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Le cri des habitants de Luhwinja et de Burhinyi, Sud-Kivu, République Démocratique du Congo
Un habitant des Chefferies de Luhwinja et de Burhinyi prend le courage de parler et décrit l’état d’oppression que la population vit depuis le commencement de la guerre en 1996. Les oppresseurs de cette population sont des Rwandais, surtout Hutus, qui habitent la forêt et des Congolais qui collaborent avec eux. Le témoignage de cet homme laisse entrevoir des soutiens lointains de cet état de choses.
20.06.2005
Une population écrasée
Luhwinja et Burinyi sont deux chefferies situées au sud-ouest de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu. Elles sont constituées de collines verdoyantes et d’une large étendue de forêt. Dans ce paysage paradisiaque, la population a longtemps vécu paisiblement, s’adonnant à l’agriculture, à l’élevage du petit et du gros bétail ou à la recherche de minerais dans la forêt. C’était le beau temps où rien ne manquait.
Il est déconcertant de voir qu’aujourd’hui un grand nombre de familles souffrent de la malnutrition à Burhinyi et Luhwinja. Cela fait pitié de constater le changement d’aspect des hommes et des femmes jadis dynamiques à cause du manque de nourriture. Il semble loin le temps où les habitants de Burhinyi fournissaient à la population de Bukavu l’essentiel de son alimentation (manioc, bananes, pommes de terre, colocases, haricots…).
Il y a de quoi souffrir à l’idée qu’aujourd’hui, les habitants de Burhinyi et de Luhwinja doivent se rendre chez le Mwami Mubeza, à Kilungutwe pour y ramener un panier de manioc. Beaucoup de familles restent sans parents et les orphelins, abandonnés à eux-mêmes se nourrissent difficilement, s’habillent avec grand’ peine, sursautent d’angoisse dans leur sommeil troublé même par le passage d’un rat. La peur a eu raison de tous, nos esprits ayant perdu toute quiétude. Pour minimiser les risques de massacre de toute la famille, les membres dorment en des endroits différents de manière que celui qui est attaqué puisse appeler les autres au secours. Notre pauvreté est telle que nous mendions des vêtements pour nous couvrir alors que notre pays est riche ; notre malheur est profond !
Tout ceci est le résultat de l’absence de paix et du mépris délibéré des droits humains. En cause : les Hutu, fussent-ils Interahamwe, FDLR et autres Rastas, mais aussi des Congolais. Ces hommes qui sont partout sur notre territoire, maltraitent sadiquement les villageois à toute heure du jour et de la nuit. Si un autochtone sème des haricots, à l’approche de la récolte, ces « Warugaruga » arrachent tout le produit du champ et récoltent là où ils n’ont pas semé. Nous leur avons donné ce nom infamant parce qu’ils sont ennemis de la paix et du développement.
Ayant remarqué que la population était au bout de ses ressources, ils ont exigé de chaque famille une cotisation hebdomadaire : chaque personne adulte doit leur donner soit cinq carottes de manioc, soit dix bananes mûres, ou des ananas. Obligées par la peur et par l’instinct de conservation de la vie, les familles ont accepté cette humiliation. Cette nourriture doit être amenée par quelques personnes là où habitent les FDLR. Pour un colis de 50 Kg, on mobilise cinq jeunes. Si les FDLR jugent que la contribution est insuffisante, ils frappent ces jeunes et font de l’un d’eux un prisonnier dont la libération sera obtenue après le paiement d’une rançon de 100$.
Ces ennemis de la paix arrivent la nuit, munis d’une liste détaillée des biens de la famille visitée qui ne s’étonne pas de la formule déjà très connue : « Choisissez la vie ou la mort ! Donnez-nous telles et telles choses » . Si l’on résiste, un membre de la famille est enlevé jusqu’à un endroit inconnu pour y subir la subit torture réglementaire. Par la suite, la famille reçoit la lettre à la formulation consacrée : « Nous gardons votre frère. Si vous voulez qu’il rentre chez vous, donnez-nous autant de dollars ». Ils accordent un délai de 24 heures pour rassembler et apporter l’argent demandé. Si au paiement de la rançon, la famille s’entend dire « On l’a emmené quelque part où vous ne pouvez pas arriver », le doute n’est plus permis : l’être cher a été tué et en pareille circonstance, le corps n’est jamais rendu à la famille.
