LES DESSOUS DU POUVOIR CONGOLAIS INCARNE PAR LA FORMULE «1+4»
Kabila est flanqué de quatre vice-présidents. Tout les opposait mais dépuis deux ans, ils tiennent ensemble les clés du pouvoir et de l’argent. La population, elle, s’impatiente et se sent intimidée, écrasée par l’arrogance de ses nouveaux maîtres, les anciens chef de guerre. Etienne Tshisekedi a sollicité de l’aide aux soins médicaux auprès de Joseph Kabila.
Par COLETTE BRAECKMAN, Le Soir du 30 juin 2005
Chronologie:
1999: en juillet, signature de l’accord de Lusaka qui place sur le même pied tous les bélligerents.
2001: Le 16 janvier, assassinat de Laurent Désiré Kabila, son fils Joseph lui succède.
2002: Le 17 décembre, signature à Sun City (Afrique du Sud) de l’accord de paix global et inclusif qui met fin à la guerre et instaure un gouvernement de transition.
2003: Le 7 avril, Joseph Kabila prête serment. Le 15 juillet, le gouvernement de transition est instauré, pour une durée de deux ans, les quatre vice-présidents prêtent serment.
2005: Le 20 juin, les opération d’enregistrement des électeurs commencent à Kinshasa.
DU JAMAIS VU: dépuis avril 2003, la République Démocratique du Congo est dirigée par un attelage de cinq cochers! Le président Joseph Kabila, garant des institutions et de l’unité nationale est, en principe, placé au dessus de la mêlée et partage le pouvoir avec quatre vice-présidents. Deux d’entre eux, Azarias Ruberwa et Jean Pierre Bemba sont issus des deux principaux groupes rebelles, qui étaient appuyés respectivement par le Rwanda et l’Ouganda, le Rassembelment congolais pour la démocratie et le Mouvement pour la libération du Congo. Arthur Zahidi N’Goma représente l’opposition politique et Yerodia N’Dombassi incarne l’anciènne composante gouvernementale. Chacun de ces vice-président est doté d’un domaine de compétence: la défense et la sécurité pour Ruberwa, l’économie et les finances pour Bemba, la culture pour Zahidi N’Goma et la reconstruction pour Yerodia.
Ces cinq hommes - anciens rivaux et adversaires condamnés à s’entendre le temps de la transition forment ce que l’on appelle «l’espace présidentielle». On a longtemps cru que «cet espace» se transformerait en ring de boxe, que jamais ces hommes que tout sépare, qui hier encore se partageaient le territoire national n’arriveraient à cohabiter, à se parler, mais ce huis clos était la seule formule suscéptible de les amener à mettre fin à la guerre, de les obliger à réunifier le pays. Deux ans plus tard, le miracle malgré tout s’est produit: même s’ils ne s’aiment pas, se parlent peu et se préparent à en découdre lors des élections, ils ont cessé de se battre et la reconstruction a commencé.
Mais le prix de la formule est élévé et exaspère la population: alors que le solde des militaires, quand elle est payée, s’élève à $10 par mois, chaque vice-président touche mensuellement $7.500 et une dotation de $200.000 tandisque Kabila gagne chaque mois un salaire de $10.000, en plus d’une dotation de $500.000.
Toute la ville, dépuis deux ans, ressasse les anecdotes sur l’usage que chacun fait de son pécule. Zahidi N’Goma, le plus généreux, tient table ouverte et festoie tous les soirs, et Yerodia n’est pas avare non plus; Jean Pierre Bemba, qui, dit-on, aurait une crampe l’empêchant d’ouvrir la main. Non seulement se garde bien de redistribuer mais essaie encore de gagner plus, en louant ses avions au gouvernment pour transporter des troupes et du fret, Azarias Ruberwa dénonce la corruption des autres et met ses dollars à l’abri au cas ou la fortune tournerait tandisque Joseph Kabila est décrit comme «chiche» par les uns et comme «prevoyant» par les autres, obligé qu’il est de rédistribuer et de répondre à certaines sollicitations, comme de payer les frais médicaux de ses opposants, DONT UN CERTAIN TSHISEKEDI…
Et s’il n’y avait que des salaires… Les Kinois détestent aussi leurs nouveaux maîtres pour leur arrogance, leur ostentation de nouveaux riches et ils critiquent tout particulièrement les escortes de Bemba et de Ruberwa. Lorsqu’ils traversent la ville, les deux anciens chefs de guerre qui craignent pour leur sécurité, font précéder leur voiture blindée de motards, de camions bourrés de soldats et même de chars. CEUX QUI NE S’ECARTENT PAS ASSEZ VITE SONT ECRASES, JETES AU FOSSE… Parfois Joseph Kabila coiffe un casque de motard et fonce incognito, ou conduit sa voiture de course sur la seule route carrossable du pays, en direction de Matadi, en veillant bien à ce que nul ne le reconnaisse…
Certes, l’improbable coalition du «1+4» a tenu deux ans [et les deux guerre du Kivu?], mais la totale indifférence au social manifestée par cet étrange équipage risque bien de le jeter au fossé, lagré les objurgations des parrains étrangers…
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