afrique. Ainsi, lorsque les troupes de l’Apr campent aux portes de Kigali et Juvénal Habyarimana négocie tant bien que mal avec le Fpr, Paris est loin de comprendre que la Cia a décidé de l’entraîner dans un impitoyable traquenard dont l’acte final devait s’écrire avec la sortie de la France officielle de ses limites territoriales.
Et tout bêtement, la France a répondu coup sur coup aux attentes yankee. La pièce du génocide rwandais s’est écrite dans les officines de l’Agence américaine, elle s’est vue brillamment exécutée par Kagame et Paris en a bêtement porté le chapeau.
Alors, pour rien au monde, le Congo ne doit payer la facture de la honte française. Au lieu de nous distraire avec des solutions où tout est perdu d’avance, le pays de Charles de Gaulle doit tirer toutes les conséquences de sa bavure africaine. Lui que l’Oncle Sam a intelligemment délogé du continent noir.
Des signes qui ne trompent guère
N’est-ce pas révélateur le fait qu’aujourd’hui, le Népad, dont le principal sponsor demeure l’Amérique, s’anime à partir du Sénégal, tout comme Chirac se voit désormais obligé de se disputer la Côte d’Ivoire avec Thabo Mbeki pourtant l’un des gendarmes de l’Amérique en Afrique ?
La France n’a pas de choix : elle doit peser de tout son poids (elle en a en dehors de son hypocrisie) pour qu’une véritable mission de pacification de l’Est se mette en place. Sous l’égide de l’Union européenne et de la Communauté internationale, cette mission aura pour rôle essentiel de désarmer, puis rapatrier les Interahamwe (que l’opération turquoise déversé au Congo) au Rwanda.
Elles son nombreuses et semées d'embûches: la loi sur la nationalité doit encore être votée, ainsi que la constitution, dont la rédaction vient d'être terminé; le désarmement des groupes armés et la création d'une armée nationale unifiée doivent avoir atteint un niveau significatif (de nature à empêcher le ou les perdants de reprendre les armes après le scrutin); le financement de l'exercice ($280 millions) doit être assuré, l'Union Éuropéenne ayant déjà promis $100 millions.
La RDC n’a que faire des prétentions belges sur sa souveraineté tout comme de Gucht. C’est la France qui a transformé notre pays en passoire. C’est elle qui nous a livré pieds et poings liés aux anglo-saxons. Lesquels nous ont placé un garde-chiourme sans scrupule : Kagame.
La France ne doit pas se tirer d’affaires par la petite porte. En feignant de nous aider alors qu’elle se bat plus pour redorer son blason terni. Pour avoir un jour déverser, dans une précipitation suspecte, ses déchets d’usine politique en RDC, nous en payons aujourd’hui un lourd tribut. Radioactivité oblige. Mais entre son honneur et la justice à rendre au Congo, la France aura-t-elle assez de courage pour ne pas sombrer comme Camus qui a dit aimer la justice, mais tout en précisant qu’entre cette dernière et sa mère, il défendrait volontiers la dernière citée ?
C’est la seule façon pour la France de sortir grande du dilemme des Grands Lacs et de se layer de tout l’opprobre qui l’a longtemps couverte. De son côté, Joseph Kabila ne doit même pas prêté l’oreille à toute sollicitation française. Pour le salut du Congo.
En effet, désarmer les Interahamwe et les rapatrier au Rwanda, c’est ôter à Kagame tout prétexte sur le Congo. Et c’est en même temps libérer notre pays de tous les rwandais soumis qui se cachent désormais sous l’étiquette banyamulenge ou rwandophones dont se sert brillamment le bloc anglo-saxon pour tailler sur mesure une Afrique à la dimension des rêves washingtoniens.
La RDC n’a que faire des prétentions belges sur sa souveraineté tout comme de Gucht. C’est la France qui a transformé notre pays en passoire. C’est elle qui nous a livré pieds et poings liés aux anglo-saxons. Lesquels nous ont placé un garde-chiourme sans scrupule : Kagame.
La France ne doit pas se tirer d’affaires par la petite porte. En feignant de nous aider alors qu’elle se bat plus pour redorer son blason terni. Pour avoir un jour déverser, dans une précipitation suspecte, ses déchets d’usine politique en RDC, nous en payons aujourd’hui un lourd tribut. Radioactivité oblige. Mais entre son honneur et la justice à rendre au Congo, la France aura-t-elle assez de courage pour ne pas sombrer comme Camus qui a dit aimer la justice, mais tout en précisant qu’entre cette dernière et sa mère, il défendrait volontiers la dernière citée ?
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