Il n’est pas rare les Warugaruga en colère brûlent les maisons des personnes absentes alors qu’elles étaient recherchées. Dans le temps, nous creusions l’or et la cassitérite et cela nous permettait de compléter les revenus des champs et de l’élevage. [1] Aujourd’hui, chercher l’or est une entreprise trop risquée. Ventre affamé n’a point d’oreilles, dit-on, aussi, la misère profonde aidant, certains téméraires bravent les interdits en allant chercher l’or et d’autres minerais dans la forêt. Ils partent de Luhwinja lundi, marchent trois jours et trois nuits avant d’atteindre les sites miniers où ils ne travailleront pas moins de trois semaines et trouveront ce que la bonne étoile leur aura réservé. Chaque semaine, ils sont obligés de donner aux Warugaruga une portion des minerais trouvés. Aux barrières sur la route du retour à la maison, ils devront remettre 1 kg sur 5. S’ils ont de la chance, ils laissent 10% à chaque barrière et ils peuvent arriver avec le reste à Bukavu. Si les creuseurs trouvent une petite quantité de cassitérite, il vaut mieux pour eux de la vendre aux collaborateurs des Rastas qui achètent en leur nom à bas prix.[2]. Si un creuseur n’a pas la cassitérite exigée par les Rastas, il est tué sur place. S’il a de la chance, il est obligé de transporter les colis du minerai confisqué par les Rastas jusqu’à leur camp. Si le malheureux pèse moins de 50 kg et qu’il doit transporter une charge de 100 Kg qu’il supporte mal, les Rastas le tuent d’une balle bien placée non sans lui dire : « Tulipata risasi kwa ma dollars lakini utaipata kwa bure » (Nous avons obtenu les munitions en payant des dollars, mais toi, tu vas en recevoir une gratuitement !). Ils font de même si le creuseur, en transportant les colis, tombe à terre deux ou trois fois. Dans tous ces cas, les Rastas abandonnent le corps, à charge pour les creuseurs qui passeront de l’enterrer. Les creuseurs que j’ai rencontrés ont déjà vu quatre ou cinq personnes tuées de cette façon.
Une histoire parmi tant d’autres
La famille d’un habitant de Shalashala, dans la collectivité de Burhinyi élève sa voix pour dénoncer l’attaque qu’elle a subi le mardi 7 juin 2005 à 1 heure du matin. Les assaillants sont arrivés chez elle à la recherche du papa , qui grâce à Dieu n’avait pas passé la nuit chez lui mais dans la forêt à cause de la peur.
Sa femme a témoigné avoir entendu le bruit des pas s’approcher de chez elle. Elle fut réveillée par les conversations en kinyarwanda, swahili, français et lingala. Elle a vite compris que sa famille allait être attaquée une nouvelle fois. Des tirs en l’air ont retenti pour décourager toute personne qui pourrait se porter au secours des victimes. La maman a crié, a tambouriné sur des bidons vides mais personne, des parents ou des amis n’a daigné répondre. Seul Dieu l’infiniment Miséricordieux l’a écoutée car il a changé leur projet et ils ne l’ont ni violée ni tuée.
Lorsqu’ils ont frappé à la porte, la femme, paralysée par la peur, n’a pas réussi à ouvrir. Il ont alors forcé la porte en la défonçant à l’aide d’une grosse pierre. Sans attendre, ils ont demandé à voir le papa. La maman a répondu qu’il était parti en voyage, et eux de dire : « Il a de la chance ! ». Ils ont ligoté toutes les personnes présentes, c’est-à-dire, la maman, son beau-frère et les quatre enfants. De leurs sacs, ils ont tiré une liste de tout ce qui se trouvait dans la maison.
Ils ont dit : « Donnez-nous 500 $ ». Ils savaient que la veille, la famille avait reçu le paiement de la dot de leur fille. Tout en sachant que la maman n’avait reçu que 100 $, les Warugaruga ont exigé 500 $, quatre chèvres, des habits, des souliers et deux appareils radio. Prise de panique et sentant la mort proche, la maman n’entendait plus rien de la lecture de la longue liste des biens à donner.
Ils ont dit : « Qu’aucune chose ne manque ! Si ça manque, on vous tue à la place de votre mari ». Alors la maman a dit : « Messieurs, si vous voulez nous tuer, tuez-nous. Notre beau-père ne nous a amené qu’une avance de 100$ et il nous doit encore 100. Nous avons reçu 4 chèvres desquelles nous avons donné une aux oncles et une autre aux tantes de notre fille ». Alors, ils ont pris cet argent et pillé tout ce qui se trouvait dans la maison.
Peu avant 6 heures du matin, les anciens militaires de l’autodéfense aujourd’hui intégrés dans les FARDC sont arrivés et ont demandé : « Qu’est-ce qui s’est passé pendant la nuit ? ». La famille, les voisins et d’autres habitants du quartier, pris de compassion leur ont répliqué : « Comment se fait-il que vous nous demandiez de faire rapport alors que vous avez aussi entendu les tirs d’armes à feu et vous n’avez rien fait ? ». En effet, ils sont positionnés à moins de deux km de la maison pillée. Et les habitants ont ajouté :
« Déjà au mois d’avril, notre frère, le fils de Ntabalirwa, lui aussi habitant de Ntondo, a été tué parce qu’il défendait son droit sur son champ et sur son élevage, et vous n’êtes arrivés que trois heures après alors que l’homme était déjà mort laissant derrière lui sa femme et six enfants. Depuis le départ des militaires, le chef de cette famille ne dort pas chez lui de peur d’être tué.
FDLR et Rastas : blanc bonnet-bonnet blanc ?
Ces hommes qui nous privent de paix se trouvent à de nombreux endroits : Luhwinja, Luduha, Burhinyi, Ntondo, Karhala, Kilungutwe, etc. Il est difficile de faire la distinction entre FDLR, Rastas et Interahamwe car travaillant en collaboration, c’est pourquoi nous les appelons par n’importe lequel de ces trois noms. Parmi les Rastas se trouvent certains individus à la morphologie tutsi et qui travaillent en parfaite collaboration avec les Hutu de leur groupe. Ils s’expriment dans beaucoup de langues comme le français, le swahili, le mashi et même le lingala.
Seule la prononciation particulière des « r » trahit leurs origines rwandaises. Certains d’entre eux sont marié à des femmes d’ici et ont eu des enfants.
Ils ont affirmé connaître parfaitement tout l’est du Congo : des montagnes de Kaziba en passant par Burhinyi, Luhwinja, Kitwabaluzi, Kilungutwe, Kasika, Kalambi, Lugushwa, Walikale, Lubutu jusqu’à Kisangani étant donné qu’ ils sont permutés régulièrement.[3] Bien que leur camps soit éloigné de la population, ils circulent pendant la journée au village au milieu des habitants. Ces Hutu possèdent des téléphones portables puissants dont le prix avoisine les 500 $. Grâce à ces appareils, ils contactent à tout moment des gens du monde entier.[4] Quand on veut connaître la date de leur retour au Rwanda, ils répondent : « Aliyetuleta humu mu Congo na ni yeye tunachunga oda yake » (C’est sur l’ordre de celui qui nous a amenés ici au Congo que nous partirons). Si tel ordre nous était donné à l’instant, nous pourrions partir immédiatement.
Des hélicoptères enlevant des minerais de la forêt
Les Rastas ne manquent de rien dans leurs camps quoiqu’en pleine forêt.
Seuls les collaborateurs connaissent l’emplacement des camps et même dans ce cas, ils ne font pas beaucoup de confiance à leurs amis congolais. Les creuseurs qui cherchent l’or et la cassitérite témoignent que des hélicoptères venant du Rwanda atterrissent régulièrement dans la forêt de Muhunzi sans être capables de préciser l’endroit. En effet, les creuseurs sont éloignés avant tous les atterissages. Nous voyons passer ces hélicoptères au dessus de nos têtes et des caisses traverser nos villages pour leur acheminement à d’autres groupes. Les gens qui vont au marché sont obligés de les transporter sans savoir ce qu’ils portent. Le rythme de ces arrivées est d’au moins deux fois par semaine. Au retour, les hélicoptères ramènent au Rwanda des matières précieuses.
Une réunion qui n’a pas réconforté la population
Samedi 4 juin 2005, à 10h30, le chef du groupe AFDLR du Territoire de Mwenga est arrivé à Luduha et a convoqué une réunion tenue également par la suite à Burinyi et dans d’autres villages. Il nous a dit que désormais ils ne nous voleraient plus rien parce qu’ils sont en train de rentrer chez eux même si le jour et l’heure du départ restent inconnus. Il a ajouté que la responsabilité des assassinats ne concerne que les habitants du lieu qui les renseignent sur les avoirs et les activités des autres.
« Etant donné que nous avons une liste des objets qui sont chez vous, nous sommes obligés de vous assaillir. Si vous continuez à mourir, c’est par la faute de vos propres frères. Si nous voyons que vous n’avez pas tel objet signalé, nous sommes sans pitié et nous vous tuons sur place ».
Après, il a ajouté : « Celui qui parmi nos militaires violera une femme sera tué devant toute la population. Et si une femme a été violée, qu’elle vienne me le dire, nous tuerons le coupable ». Les mamans lui ont répondu : « Il est impossible pour nous de venir chez vous dénoncer. Nous sommes sans défense, nous craignons les représailles ».
Le chef a renchéri : « N’ayez pas peur, c’est moi le responsable de tous les A FDLR au Sud-Kivu ». Il a annoncé que le jour où nous verrons passer les « kajorite » (blessés de guerre), nous comprendrons que tous les autres auront déjà traversé la frontière.
Ce chef, nous le connaissons. S’il fait un tour au quartier, il faut lui donner quelque chose sinon il frappe. Après deux heures de discours, nous avons eu le courage de lui dire : « Vous êtes de passage ici alors que nous y restons. Il est donc inutile de vous décrire nos problèmes, il vaux mieux que nous gardions le silence, Dieu seul sait quel sera notre avenir ».
La population a peur de dire la vérité devant le chef. L’an passé, trois femmes qui avaient été violées avaient osé dénoncer leurs agresseurs. Quelques jours après, les Warugaruga sont arrivés, et après avoir demandé 250 $, ils ont torturé ces personnes, tué une des trois femmes et deux de leurs maris.
Le Mwami
Les AFDLR entourent le Mwami. Dans sa résidence, ces hommes armés se confondent aux autres travailleurs ; ils l‘escortent partout où il va ; ils mangent avec lui. C’est lui qui les a cherché pour sa sécurité. Il s’oppose à l’entrée dans la chefferie de la société d’exploitation minière Banro, car la précédente, Sominki, lui avait offert une voiture, une camionnette et beaucoup d’argent.[5] La mère du Mwami, qu’on appelle Mwamikazi, aurait au contraire voulu ouvrir le chemin à Banro. A vrai dire, Justin Mukuba Karhibahaza n’est que Mwami intérimaire en attendant que l’héritier du trône atteigne la majorité. Ivre de ce pouvoir, Justin est loin de céder les honneurs et l’argent facilement pris à la population avec l’aide de ses amis rwandais.
Auparavant, les militaires des FARDC exigeaient un pourcentage sur toute quantité d’or mais à présent, l’or va au Bwami pour payer les nombreuse personnes qui y travaillent. Les carrières des milieux proches cotisent pour l’entretien du Mwami alors que les autres subissent la loi des Hutu.
Les FARDC, les forces d’autodéfense et les chefs
Les militaires des FARDC[6]collaborent avec les AFDLR tout en habitant à une certaine distance de ces derniers. Pour distraire la population, pendant la journée, les FARDC et les Hutu ne sont pas ensemble, mais vers 17 heures, ils vont ensemble sécuriser l’habitation du Mwami.
Les éléments de l’autodéfense sont nombreux mais ils n’interviennent pas pour mettre fin à la souffrance de la population dont les appels au secours ne sont jamais suivis d’effets. Deux heures après l’attaque, ou le lendemain, ces autodéfense qui se promènaient sur le lieu demandèrent: « Qu’est-ce qu’ils ont pris ? ». Déçues, les personnes interrogées se turent mais la suite fut grave : bastonnade pour toutes.
Nous sommes vraiment accablés de voir ces hommes de l’ «autodéfense » qui ne se gênent pas d’arrêter leurs propres frères et de contrôler dans leurs sac. Lors de ce contrôle, ils glissent une cartouche dans le sac et laissent partir la personne. Peu après, ils l’arrêtent à nouveau et l’accusent de soutenir les FDLR ou les Rastas. S’il nie, ils lui prennent de force son sac et contrôlent son contenu. La cartouche retrouvée, ils fixent des amendes sans aucune compassion.
Notre plus grande déception est de voir de nombreuses familles collaborer avec ces voleurs. Certains membres desdites familles sont obligés de participer à leurs crimes, d’autres le font volontairement à cause de petits intérêts personnels qu’ils tirent de la collaboration. Si une personne a été attaquée la nuit, le lendemain, des chefs passent chez elle et l’interrogent en l’intimidant : « Qu’est-ce qu’on t’a pris? » . Non contents de la réponse, ils demandent encore: « Qu’est-ce qui est resté ? ». Et dans les jours qui suivent, cela n’étonne personne de voir d’autres hommes armés arriver et détailler la liste des choses restées lors du forfait précédent. Si une seule chose manque, l’on est tué sans pitié. Les traîtres perçoivent un pourcentage sur les biens signalés à nos ennemis. Parfois ils les accompagnent, cagoulés ou masqués à l’aide des lunettes sombres. C’est vrai que l’ennemi du Congolais n’est autre que son frère Congolais !
La MONUC
La MONUC[7] vient régulièrement, environ deux fois la semaine, avec un convoi de 5 à 10 ou 12 véhicules. Ils parlent avec les gens qui sont au Bwami. Parfois ils nous parlent aussi longuement sans que notre situation change. Ils interrogent des personnes avares de mots tant la peur les habite. Les AFDLR participent à toutes les réunions que la Monuc tient au Bwami.
Une population dans la peur et sans secours
La population ne sait pas se défendre. Lorsque nous tenons nos réunions de quartier, nous ne pouvons pas parler librement par crainte d’être trahis par ceux des Congolais qui collaborent avec les AFDLR. Non seulement ils leur fournissent la liste de nos biens, mais s’infiltrent là où nous débattons de nos problèmes. Si par malheur une plainte sort de notre bouche, ils la rapportent à leurs employeurs et vengeance s’ensuit.
Si quelqu’un doit à une autre personne, la sagesse est de ne pas réclamer le paiement de celle-ci. Récemment, un homme fraîchement sorti d’une hospitalisation est allé reprendre ses deux dernières vaches échappées des pillages et gardées par une connaissance. La nuit suivante, ce propriétaire a été tué par les Warigaruga probablement envoyés par le gardien.
Ainsi, même si elle connaît beaucoup de choses, de peur de subir des conséquences, la population se tait, et c’est ainsi qu’elle continue à subir viols, pillages et mauvais traitements. Dans ces conditions, à qui pourrait-elle faire rapport ? La personne à qui nous nous confions pourrait être leur ami et nous serions perdus. Leurs collaborateurs se trouvent aussi à Bukavu et nous craignons pour cela de nous rendre aux bureaux des défenseurs des droits humains où ils guetteraient nos entrées quand ils ne seraient pas assis dans ces bureaux… Nous vivons donc dans l’insécurité parfaitement organisée et sans secours. A part Dieu, nous n’avons pas de berger.
Ce que nous demandons
Accablés par nos souffrances et convaincus par conséquent que la paix est la chose la plus importante pour l’homme, le pilier sans lequel aucun progrès n’est possible, nous, habitants de Luhwinja et de Burhinyi demandons:
- Que les Autorités du pays voient comment agir afin que notre pays retrouve très vite la paix.
- Qu’elles renvoient les Warugaruga chez eux, au besoin par la force, sans attendre qu’ils le décident d’eux-mêmes.
- Sans la paix et la sécurité, nous serons écartés des élections qui nous obligent comme tous les autres Congolais. Nous ne voulons pas de discours flatteurs des candidats qui ne changent rien à notre situation.
- Que les FARDC gardent la population et ses biens, qu’elles ne vendent pas notre pays contre de l’argent qui ne dure pas mais passe.
- Que la MONUC applique le chapitre 7 de la Charte de l’ONU l’obligeant à protéger les populations civiles en danger,
- facilite sans délai et conditions le retour au Rwanda des Hutu en général, c’est-à-dire, tous ces Rastas, Interahamwe, AFDLR et autres FDLR qui continuent à nous accabler. Ils ont leur pays et nous avons le nôtre.
Si de nouvelles stratégies ne sont pas élaborées par les différentes institutions pour ramener la paix dans notre province, la population pourrait se voir obligée de prendre en charge sa sécurité. Mais que serait alors notre pays, que deviendrait l’Etat ?
J’ai parlé en surmontant ma peur, car je suis convaincu que si nous continuons à souffrir, c’est à cause de la peur qui nous bloque, et nous risquons de mourir tous. Je vous remercie de votre attention en même temps que je vous demande et vous supplie d’œuvrer par tous les moyens pour changer l’état actuel de notre contrée. Nous avons perdu tout espoir de vivre. Comme le dit un proverbe : « Shida haina adabu, leo ni kwangu ila kesho ni kwako », c’est-à-dire que nul n’est éternellement condamné à la souffrance qui passe sans peine d’une personne à une autre.
Un habitant du territoire de Luhwinja.
Témoignage rendu à Bukavu, le 8 juin 2005 ; recueilli parIdesbald BYABUZE Katabaruka, Liévin-Pacifique KARIO, Vicky CIHARHULA,Teresina CAFFI
[1] Le coltan se trouve aux environs de Muhunzi alors qu’ailleurs il y a de l’or et de la cassitérite. La présence de l’un ou l’autre minerai dépend des rivières qui le charrie.
[2] 1,5 à 2 $ alors qu’à Bukavu, le prix est de 3,5 ou 4 $ selon la teneur de la cassitérite..
[3] La population de Kaziba n’a été que rarement dérangée parce que l’ancien Gouverneur du Sud-Kivu Norbert Katintima, originaire de cette chefferie, a été longtemps collaborateur du Rwanda. Récemment, la mort du Mwami Cimanye Nakaziba Kabonwa, dont la population soupçonne un empoisonnement, a laissé cette dernière dans la crainte de vivre sans protection.
[4] Nous le comprenons par les conversations que nous entendons en passant, lorsqu’ ils demandent par exemple : « Vous êtes où ? ».
[5] La Sominki aurait promis de lui remettre la production d’or d’une colline, ce que la société Banro ne reconnaît pas. En 1998, L.D Kabila avait créé la société Sakima qui comprenait déjà Banro. Elle fut remplacée par Somico, sans Banro. Banro fit recours et en 2002, la justice des USA condamna la RDCongo à payer des milliards de dollars pour inexécution du contrat . L’Etat congolais n’ayant pas de quoi rembourser, il fut décidé que Banro aurait droit à 100% de tout l’or de la région pendant trente ans, alors que la cassitérite de la même région irait à l’Etat congolais (ndr).
[6] Forces Armées de la République Démocratique du Congo, l’armée nationale.
[7] Forces de l’ ONU en République Démocratique du Congo.
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